Justice: De nuit, le risque pris par le policier était trop grand
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JusticeDe nuit, le risque pris par le policier était trop grand

Le policier genevois flashé au radar alors qu’il se rendait sur un braquage a bel et bien été condamné par la justice genevoise pour violation grave des règles de la circulation routière.

par
Valérie Duby
L’avocat du policier, Me Jacques Roulet, ne mâche pas ses mots: «Ce jugement nie le travail des policiers.»

L’avocat du policier, Me Jacques Roulet, ne mâche pas ses mots: «Ce jugement nie le travail des policiers.»

Christian Bonzon

Le policier genevois flashé au radar alors qu’il se rendait sur un braquage a bel et bien été condamné par la justice genevoise pour violation grave des règles de la circulation routière. Ainsi en a décidé le Tribunal de police après l’audience du 6 décembre. Audience au cours de laquelle le policier contestait la sanction du procureur général de Genève, Olivier Jornot.

L’avocat du policier, Me Jacques Roulet, ne mâche pas ses mots après la décision du tribunal révélée par la RTS: «Ce jugement n’est pas satisfaisant. Il nie le travail des policiers et fait montre d’une totale incompréhension à l’égard des besoins des forces de l’ordre pour pouvoir correctement exercer leur métier et pouvoir arrêter de très dangereux délinquants. C’est un message extrêmement négatif à l’égard de tous les collaborateurs de la police.»

Et Me Jacques Roulet d’ajouter: «C’est un message d’impuissance de la police adressé aux bandes organisées de criminels!» Il faut dire que les braqueurs de bancomats sont rarement des enfants de chœur, mais plutôt «des gens décidés et lourdement armés», comme l’a fait remarquer à la barre du tribunal un commissaire de police.

«Une mise en danger»

En ce 11 novembre 2015, à 3 h 49, au volant d’une BMW, le policier condamné a effectivement été flashé au radar de Plan-les-Ouates à 97 km/h au lieu des 50 autorisés. Lui et sa collègue se rendaient en course urgente – gyrophare en marche, mais sans sirène – sur la commune dans le cadre d’une explosion d’un bancomat. Si le tribunal a reconnu qu’il s’agissait bien d’une course urgente, il s’est interrogé sur l’adéquation des risques pris cette nuit-là. Sa conclusion? «Les conditions de visibilité étaient réduites, puisqu’il faisait nuit au moment des faits. La route du Camp est traversée par plusieurs routes secondaires, de nombreux accès à des villas, des immeubles. (…) Au moment du dépassement de vitesse, le prévenu avait déjà reçu l’information selon laquelle les malfrats étaient en fuite et n’avaient blessé personne.»

En résumé, selon les juges, «le but poursuivi consistait alors en l’interception d’individus qui, à ce moment, ne représentaient pas directement un danger pour la vie et l’intégrité corporelle d’autrui.» Bref, le tribunal estime que le policier, en voulant poursuivre les braqueurs, a créé «une mise en danger accrue d’un nombre indéterminé de personnes». Une chose est sûre: la prochaine fois, le policier – et ses collègues en général – réfléchira à deux fois avant de partir à la poursuite des délinquants…

L’agent a été condamné à un travail d’intérêt général de 120 heures (au bénéfice du sursis) et à une amende de 1020 fr. Il risque évidemment au minimum trois mois de retrait de permis. Mais il ne compte pas en rester là. Me Jacques Roulet indique qu’il fera appel du jugement auprès de la Cour de justice et ira, si besoin, jusqu’au Tribunal fédéral «pour reconnaître le bon droit qui est le sien à exercer son métier de manière efficace et utile».

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