Actualisé 17.05.2018 à 05:00

FootballDecastel: «C'est toujours magique»

Fraîchement promu en Super League à la tête de «son» Xamax, Michel Decastel, 62 ans, raconte son bonheur intérieur et évoque la suite de l’aventure, à laquelle il a failli mettre un terme.

par
Simon Meier, Neuchâtel
Photo: Jean-Guy Python

Photo: Jean-Guy Python

- Michel Decastel, ce championnat ne commence-t-il pas à être trop long?

C’est vrai qu’en étant champion à sept journées de la fin, ça devient long. Mais on préfère ça à attendre la dernière journée. C’est sûr, les gars ressentent une décompression. Ils sont partis deux jours à Lugano pour fêter ce titre et après, à l’entraînement, on voyait que les têtes n’étaient pas fraîches. J’ai été assez sévère toute la saison, c’est logique de lâcher la bride.

- Pour vous, les joies du printemps sont-elles déjà balayées par le stress lié à la saison à venir?

Pas du tout. Je savoure ce titre, comme toute l’équipe. On a des discussions avec le comité, en vue de la saison prochaine – quel budget, quels joueurs. Mais ça, c’est à côté de la joie.

- Vous l’exprimez de façon intérieure, presque triste. Êtes-vous blasé?

Non. Je suis supercontent, d’abord pour l’équipe. Professionnellement aussi, parce que remonter Xamax en Super League, c’est quand même extraordinaire, pour moi qui ai fait tous mes juniors ici. Là, tu reviens, tu fais trois belles saisons, avec cet accomplissement… Je pourrais extérioriser davantage, j’étais heureux d’aller à toutes ces invitations, mais bon. C’est une histoire de nature, je ne suis pas un gars à rouler les mécaniques ou grimper aux rideaux parce qu’on est champions.

- Sur l’échelle du bonheur, où situez-vous ça, par rapport à un titre de champion de Tunisie avec l’Espérance?

En un sens, c’est pareil. Quand on est monté en LNA avec Delémont en 1999, une première pour le club, on avait aussi connu une grosse joie. Quand tu gagnes quelque chose, c’est toujours magique.

- La Maladière a accueilli 2160 âmes contre Winterthour, puis 1986 contre Wohlen. La ferveur africaine vous manque-t-elle parfois?

Ils étaient plus de 3000 pour nous féliciter contre Chiasso, un bon match, et derrière, alors qu’on pense récupérer du monde, ça retombe. C’est vrai qu’on se demande un peu où sont les gens. Ce manque de ferveur envers Xamax qui vient de remonter est un peu décevant. Il faut que Neuchâtel se réveille, tu as envie de dire: «Mais venez au match, nom de bleu! Supportez-nous, savourez ce qu’on vient de faire!»

- Pour les transferts, vous avez reçu votre enveloppe?

Ben non, j’ai pas mal de managers qui m’appellent, avec de bonnes et moins bonnes propositions. Mais il faut se dire que nous n’avons pas d’argent, on ne peut pas mettre 200 000 francs sur un joueur. Soit il est libre, soit on nous le prête. L’investissement, ce sera son salaire. Donc il ne faut pas se louper, au niveau du foot mais aussi du caractère. Nous cherchons des gars qui se fondent dans le groupe plutôt que de tirer la couverture à eux. Ce n’est pas facile à trouver, mais on est sur deux trois pistes.

- Fonctionner sans directeur sportif, c’est un choix forcé ou un choix tout court?

Un peu les deux. Cela part des contraintes financières, mais on se rend compte que ce n’est pas si mal. Au moins, s’il y a des mauvais transferts, je saurai que c’est moi. J’ai davantage de liberté. Si cela se passe bien, pas de problème à travailler avec un directeur sportif. Mais si ça se passe mal, on se tire vite dans les jambes. Là, il y a mes choix et derrière, le président dit si on peut se permettre ou pas.

- Votre président et vous prônez les valeurs humaines. Parvenez-vous à les mettre de côté pour dire à certains joueurs: «Merci pour tout, mais je ne compte pas sur toi en Super League»?

