Le phare de Cordouan aura peut-être son sacre à l’Unesco
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PatrimoineDans l’estuaire de la Gironde, le «roi des phares» espère son sacre à l’Unesco

Le phare de Cordouan, qui trône depuis quatre siècles dans l’estuaire de la Gironde, au bord de l’Atlantique, peut être adoubé, samedi, par l’Unesco et son patrimoine.

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Après celui de La Corogne, en Espagne, Cordouan serait le deuxième phare de mer inscrit au patrimoine de l’Unesco.

Après celui de La Corogne, en Espagne, Cordouan serait le deuxième phare de mer inscrit au patrimoine de l’Unesco.

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Le «roi des phares».

Le «roi des phares».

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Cordouan est le dernier phare de mer habité de France.

Cordouan est le dernier phare de mer habité de France.

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Surnommé le «roi des phares», pour son histoire et sa prestance, Cordouan espère être couronné, samedi, par l’Unesco: cette sentinelle maritime battue par le vent et la houle depuis 400 ans, entre océan Atlantique et estuaire de la Gironde, pourrait entrer au patrimoine mondial de l’humanité.

Dernier phare de mer habité de France et deuxième phare qui serait inscrit par l’Unesco, après celui de La Corogne, en Espagne, l’imposante tour tronconique de pierre claire balise l’entrée du plus grand estuaire d’Europe, aux courants capricieux et rochers piégeux, à sept kilomètres du Verdon-sur-Mer (Gironde) et dix de Royan (Charente-Maritime).

Reconnaissance tardive

Bâti sur un plateau, qui se dévoile à marée basse dans des reflets verts et bleus, tranchant avec le jaune des bancs de sable, et ceint d’un épais mur de pierres qui le protège des assauts de l’eau à marée haute, tel un bouclier, Cordouan ne se dévoile au public qu’à la belle saison, et seulement si la mer le veut bien.

«Superbe», «classieux», «bluffant» C’est peu de dire que le phare, entré à l’inventaire des Monuments historiques français dès 1862, comme Notre-Dame de Paris, fait impression. Des visiteurs s’étonnent que l’Unesco n’ait pas reconnu plus tôt sa «valeur universelle exceptionnelle».

«Un château!»

«Son aspect, son architecture, son état de conservation, son histoire, l’accès compliqué C’est un château!» remarque Jacques, retraité de 69 ans et «fan de phare» venu de Nantes. «En plus, c’est un phare riant, avec sa couleur moins austère que celle du granit de Bretagne.»

«Cordouan, c’était la première chose à faire sur ma liste de jeune retraitée. Cette richesse, ces sculptures Je ne le voyais pas aussi grand à l’intérieur», glisse Martine, une Girondine de 61 ans.

Débarqués du bateau à marée basse, les visiteurs (environ 24’000 par an hors crise sanitaire) sont instruits de la riche histoire et la valeur patrimoniale du lieu par des gardiens qui vivent dans ce bâtiment propriété de l’État, mais géré par le Syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde .

Inauguré en 1611

Voulu par Henri III pour remplacer une vieille tour à feu anglaise, construit sous Henri IV et rehaussé sous Louis XVI, le phare a été inauguré en 1611, comme un bâtiment «à la mesure du pouvoir royal» dans un pays sortant à peine des guerres de religion, expliquent-ils.

Une fois franchi le portique à colonnes qui marque l’entrée de cette tour de 67 mètres, avec ses pierres ouvragées et ses mascarons, figures humaines de style grotesque, il y a 301 marches à gravir pour passer de la mer au ciel.

Panorama à 360 degrés

Il faut traverser l’appartement du Roi – où jamais roi na mis les pieds! –, puis une chapelle à vitraux et au sol de marbre – où quelques visiteurs allument des cierges –, avant d’emprunter un escalier hélicoïdal de pierres, comme suspendu, pour rejoindre la coursive extérieure, juste sous la lanterne.

De là-haut, un panorama à 360 degrés, de Soulac-sur-Mer à La Palmyre, s’offre au visiteur, dont lœil aiguisé peut distinguer la forme de proue de navire de l’église en béton brut de Royan.

Lentille historique

C’est à Cordouan, expliquent les gardiens, que le scientifique Augustin Fresnel a expérimenté sa fameuse lentille en 1823. Depuis, ce dispositif de plaques de verre, qui permet «d’aplatir le faisceau lumineux pour l’intensifier», équipe tous les phares du monde. Ici, une simple ampoule de 250 watts porte le signal lumineux à 39 kilomètres.

Venu à la force des bras, en kayak de mer, Christophe Bonnin – visiteur régulier de l’édifice – se félicite des toutes dernières campagnes de travaux effectuées pour la candidature Unesco: «Le phare est vraiment tout beau, tout propre.»

Des travaux pour deux millions

Renforcement du chemin d’accès, reprise de pierres rongées par le sel, restauration de la chapelle Maçons, cordistes, sculpteurs et tailleurs de pierres se sont succédé l’hiver, depuis 2019, pour un coût de deux millions d’euros supporté par l’État et les collectivités territoriales.

En quittant Cordouan, visiblement à regret, un homme lance aux gardiens: «Vous avez une très belle résidence secondaire!» Une habitude pour eux: «Il y en a toujours un qui demande à rester à notre place.»

(AFP)

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