Insupportable: De quoi est morte Anïa?
Publié

InsupportableDe quoi est morte Anïa?

Les parents d'une fillette décédée il y a neuf mois à Genève attendent toujours les résultats de l'autopsie.

par
Valérie Duby
1 / 5
Anïa a subi un lourd traitement après s'être piquée aux urgences.

Anïa a subi un lourd traitement après s'être piquée aux urgences.

DR
Anïa s'est piquée avec une aiguille après avoir plongé sa petite main dans la boîte des seringues usagées.

Anïa s'est piquée avec une aiguille après avoir plongé sa petite main dans la boîte des seringues usagées.

DR
Anïa s'est piquée avec une aiguille après avoir plongé sa petite main dans la boîte des seringues usagées.

Anïa s'est piquée avec une aiguille après avoir plongé sa petite main dans la boîte des seringues usagées.

DR

Elle s’appelait Anïa. Elle adorait «La reine des neiges». «C’était une petite fille indépendante et heureuse qui nous rendait heureux. Elle manque à tout le monde», déclarent Mélanie et Jean-Marc, les parents d’Anïa. La petite fille est décédée le 12 avril 2016: elle avait 3 ans. Depuis, le couple ne sait toujours pas de quoi est morte son enfant, endormie à jamais au cimetière de Carouge (GE). Mélanie et Jean-Marc attendent en effet depuis neuf mois les résultats de l’autopsie. «Une attente insupportable pour ses parents, qui ont besoin de réponses, davantage que de coupables, afin de pouvoir faire leur deuil», constate Me Nadia Clerigo Correia, avocate de la famille.

Pour le couple de Genevois, l’enfer a commencé un an avant le décès d’Anïa. Le 11 avril 2015, Mélanie se coupe un doigt avec un couteau. Avec Jean-Marc, Anïa et son frère, Nylan, âgé de 2 mois, la maman se rend aux urgences de la Clinique La Colline, à Genève. Là-bas, la famille est conduite dans une salle de sutures. Il est un peu plus de 20 h lorsque la fillette se pique le doigt: elle a plongé sa main dans la boîte destinée aux seringues usagées. «La boîte était posée sur un chariot, quasi à même le sol», assure Jean-Marc, qui a le réflexe de prendre des photos et de récupérer l’aiguille «que l’infirmière a jetée dans une poubelle». Mélanie, Jean-Marc, Anïa et Nylan sont dirigés aux urgences de la pédiatrie. Par mesure de prévention, les médecins conseillent aux parents d’entamer un traitement de bithérapie 3TC et d’AZT.

Justice en marche

«Il a fallu qu’elle prenne ces médicaments pendant un mois. C’était lourd comme traitement», explique le couple. Un mois au cours duquel Anïa se montre très excitée, connaissant des difficultés à dormir. À l’issue du traitement, les analyses montrent que les tests VIH et VHB sont négatifs. Son état de santé se détériore pourtant pendant l’année qui suit, «avec des bronchites, des cystites, poursuit Mélanie. On était souvent aux urgences. Elle qui était propre a dû remettre des couches.» Le 12 avril 2016, la maman va réveiller Anïa dans son lit. Mais elle ne bouge plus, ne respire plus. Les secouristes ne parviendront pas à la réanimer. Son corps sera autopsié le lendemain, l’ensevelissement a lieu trois jours plus tard. «Quelqu’un, on ne sait pas qui, a payé l’enterrement», indique Jean-Marc.

Avant le décès de la fillette, une action civile avait été introduite contre la clinique genevoise. Avec sa mort, une procédure a été ouverte par le Ministère public genevois, dans laquelle le couple s’est porté partie civile. L’avocate de Mélanie et Jean-Marc n’a pas encore eu accès au dossier. Le fameux rapport d’autopsie? Il serait en correction. Pourquoi une si longue attente? Des compléments d’analyses ont-ils été demandés? La médecine légale ne trouve-t-elle pas la cause de la mort de l’enfant? Autant de questions qui restent sans réponses alors que, justement, les parents d’Anïa, eux, en ont besoin pour pouvoir avancer. «Ce délai est anormalement long et dénote un dysfonctionnement évident, estime l’avocat pénaliste genevois Robert Assaël, qui intervient fréquemment dans des dossiers où des autopsies sont demandées. L’État doit tout entreprendre pour que le rapport soit rendu sans délai et qu’à l’avenir cette intolérable attente ne se reproduise pas.»

Récipient «conforme»

La procureure chargée de la mort d’Anïa n’a pas souhaité s’exprimer dans nos colonnes. Le directeur de la Colline, Stéphan Studer, se dit sincèrement touché par le décès de la petite fille mais aussi surpris qu’un lien puisse être établi entre sa mort et l’incident survenu à la clinique: «Les circonstances de l’incident ont été analysées et ces informations transmises aux parents et à leurs avocats en toute transparence.» En résumé, «il a été démontré que les règles et procédures ont été respectées. La fillette s’est malheureusement piquée dans une salle de traitement dans laquelle les enfants accompagnants ne sont pas admis, une salle où se trouvait un récipient collecteur, avec un couvercle, qui a un petit orifice pour collecter les seringues.» Stéphan Studer insiste: «Ce récipient est conforme aux normes hospitalières suisses. Il est toujours utilisé à la clinique, comme dans d’autres hôpitaux.» Pour les parents, l’insupportable attente continue.

Votre opinion