Valais: De graves accusations pèsent sur le Centre éducatif de Pramont
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ValaisDe graves accusations pèsent sur le Centre éducatif de Pramont

Le Centre éducatif pour mineurs est sous enquête pour des faits dénoncés par des collaborateurs et le conseiller d'Etat Frédéric Favre. Mais cette dernière semble piétiner.

par
Eric Felley
Le Centre éducatif de Pramont prend en charge les délinquants mineurs présentant un certain danger. Des collaborateurs accusent la direction de se comporter de manière très discutable avec certains employés et détenus de couleur.

Le Centre éducatif de Pramont prend en charge les délinquants mineurs présentant un certain danger. Des collaborateurs accusent la direction de se comporter de manière très discutable avec certains employés et détenus de couleur.

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Saisies de drogues et découvertes d'armes artisanales non dénoncées, introduction de stupéfiants et d'alcool dans la structure non dénoncée, état d'ébriété de responsables ou de collaborateurs, utilisation des infrastructures à des fins privées, coups portés à un détenu, etc.

Ce sont des faits peu glorieux qui sont reprochés à l'équipe dirigeante du Centre éducatif de Pramont, en Valais. Cette structure de détention intercantonale (33 places) est majoritairement occupée par des jeunes délinquants romands et tessinois. Voilà des mois que plusieurs de ses collaborateurs – certains ont été contraint à la démission, ou sont en arrêt maladie, d'autres sont encore en fonction – ont mis en cause la gouvernance du centre. Certains ont fait appel à un avocat pour les défendre. Après une importante crise de cette institution dans les années 2000, sa responsabilité a été confiée dès 2010 à l'actuel directeur, Alexandre Comby.

Pas de «blacks» à l'Etat du Valais

En mai 2018, un des avocats, au nom de tous, a envoyé une dénonciation auprès du chef du Département de la sécurité, des institutions et du sport, Frédéric Favre. Les faits résumés ci-dessus y sont mentionnés et six collaborateurs de l'Etat du Valais sont proposés comme témoins. Parmi eux, on trouve trois personnes de couleur. Celles-ci déplorent également les propos racistes et dénigrants tenus envers eux par deux responsables en particulier. Ils auraient dit, à des reprises réitérées, «qu'il était totalement inconcevable qu'il y ait des blacks qui travaillent pour l'Etat du Valais».

Dénonciations au procureur général

Frédéric Favre a pris la chose au sérieux. «Une partie des faits dénoncés paraissent pouvoir constituer des infractions se poursuivant d'office (...) Nous devons dénoncer ces éléments auprès du Ministère public. (...) Lors que j'aurais été informé de la suite donnée à ce dossier par le procureur général, j'entreprendrai les démarches nécessaires qui s'imposent».

Mine de balancer dans le Rhône

Le procureur général, Nicolas Dubuis, a effectivement ouvert une enquête. En juin 2018, deux collaborateurs ont été interrogés par la police. Ils ont fait état notamment d'un épisode qui a choqué certains éducateurs. Le directeur du centre et un collaborateur sont allés chercher un détenu qui avait été mis au cachot à Crêtelongue, soit la prison pour adulte. Ils l'ont fait courir devant leur véhicule jusqu'à une berge du Rhône. Là, un l'a pris par les pieds, l'autres par les bras et on fait mine de le balancer dans le fleuve s'il ne se tenait pas mieux. Ce détenu était un jeune noir. Vu l'enquête en cours, le directeur Alexandre Comby ne peut se prononcer sur ces accusations.

Enquête enlisée ?

La police a donc interrogé ces deux hommes, mais pas les quatre autres. Neuf mois plus tard, aux yeux des plaignants, l'enquête n'a semble-t-il pas avancé d'un pouce. Contacté, le conseiller d'Etat Frédéric Favre n'a pas pris de nouvelles de sa dénonciation: «A ce jour, en raison de la séparation des pouvoirs, je n'ai pas connaissance du degré d'avancement de la procédure menée par le Ministère public». Contacté à son tour, le procureur général précise que «l'instruction est toujours en cours. Les secrets de l'enquête et de fonction m'empêchent de vous renseigner sur les actes de procédure effectués à ce jour».

Les dénonciateurs craignent d'être licenciés.

Pour les collaborateurs qui ont mis en cause l'équipe dirigeante de Pramont, la suspension de l'audition des témoins depuis neuf mois s'apparente à un déni de justice. Et ce, d'autant qu'ils ont eu l'impression que le directeur du centre a été informé du contenu de leur déposition devant la police. Pour eux, la situation est de moins en moins tenable.

Ceux qui sont en arrêt maladie arrivent en fin de droit et craignent d'être licenciés avant même que l'enquête ait pu apporter des réponses sur la véracité de leurs dires. Ce que craignent aussi leurs avocats qui demandent que leurs clients soient affectés dans d'autres services à l'Etat du Valais.

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