«Death Stranding», l’intense voyage revisité
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Jeu vidéo«Death Stranding», l’intense voyage revisité

Le jeu DHL de Hideo Kojima s’offre un «Director’s Cut» sur PlayStation 5. De quoi inciter à rechausser ses crampons?

par
Jean-Charles Canet
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Sam Porter (Norman Reedus) a vaincu un sommet dans un jeu qui se prend très au sérieux mais qui laisse passer de temps à autre de surprenantes touches d’humour. Bienvenue dans Kojima Land.

Sam Porter (Norman Reedus) a vaincu un sommet dans un jeu qui se prend très au sérieux mais qui laisse passer de temps à autre de surprenantes touches d’humour. Bienvenue dans Kojima Land.

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Un mode panoramique optionnel, qui ouvre (véritablement) le champ de vision en largeur, a été ajouté.

Un mode panoramique optionnel, qui ouvre (véritablement) le champ de vision en largeur, a été ajouté.

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Sam poursuivi par des Mules, des humains attirés comme des mouches par les marchandises transportées.

Sam poursuivi par des Mules, des humains attirés comme des mouches par les marchandises transportées.

Sorti en novembre 2019 (il y a presque deux ans déjà) sur PlayStation 4 et en 2020 sur PC Windows, «Death Stranding» (Échouage mortel) avait tenu le haut du panier de l’actualité vidéoludique pour d’excellentes raisons. D’abord, c’était un gros jeu, une production triple «A». Ensuite, il s’agissait de la première production du Grand Timonier Hideo Kojima après son éviction du studio Konami et sa dépossession de la franchise «Metal Gear Solid» pour laquelle il était pourtant connu et reconnu. Enfin, parce que c’était un jeu à nul autre comparable, un jeu somme, un jeu d’auteur assurément dans lequel le Japonais brassait toutes les obsessions déclinées dans ses productions précédentes tout en prenant pour héros un certain Sam Porter à qui l’acteur Norman Reedus prête ses traits et sa carrure imposante… mais aux antipodes du barbouze expert en infiltration d’antan.

Sam, livreur

Car Sam est un livreur dans une Amérique du Nord dévastée par un cataclysme qui a rendu poreuse la dimension qui sépare les vivants des morts. Les outils de communications et de déplacements sont totalement neutralisés. Les infrastructures humaines ont pratiquement toutes disparu. Le végétal et le minéral semblent survivre. Les communautés restantes vivent cloîtrées en sous-sol. Il s’agit de la seule solution trouvée pour échapper à des précipitations surnaturelles qui accélèrent le vieillissement. Pour échapper aussi à des manifestations spectrales – appelées les échoués – aux motivations encore incomprises et à des humains errants devenus fous et dangereux. Ah oui, il y a aussi des terroristes déterminés à empêcher toutes formes de réunification.

Initiales BB

Pour avoir tâté dans sa chair ce qu’il en coûte de s’être frotté à l’autre dimension tout en lui survivant, Sam en a aussi acquis une capacité de résistance qui fait de lui le livreur le plus accompli de la région. Il fait donc sens qu’il soit soudainement chargé de parcourir le continent pour rétablir les liens avec les communautés souterraines grâce à une mystérieuse énergie «chirale». Cette mission – relier d’Est en Ouest (à pied, puis à moto, puis en fourgonnette, puis à pied à nouveau) ce qui reste des États-Unis – il l’accepte avec réticence mais avec compétence. Grâce à toi ami joueur (et aussi d’un bébé radar encapsulé dans une amphore translucide). Tout cela pour aboutir sur un final si «kojimiesque» que cela en devient caricatural avec son interminable cortège de tunnels philosophico-narratifs, très soignés mais pompeux, dans lesquels se joue, pas moins, le sort du vivant.

