Election américaine: Le parti républicain ne tombera pas en ruine après Trump

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Election américaineLe parti républicain ne tombera pas en ruine après Trump

Alors que le décompte se poursuit aux Etats-Unis se pose déjà la question de l’héritage politique de Donald Trump. Qui pourrait être nul puisque le trumpisme n’est ni une idéologie ni une philosophie politique.

Donald Trump n’a pas cassé le Parti républicain ni ses idées, car il ne défend aucune idéologie, selon un chercheur.

Donald Trump n’a pas cassé le Parti républicain ni ses idées, car il ne défend aucune idéologie, selon un chercheur.

AFP

Que va devenir le parti républicain après Donald Trump? Le Grand Old Party (GOP) ne tombera certainement pas en ruine, estime l’expert Jean-Eric Branaa. Selon lui, le trumpisme ne laissera en héritage ni son style et encore moins ses idées puisqu’il ne défend aucune idéologie en particulier.

M. Branaa est maître de conférences à l’Université de Paris II Assas (Sorbonne Universités). Il est spécialisé sur les questions relatives à la société et à la politique des Etats-Unis. En 2016, il a écrit «Qui veut la peau du parti républicain? L’incroyable Donald Trump». Il analyse pour Keystone-ATS l’avenir du GOP.

«Si le résultat très serré de la présidentielle se confirme, style 270 grands électeurs pour Joe Biden et 268 pour Donald Trump, le parti républicain va être totalement traumatisé. Il risque d’agglomérer autour de lui de fortes crispations qui ne faciliteront pas la tentative de Biden de fédérer le pays», explique-t-il.

Dans ce contexte d’extrême opposition, «le GOP resterait un formidable outil pour M. Trump qui pourrait très bien se représenter en 2024». Le 45e président des Etats-Unis a «pris goût à la plus haute fonction du pays et si ses supporters continuent de l’aduler, c’est un scénario que l’on ne peut pas exclure. Quatre ans, c’est vite là», poursuit l’expert.

«Son héritage ne va pas durer»

En revanche, si le résultat est finalement moins serré, si M. Biden se rapproche des 300 grands électeurs, M. Branaa imagine qu’on entendra moins parler de Donald Trump, qu’il se retirera de lui-même et que le parti républicain pourra tourner la page. «Et je pense que son héritage ne durera dès lors pas longtemps».

Le trumpisme n’est ni une idéologie ni une philosophie politique, selon lui. «C’est avant tout une méthode, un style, une pratique, comme le rejet de l’establishment, de l’administration. Ce combat-là va disparaître car ce n’est pas dans l’ADN du GOP», dit-il. «Le trumpisme, c’est de la frontalité et de la brutalité dans l’action, taper sur la table voire renverser la table», illustre-t-il.

M. Branaa ne croit donc pas à un «reset» du logiciel du parti. «M. Trump n’a pas cassé le GOP ni ses idées, car il ne défend aucune idéologie. C’est surtout un opportuniste et un pragmatique. Il a même plutôt repris les idées du parti. Il a en revanche nettoyé la formation en éliminant tous ses opposants. Au final, le GOP a tout au plus subi un glissement à droite avec lui», analyse-t-il.

On va donc retrouver le GOP sur ses valeurs traditionnelles et conservatrices, contre l’Etat-Providence, contre un système de santé universel, contre l’immigration, pour les libertés religieuses, contre l’avortement, pour les armes, etc, selon l’expert.

Reprise des débats traditionnels

«Les débats vont reprendre là où ils étaient avant Trump. Les choses vont reprendre leur cours. Les vieux réflexes vont revenir très vite. Les différents courants et chapelles au sein du Parti n’ont pas disparu sous Donald Trump, ils sont toujours là, ils se sont juste faits plus discrets ou ont été éclipsés par lui», relève-t-il.

Si on n’a pas vu de têtes dépasser depuis 2016 c’est uniquement à cause de la personnalité omniprésente de Donald Trump. Mais chacun va vouloir désormais à nouveau avancer ses billes, avance M. Branaa.

Des personnalités comme Nikki Haley (Caroline du Sud), Marco Rubio (Floride) et Ted Cruz (Texas) vont vite revenir au premier plan, selon lui. Il y aura aussi des petits nouveaux. Les premiers candidats à la primaire républicaine s’annonceront dès 2022. «Il y aura beaucoup de candidats qui vont se présenter», prédit-il. Il s’agira pour eux de «solder la présidence Trump».

Nikki Haley, candidate idéale

M. Branaa voit d’ailleurs en Nikki Haley la candidate idéale pour 2024. «Elle bénéficie déjà d’une forte aura, elle a l’expérience de la politique nationale et internationale, elle a un excellent réseau et aura le soutien des partisans de Trump puisqu’elle l’a soutenu».

Mme Haley a été membre de la Chambre des représentants de Caroline du Sud (2005-2011) avant de devenir gouverneur de cet Etat de 2011 à 2017. Elle a été nommée par Trump ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU de 2017 à 2018.

Issue des minorités, ses parents sont originaires d’Inde, elle fera la candidate parfaite pour s’opposer à la démocrate et vice-présidente de Joe Biden, Kamala Harris. «Ce sera un combat inédit dans l’histoire des Etats-Unis entre deux femmes, qui plus est issues des minorités», souligne-t-il.

(ATS/NXP)

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