Actualisé 20.11.2019 à 14:33

«Death Stranding»: le voyage plus que la destination

Jeu vidéo

Le premier jeu orchestré par Hideo Kojima depuis son divorce douloureux avec Konami est un chef d'oeuvre malade dont on espère parvenir à ne conserver en tête que le meilleur. Critique.

par
lematin.ch

Une bande-annonce de «Death Stranding» à l'époque ou le jeu posait plus de questions qu'il ne donnait de réponses.

Le grand mérite de «Death Stranding», jeu vidéo orchestré par Hideo Kojima, aura été de nous avoir fait passer par une montagne russe émotionnelle que seul le divertissement interactif peut provoquer.

Son premier grand ouvrage produit en dehors de la lignée des «Metal Gear», nous aura d'abord intrigué, puis fasciné, puis irrité, puis conquis, puis prodigieusement agacé. C'est beaucoup pour un seul jeu direz-vous et vous n'aurez pas tort.

Ces larmes qui perlent

Avec l'énorme inconvénient, du moins de notre point de vue, d'avoir gardé le pire pour la fin. Soit en nous forçant à digérer – entre deux phases de gameplay rétrécies – une succession de cinématiques tantôt allégoriques (des gens causent sur une plage quelque part entre la vie et la mort, et laissent couler une larme), tantôt terre à terre (des gens causent dans une base souterraine en laissent couler une larme). On ne va pas y aller par quatre chemins, ces séquences de résolutions, trop souvent portées par des dialogues interminables et atones, transforment une aventure jusque-là extraordinaire en un «soap opera» intello-suffisant. Pour certains, c'est ce qui fait le charme d'Hideo Kojima, conteur et cinéphile. Dont acte.

Une grande traversée

En terme de mécanique de jeu, que nous propose «Death Stranding»? Une traversée des Etats-Unis d'Est en Ouest, à pied la plupart du temps, par Sam Porter Bridges, un transporteur très résistant de colis alors que les derniers humains survivants se terrent à l'abri dans des bases high-tech. La nature des menaces est tantôt matérielle, tantôt surnaturelle. Sam, superbe création numérique, reproduisant les traits et la gestuelle de l'acteur Norman Readus, est équipé d'une unité BB (un fœtus dans une capsule transportable) qui lui sert de capteur de spectres. Ces derniers contaminent les terres lorsqu'il pleut. Une pluie qui fait vieillir et qui érode et dont Sam, pourtant bien équipé, doit se protéger.

Lorsque le moulinet harnaché à Sam Porter Bridges (Norman Readus) bat la chamade, les entités spectrales ne sont pas loin

Lorsque le moulinet harnaché à Sam Porter Bridges (Norman Readus) bat la chamade, les entités spectrales ne sont pas loin

Fragile Léa Seydoux

À lui de porter les colis à bon port en se jouant des menaces. A lui de de reconnecter les bases entre-elles toujours plus vers l'Ouest. A lui encore de savoir profiter des aides (échelles, infrastructures, boosts....) laissées par d'autres joueurs – généreux fantômes – qui sont à remercier et qui nous remercieront en retour. Lors de ses quêtes, Sam fera la rencontre, entre autres stars, de Fragile (Lea Seydoux), une concurrente en quelques sorte, du bon docteur Deadman (incarné par le cinéaste Guillermo del Toro). Il sera aussi hanté par les souvenirs de Cliff (Mads Mikkelsen) à chaque fois qu'il rebranche son BB après un repos bien mérité. Sans parler de l'étonnant double rôle accordé à Lindsay Wagner, vieillie puis rajeunie, qui donne tout ce qu'elle n'avait jamais pu exprimer dans «Super Jaimie» (1976-1978), médiocre série télé qui l'avait pourtant rendue célèbre.

Fragile, incarnée par l'avatar de Léa Seydoux. Son parapluie n'est pas qu'une préciosité esthétique.

Fragile, incarnée par l'avatar de Léa Seydoux. Son parapluie n'est pas qu'une préciosité esthétique.

Tordu? Ça l'est

Tout cela vous paraît tordu? Ça l'est. Pourtant, tant que les mystères sont portés haut par une en mise en images inspirée accompagnée de titres musicaux parfaitement choisis, «Death Stranding» entre dans le cercle restreint des plus beaux et des plus originaux jeux du monde.

Mais ce final fumeux... On va tenter de l'oublier ne serait-ce que pour nous remettre en tête le souvenir d'avoir vécu une expérience exceptionnelle et de nous convaincre – et ça ce n'est pas gagné – que le voyage compte bien plus que la destination.

Jean-Charles Canet

«Death Stranding» est disponible actuellement en exclusivité sur PlayStation 4. Sortie sur PC-Windows attendue en été 2020.

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