Etats-Unis – De drôles de bestioles envahissent une mare
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États-UnisDe drôles de bestioles envahissent une mare

De petites crevettes à trois yeux sont apparues dans un lac temporaire qui s’est formé suite à de fortes pluies en Arizona: des triops, qui n’ont guère changé depuis la préhistoire.

par
Michel Pralong
Les trois yeux sont très proches, formant cette tache noire composée de deux yeux semblables à ceux d’une libellule et d’un petit situé entre le deux.

Les trois yeux sont très proches, formant cette tache noire composée de deux yeux semblables à ceux d’une libellule et d’un petit situé entre le deux.

Lauren Carter

En juillet dernier, une averse torrentielle s’est abattue sur le monument national Wupatki, une région désertique de l’Arizona qui abrite de nombreuses ruines amérindiennes. Ces quantités d’eau ont notamment formé un lac dans ce qui était une place centrale entourée d’un muret circulaire. Un touriste est alors venu trouver les gardiens du parc et leur a dit: «Eh, il y a des têtards dans votre place!»

Lauren Carter, qui travaille dans ce parc, s’est alors rendue sur place, pensant qu’il s'agissait de crapauds vivant dans des terriers souterrains pendant la saison sèche et qui seraient sortis pour pondre en profitant de cette soudaine humidité. Mais ce qu’elle a vu ne ressemblait pas à des têtards et il y en avait des centaines. «J’ai ramassé une de ces créatures avec ma main et je l’ai regardée et je me suis dit «Qu'est-ce que c’est?» Je n’en avais aucune idée», raconte-t-elle à LiveScience. Et puis, elle qui avait également travaillé dans le parc de la forêt pétrifiée du nord-est de l’Arizona, s’est souvenue de descriptions de telles bestioles.

Des crevettes dinosaures

Ces limules à trois yeux sont en fait des Triops, qui justement vient du grec «trois yeux». Également appelées crevettes dinosaures, elles ressemblent à des animaux ayant évolué il y a près de 350 millions d’années et dont la morphologie n’a que peu changé depuis. Mais leur génome a peut-être en revanche considérablement évolué. Selon l’Université du Michigan, «la persistance de ces taxons au cours de plusieurs extinctions géologiques peut être liée à la capacité de rester en stase embryonnaire pendant plusieurs décennies».

Et c’est bien ce qu’il semble s’être produit ici. Leurs œufs ont dû rester en sommeil pendant longtemps, attendant des précipitations suffisantes pour former un lac et permettre ainsi aux nouveau-nés de croître et de se reproduire. Habituellement, cette région ne reçoit que 22,9 cm de pluie par an. Mais en juillet dernier, en une semaine et demie, il est tombé 12,7 cm, ce qui a permis la formation de ce petit lac.

Un ocelle pour détecter la lumière

Après l’éclosion, les triops peuvent atteindre jusqu’à 4 centimètres. Ils sont dotés d’une carapace qui ressemble à un casque et possèdent trois yeux, très rapprochés les uns des autres: deux grands à bordure noire comme ceux d’une libellule et un petit ocelle (œil simple), situé entre les deux, qui aide à détecter la lumière.

Les œufs ont donc éclos en quelques heures et les triops se sont nourris en filtrant l’eau et ont subi plusieurs mues jusqu’à atteindre leur maturité en une semaine. Cette espèce peut se reproduire de manière sexuée mais ils sont aussi hermaphrodites, possédant à la fois des organes sexuels mâles et femelles et peuvent même produire une progéniture à partir d’œufs non fécondés. Leur durée de vie est de 90 jours. Mais l’étang n’a duré que trois à quatre semaines et les oiseaux ont remarqué qu’il contenait des proies, plongeant dans ses eaux pour avaler les triops. On ignore si ces derniers ont eu le temps de pondre. On devrait le savoir lors de prochaines fortes pluies.

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