Actualisé 25.01.2019 à 16:02

Piccard«Dans mes rêves, je me vois en train de rater mon tour en ballon...»

Vingt ans après son tour du monde en ballon, Bertrand Piccard est encore tout imprégné de l'engagement extraordinaire qu'il a fallu pour réussir. Depuis, il n'a pas arrêté de tourner autour de la planète.

von
Eric Felley
A 61 ans, Bertrand Piccard s'engage plus que jamais dans la cause pour réformer l'économie en accord avec la protection de l'environnement. Bientôt, avec sa Fondation Solar Impulse, il prendra son bâton de pèlerin pour promouvoir 1000 solutions éco-compatibles de par le monde.

A 61 ans, Bertrand Piccard s'engage plus que jamais dans la cause pour réformer l'économie en accord avec la protection de l'environnement. Bientôt, avec sa Fondation Solar Impulse, il prendra son bâton de pèlerin pour promouvoir 1000 solutions éco-compatibles de par le monde.

Pour Bertrand Piccard, le premier tour du monde en ballon sans escale en mars 1999 a boosté sa trajectoire sur des projets aux dimensions planétaires. Mais demain il sera à Château-d'Œx pour l'ouverture du Festival international de ballons, là où il prenait son envol avec sa première passion, l'aile delta. Ce sera l'occasion d'évoquer la «main invisible» et aussi ses projets pour un monde en harmonie avec l'environnement. Entretien avec une légende vivante.

Quel est le souvenir qui vous revient lorsque vous songez à votre exploit de 1999 ?

Ce qui me revient ce sont les six ans passés à mener ce projet. Il a fallu deux échecs avant de réussir, avant de connaître la beauté et l’émerveillement d’être dans le ciel durant ces vingt jours. Il reste le souvenir aussi de la persévérance qu’il a fallu, de la résilience, pour supporter ces échecs et certaines moqueries. Une telle aventure représente bien plus qu’un vol, il a fallu participer à la construction du ballon, réunir les équipes, les météorologues et obtenir les autorisations pour traverser tous les pays. C’était un projet de six ans pour un vol de vingt jours.

Des moqueries ?

Il y a eu un moment où j’étais le petit Suisse qui n’arriverait jamais à rivaliser avec les concurrents milliardaires. Mais au final c’est le petit Suisse qui a réussi...

Vous avez connu deux échecs, qu’est-ce qui vous a fait persévérer ?

Il a fallu le soutien indéfectible de Breitling qui était parti pour financer un seul ballon et qui, finalement, en a financé trois. A chaque fois nous avons changé de technologie pour l’améliorer. La collaboration avec Breitling c’est plus qu’un simple sponsoring, c’est une longue histoire d’amitié. D’ailleurs, je suis toujours ambassadeur de la marque, qui soutient la fondation Winds of Hope et maintenant la Fondation Solar Impulse. Breitling m’avait soutenu déjà en 1992 lors de la traversée de l’Atlantique en ballon. Cela fait plus de 27 ans de compagnonnage. Le fil rouge, c’est l’esprit de pionnier et le goût de l’exploration. Breitling veut des choses nouvelles...

Justement, des choses nouvelles… Quel est votre « tour du monde » aujourd’hui ?

L’aventure en cours s’inscrit dans la suite de Solar Impulse. Avec la Fondation Solar Impulse, nous avons mis en route la recherche de 1000 solutions pour protéger l’environnement de façon rentable. Nous aurons bientôt un portfolio de 1000 solutions, que nous voulons proposer aux gouvernements et aux entreprises dans les domaines de l’eau, de l’énergie, des processus industriels, de la production agricole, des villes, des infrastructures et de la mobilité. Nous y travaillons pleinement et 1500 entreprises contribuent déjà à ce projet.

Le tour du monde en ballon vous a ouvert la voie ? Vous a donné des ailes en quelque sorte ?

