Procès Falciani: «De l'espionnage? C’est pas sérieux»
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Procès Falciani«De l'espionnage? C’est pas sérieux»

L’ex-informaticien de la banque HSBC de Genève écope de 5 ans de prison ferme. Celui-ci sourit de ce verdict, tout en le nuançant. Il s'en explique par téléphone depuis l’Espagne.

par
Evelyne Emeri
Hervé Falciani: un espion condamné en Suisse, un héros de l’autre côté de la frontière.

Hervé Falciani: un espion condamné en Suisse, un héros de l’autre côté de la frontière.

Keystone

Le couperet du Tribunal pénal fédéral (TPF) de Bellinzone est tombé hier en début d’après-midi. L’ancien informaticien de la banque HSBC de Genève a été reconnu coupable de service de renseignements économiques aggravé, autrement dit d’espionnage. Pas de sursis, comme plaidé par son avocat, mais 5 ans ferme, soit un an de moins que la peine requise par le parquet.

Condamné par défaut, le Franco-Italien de 43 ans a, par contre, été acquitté des autres chefs d’accusation: la soustraction de données et la violation du secret commercial. Blanchi aussi s’agissant de la violation du secret bancaire. Le sel, le piment, le cœur pourtant de la secousse tellurique minutieusement provoquée par Hervé Falciani fin 2008. Il avait alors livré des milliers de fichiers clients HSBC à la France, avec l’identité d’autant d’évadés fiscaux partout dans le monde. Inextradable, l’homme qui narguait il y a un mois jour pour jour la justice suisse en tenant une conférence de presse à Divonne (F) répond au «Matin» depuis l’Espagne.

Vous êtes donc un espion aux yeux de la plus haute instance juridique de notre pays. Que ressentez-vous?

Un sentiment pragmatique. Je n’ai pas d’émotion, excepté celle de devoir expliquer à mes proches qu’ils n’ont pas à s’inquiéter. Aujourd’hui, on apprend la vacuité de tout ce qui m’a été reproché alors que je luttais contre l’opacité financière et les manquements de HSBC, lesquels ont été reconnus depuis. Ce jugement est un tremplin formidable pour agir et réagir. J’y travaille, je choisis mes interlocuteurs, je prends le temps. Ce procès est une tribune inespérée pour mes projets en cours (consultant-expert pour des administrations en Europe et en Amérique du Sud) et futurs.

Le TPF a-t-il refusé d’élargir le spectre à l’acte citoyen que vous revendiquez?

Oui, évidemment. Que les juges ne me reconnaissent pas comme un lanceur d’alerte, c’est ridicule. Savent-ils que le statut juridique de «lanceur d’alerte» n’existe pas encore? Il serait peut-être temps d’y penser, d’ailleurs.  

La Suisse vous aurait intenté un procès alibi, hypocrite?

Il n’y a qu’en Suisse qu’on peut voir ça. Ça me fait rire, bien sûr! Imaginez maintenant une procédure d’extradition, ce serait cocasse. Je ne vais pas me gêner de recourir. Pas juridiquement, puisque je n’accorde pas de légitimité à Bellinzone. Sept ans d’enquête, ce sont des deniers bien investis, non? Et les 40 millions versés par HSBC à Genève pour éviter des poursuites!?! Mon meilleur recours, c’est ma visibilité. Et mon expertise dans tous les pays qui le souhaitent.  

La Cour a estimé que vous aviez agi par appât du gain. Elle aurait mal interprété vos intentions?

Je ne veux pas me lancer dans des élucubrations métaphysiques et dans la définition du lanceur d’alerte. C’est comme si vous me demandiez si le procureur avait mangé assez d’iode pendant sa croissance…

Il n’empêche, vous restez le méchant qui aurait tenté de monnayer des données bancaires sensibles.

Les faits parlent d’eux-mêmes. Tout s’est réduit comme une peau de chagrin. Le tribunal a exclusivement retenu l’espionnage économique, ce n’est pas sérieux.

Et le sacro-saint secret bancaire helvétique?

Justement. C’était l’essentiel de tout ce qu’on me reprochait. Et on observe quoi? Que je suis acquitté et que j'ai subi une campagne de dénigrement. Je ne me démonte pas. C’est un rapport de force. Ma petitesse me permet encore de jouer, ce qui me montre bien leur grandeur.  

A vous entendre, cette sentence ne va pas bouleverser votre quotidien?

Non. Sauf que je ne peux plus participer à la Course de l’Escalade, à Genève, ou alors déguisé en Schtroumpf (rire). Plus sérieusement, je veux continuer mon combat contre l’opacité des flux financiers. La Suisse comme le Luxembourg abritent des gens peu fréquentables. Mon objectif est que chaque pays qui subit cette «pression» arrête de permettre l’intermédiation bancaire. Ce qui m’intéresse le plus, c’est de comprendre plus globalement. La Suisse est un des éléments. C’est normal, elle défend son bifteck. Je n’en veux pas à HSBC. Je suis indifférent. Je suis heureux quand il fait beau, quand je peux faire mon sport et savoir que j’exerce un travail constructif.

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