«Death Stranding Director’s Cut», sort le 24 septembre, en exclusivité sur PlayStation 5. Ce n’est pas une mise à jour mais une version séparée de l’original ce qui explique pourquoi le jeu est vendu comme une nouvelle version. Une fastidieuse procédure d’exportation/mise à niveau des sauvegardes de la version PS4 permet de reprendre l’aventure là où l’avaient laissé ceux qui l’avaient entreprise sur la génération précédente. Pour discerner les subtils ajouts aux aventures de Sam, il est conseillé de repartir du début. C’est ce que nous avons fait. Il est vrai aussi contraint après avoir perdu nos sauvegardes PS4 en mettant la charrue avant les bœufs, soit d’avoir lancé la version PS5 avant d’avoir relancé la version PS4 et sa procédure d’exportation. Il n’est pas dit qu’une telle mésaventure vous arrive aussi, mais, par précaution, faites plutôt l’inverse.

Beau comme un sou neuf

Sur le plan technique, outre des graphismes remis au goût du jour, ce qui nous a le plus marqué est l’indéniable apport d’une fluidité sensiblement améliorée. Le jeu était déjà visuellement magnifique, il l’est un peu plus mais surtout beaucoup plus maniable et agréable dans ses interactions. Certes, la version PS4 étant compatible PS5, il aurait été urbain de la part de Sony et de Kojima Productions d’offrir à la version première un patch qui ouvre la porte aux 60 images par seconde. Ce choix n’a pas été fait. On le soupçonne, de crainte de déshabiller Jean au profit de Paul et de rendre ainsi Jean un peu moins indispensable.

Sur le plan «Director’s Cut» (terme qu’on qualifiera tout de même de marketing pour ce cas précis) on a bien constaté l’ajout d’un certain nombre de nouvelles fonctionnalités, autant en termes de mise à l’étrier qu’en termes de diversités des activités. Le côté DHL que lui reprochaient certains en 2019 s’en trouve gommé. Mais légèrement. On marche toujours beaucoup dans «Death Stranding» d’entrepôts en entrepôts avant de pouvoir rouler. C’est le cœur du jeu et la seule véritable façon de faire acquérir à Sam les moyens d’affronter les dangers ultérieurs. Mais disons que la monotonie qui peut s’installer à certains stades du périple s’en trouve allégée, notamment via de nouveaux outils facilitateurs et l’introduction de phases d’infiltration dans des lieux clos qui viennent rappeler le Kojima de l’ère «Metal Gear Solid».

Mélancolie contemplative préservée

L’avantage de ces modifications perlées tout au long du voyage de Sam est que le jeu n’est pas dénaturé par une gamification artificielle. La mélancolie contemplative qui, à notre sens, en fait le sel est fort bien conservée. On y adhère complètement, en laissant un circuit de courses automobile ajouté à ceux que cela intéresse. Quant au dénouement surdialogué, qui donne à une incroyable distribution invitée (Léa Seydoux, Mads Mikkelsen, Guillermo del Toro, Nicolas Winding Refn, Lindsey Wagner et quelques autres têtes d’affiche) le privilège de se voir accorder un bouquet final, on le subit plus qu’on l’applaudit. Mais le voyage fut une nouvelle fois intense, agrémenté par le toujours très original et efficace système collaboratif en ligne qui permet au joueur solitaire de profiter des infrastructures placées par d’autres joueurs cantonnés ailleurs dans leur propre bulle. Avec distribution de «Likes» chaudement recommandé. Toute bonne action étant récompensée.

Voilà pourquoi «Death Stranding – Director’s Cut» nous semble le plus approprié pour ceux qui le découvriront pour la première fois et pour ceux pour qui ne sont pas parvenus à passer la première zone de la précédente version et qui ressentent une irrépressible envie de rechausser leurs crampons entre verts pâturages, fleuves indomptés et sommets vertigineux.

Aussi pompier puisse-t-il être parfois, DSDC reste à notre sens une œuvre vidéoludique unique et majeure.

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