Oui, tout cela n’aurait jamais existé sans lui, ni la fondation Winds of Hope qui lutte contre le noma, ni la Fondation Solar Impulse. Le tour en ballon m’a donné la crédibilité personnelle pour continuer. Jusque-là j’avais une crédibilité familiale. Cette aventure, la façon dont elle a été menée, a créé la confiance chez les gens. Notamment dans la lutte contre le noma, cette maladie cruelle qui touche les pays les plus pauvres. Nous avons pu mener des actions pour la prévention et la détection précoce en Afrique sub-saharienne

Est-ce qu’il vous arrive de rêver encore de cette épopée ?

J’en rêve encore parfois, mais en me voyant de nouveau rater …. Puis je me réveille et non, j’ai bel et bien réussi ! Quand on est sur un projet aussi gros, on met l’entier de soi, l’entier de son espoir et c’est cela surtout qui reste dans le subconscient.

Vous volez toujours en ballon ?

Oui bien sûr. Breitling nous a offert une montgolfière qui est une réplique, plus petite de Breitling Orbiter 3, mais avec la même forme et la même couleur argentée. La nacelle peut emporter quatre personnes. J’y emmène des membres de mon équipe ou des invités du festival de Château d’Oex. J’y vais chaque année et j’y serai encore ce samedi. J’ai fait toutes les éditions du festival depuis qu’il existe en 1979. A l’époque je sautais d’un ballon en aile delta…

Est-ce que vous avez eu vraiment peur une fois ou l’autre ?

Nous étions bien préparés pour survivre. Mais avec le Breitling Orbiter 2, nous étions sur les montagnes d’Afghanistan, avec des turbulences énormes et des rafales qui éteignaient les brûleurs. Il fallait rallumer, on descendait, on remontait. J’ai demandé à ce moment-là à Andy Elson et Wim Verstraeten de mettre les parachutes… Avec Breitling Orbiter 3, le doute est venu lorsque Brian Jones et moi étions au-dessus du Mexique après 17 jours de course. Nous avions utilisés 7/8 du propane. Il nous restait donc 1/8 de gaz pour faire le quart restant… On a décidé d’y aller. On est entré dans un jetstream qui nous a fait traverser l’Atlantique en un jour et demi à 230 km h à 11 550 mètres d’altitude.

C’était la main de Dieu ?

Avec Brian, nous n’avons jamais dit la main de Dieu, nous avons toujours parlé d’une main invisible pour que chacun puisse s’y reconnaître. Mais c’est vrai qu’il y a eu un côté assez miraculeux… Si nous avions été trop prudent, nous nous serions arrêtés au Mexique, nous aurions échoué et je l’aurais toujours regretté.

Ensuite vous avez réalisé l’aventure de Solar Impulse, est-ce que les gens vous parlent encore du tour en ballon ?

- Ils m’en parlent beaucoup. Ils me disent que c’était plus romantique que Solar Impulse où il y avait plus de technologie. Ce qui est très touchant, ce sont les enfants de l’époque qui ont suivi le tour du monde à l’école. Cela les a stimulés pour apprendre la science, se frotter à l’aventure et se dire que cela valait la peine de suivre ses rêves. Dans un autre registre, il y a eu Bill Clinton ou la reine d’Angleterre qui nous ont réservé des cérémonies magnifiques.

Et en Suisse, la « petite » Suisse ?

Aussi. Toute l’équipe a été reçue au Palais fédéral. La Suisse nous a beaucoup aidé. Le DFAE a un réseau d’ambassadeurs de très grande qualité ; cela nous a permis d’obtenir les autorisations de survol. Adolf Ogi était aussi intervenu auprès de son homologue chinois. Ruth Dreifuss, alors présidente de la Confédération, avait été la première à nous féliciter après l’atterrissage. Breitling Orbiter a été un projet très suisse, Solar Impulse plus international. Chaque fois nous avons réussi grâce aux services diplomatiques suisses.

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