27.10.2020 à 16:05

Carnet noirDécès de Pierre Languetin, premier Romand à présider la BNS

Le Vaudois, qui avait présidé l’institut d’émission de 1985 à 1988, s’est éteint à l’âge de 97 ans. L’intégration économique européenne était son cheval de bataille.

Sous sa présidence, la BNS a soutenu une coordination des politiques monétaires, fiscales et commerciales des divers pays.

Sous sa présidence, la BNS a soutenu une coordination des politiques monétaires, fiscales et commerciales des divers pays.

Keystone

Premier Romand à diriger la Banque nationale suisse (BNS), Pierre Languetin est décédé jeudi dernier à l’âge de 97 ans, selon un faire-part publié lundi dans la «Neue Zürcher Zeitung». Le Vaudois avait présidé l’institut d’émission de 1985 à 1988, après une longue carrière dans la diplomatie consacrée à l’intégration économique de la Suisse à l’Europe.

Pierre Languetin est né le 30 avril 1923 à Lignerolle (VD). Licencié en sciences économiques et commerciales de l’Université de Lausanne, il fait ses débuts de diplomate économique auprès de l’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) à Paris. En 1955, il entre à la division de commerce du Département fédéral de l’économie.

L’intégration économique européenne devient dès lors son cheval de bataille. Engagé activement aux négociations qui devaient aboutir à la création de l’AELE en 1959, il est nommé sept ans plus tard délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux et ambassadeur de la délégation suisse auprès de l’Association européenne de libre échange (AELE) à Genève.

De 1963 à 1976, Pierre Languetin représente la Suisse au sein de plusieurs comités de l’OCDE. Il participe aussi en 1971-72 aux négociations sur l’accord de libre-échange avec la communauté économique européenne. Diplomate infatigable, il est dès 1964 la voix de la Suisse auprès de la CNUCED. Il négocie en 1974 l’adhésion du pays à l’Agence internationale de l’énergie avant de siéger deux ans à la direction de cette dernière.

Crise et récession

Elu en mars 1976 au directoire de la BNS, il mène en pleine crise du dollar en 1978 le Département III (devises, crédits, trafic des paiements). En septembre, l’institut d’émission, qui doit faire front depuis plusieurs années à une vive appréciation du franc, le dollar passant entre juin 1977 et février 1978 de 2,46 à 1,79 franc, adopte alors un objectif de cours entre le franc et le mark allemand.

En 1981, il reprend la vice-présidence du directoire, au plus fort de la récession. En 1985, il remplace à 61 ans Fritz Leutwiler à la présidence du directoire de la BNS, alors que l’ascension du dollar est stoppée par l’accord du Plaza. L’ancien vice-président du conseil de Sandoz siège également à partir de cette date au conseil de la Banque des règlements internationaux (BRI).

Apôtre de la stabilité des taux de change, Pierre Languetin a toujours demandé des signes clairs afin de rétablir la confiance envers la monnaie américaine. Il a critiqué les interventions des banques centrales mettant en danger la politique monétaire axée sur cette stabilité.

Mais il s’est aussi soucié de la crise de l’endettement et des déséquilibres du commerce mondial, souhaitant à plusieurs reprises que les Etats-Unis réduisent leur déficit budgétaire. Sous sa présidence, la BNS a soutenu une coordination des politiques monétaires, fiscales et commerciales des divers pays.

Passant en 1988 les rênes de la BNS à Markus Lusser, le Vaudois a été de 1988 à 1993 administrateur de la Compagnie suisse de réassurance, l’actuel Swiss Re, vice-président du conseil d’administration du groupe pharmaceutique Sandoz de 1988 à 1995, notamment. Il a aussi siègé au sein des organes de surveillance de la banque Paribas Suisse et de Pargesa Holding. De 1988 à 1997, il a présidé l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP).

(ats/nxp)

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