Oui, certains le savent déjà. Et je le dirai à d’autres en fin de saison. Cela se décidera aussi en fonction des arrivées. Ce n’est évidemment pas l’aspect que je préfère dans le métier. Ce sont des bons types, qui sont montés avec nous en Challenge League et qui ne joueront pas en Super League. Ce n’est pas facile, mais tu es obligé. Sinon, tu n’avances pas et tu mets ton équipe en danger.

- Cette Super League, vous allez la retrouver à 62 ans, en pleine vague de jeunisme chez les coaches. Que cela vous inspire-t-il?

Ça me montre que je suis bientôt à la retraite, c’est tout. (Il rit)J’ai toujours dit que je la prendrais à 63 ans, donc cette année. Mais le président m’a demandé de continuer.

- Vous aviez envie d’arrêter?

Il y a des moments où je suis fatigué. Donc ça m’a titillé d’arrêter là. Et ça me titille encore.

- Vous n’êtes pas en train de dire que vous ne serez pas sur le banc de Xamax en juillet?!?

(Amusé de son effet) Non, non. J’ai donné ma parole. Mais je me suis posé la question. D’ailleurs je l’ai dit à Noël, c’était clair dans ma tête: «Président, si on ne monte pas, je stoppe.»

- Votre épouse était-elle du coup supportrice du Servette FC, au mois de février?

Non, non, elle ne veut pas que j’arrête, elle! (Rires)Elle vient à tous les matches, elle adore le foot, elle m’a suivi en Afrique, partout. Elle n’a pas envie que ça s’arrête, elle a peut-être peur de m’avoir 24 heures sur 24 à la maison.

- Vous, en revanche, ça n’a pas l’air de vous faire peur…

Non, pas du tout. Attends, ça fait vingt-huit ans que j’entraîne, après avoir été joueur pro pendant quinze ans. Au bout d’un moment, il faut s’arrêter et puis s’occuper autrement, je ne sais pas, aller à la pêche, voir des matches, continuer à faire quelque chose pour le club mais sans le stress, sans s’énerver.

- Quelle fut votre grande colère, cette saison?

Cette saison, je ne vois pas. Je m’en rappelle une l’an passé, ici, après un 2-2 contre Le Mont alors que nous menions 2-0. J’étais furieux d’un tel relâchement. Je claquais tellement les portes que le président n’a pas osé venir, il avait peur. Mais cette saison… La seule fois où je me suis énervé, c’était à Winterthour peut-être – on gagnait 2-0 à la mi-temps, on pouvait classer le match et, avec légèreté et manque de détermination dans le marquage, on prend deux buts. Mais globalement, je suis beaucoup plus calme.

- Est-ce l’Afrique et tout ce que vous y avez vécu qui vous ont donné ce flegme?

Oui, j’ai peut-être pris ça là-bas. En tout cas, je marche plus lentement qu’avant – il y a du soleil, il fait chaud. Avant, je m’excitais pour un rien, j’étais un gueulard au bord du terrain, je dirigeais comme un taré et sortais un joueur s’il ne faisait pas ce que je lui disais. Au bout d’un moment, heureusement, on s’apaise.

- Vous avez connu le succès, à Delémont comme à Abidjan. Quelle est la recette?

Je suis compétiteur. Je n’aime pas perdre. Même après une défaite à Lugano, qui ne compte pas trop, je deviens franc fou. Déjà joueur, j’étais comme ça. Même à l’entraînement, je tapais, je détestais perdre. Je n’aime pas l’injustice et la défaite.

DE CORTAILLOD À LA MALADIÈRE, VIA LE VASTE MONDE

NAISSANCE

Michel Decastel voit le jour le 22 octobre 1955, à Cortaillod (NE).

EXIL

Après un début de carrière avec Xamax, le milieu de terrain rejoint Strasbourg en 1979.

TROPHÉES

Il fête une Coupe de Suisse (1984) et un titre national (1985) avec Servette.

COACH

Promu avec Colombier, Yverdon puis Delémont, il gagne la Coupe avec Sion (1996).

AVENTURE

De 2000 à 2012, il sillonne la Côte d’Ivoire, la Tunisie, le Maroc et l’Égypte.

RETOUR

Repêché par Sion en 2013, il s’engage deux ans plus tard pour le club de son cœur.

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!