19.09.2020 à 02:19

États-UnisDécès de Ruth Bader Ginsburg, doyenne de la Cour suprême américaine

Âgée de 87 ans, Ruth Bader Ginsburg est décédée vendredi des «complications d’un cancer». Sa mort devrait bouleverser l’équilibre de la Cour suprême.

Ruth Bader Ginsburg, le 29 septembre 2009, à Washington.

Ruth Bader Ginsburg, le 29 septembre 2009, à Washington.

AFP

La doyenne de la Cour suprême des États-Unis Ruth Bader Ginsburg est décédée vendredi à l’âge de 87 ans, laissant vacant un poste doté de grands pouvoirs, ce qui augure d’une intense bataille politique avant la présidentielle du 3 novembre. Cette juge progressiste, devenue une véritable icône à gauche, est morte des suites d’un cancer du pancréas, entourée par sa famille, a annoncé la plus haute juridiction des États-Unis dans un communiqué.

Fragile depuis quelques années, cette championne de la cause des femmes, des minorités ou encore de l’environnement, avait été hospitalisée à deux reprises cet été et ses bulletins de santé étaient suivis de près par les démocrates qui craignent que le président Donald Trump s’empresse de nommer son successeur.

Donald Trump a salué la «vie exceptionnelle» de la juge à la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, après avoir appris à l’issue d’un déplacement de campagne dans le Minnesota son décès vendredi à l’âge de 87 ans. «Elle vient de mourir? Je n’étais pas au courant. Elle a mené une vie exceptionnelle», a réagi le président républicain, qui était sur scène en train de faire un discours dans la ville de Bemidji, dans le Minnesota, au moment où la haute cour annonçait la mort de la juge.

Un peu plus tard, il lui a rendu hommage dans un communiqué plus solennel, sans révéler s’il comptait nommer son successeur rapidement. «Aujourd’hui, la Nation pleure une colosse du Droit», a-t-il écrit. Saluant un «esprit brillant», une «combattante», il a jugé que ses décisions, notamment sur les droits des femmes, «avaient enthousiasmé tous les Américains».

Hommage appuyé de Joe Biden

Son rival démocrate, Joe Biden, a lui rendu un hommage appuyé à la magistrate la plus connue des États-Unis. «Ruth Bader Ginsburg s’est battue pour nous tous, et elle était très aimée», a-t-il souligné, en appelant à ne pas se précipiter pour la remplacer. «Les électeurs doivent choisir le président, et le président doit proposer un juge au Sénat», a-t-il dit dans une déclaration à la presse. Elle était «une héroïne américaine» et «une voix infatigable dans la quête de l’idéal américain suprême : l’égalité de tous devant la loi», a-t-il également salué.

Selon la radio NPR, la juge «RBG», comme elle avait été surnommée, avait elle-même confié ses dernières volontés à sa petite fille, Clara Spera. «Mon vœu le plus cher est de ne pas être remplacée tant qu’un nouveau président n’aura pas prêté serment», lui a-t-elle dicté quelques jours avant sa mort.

Donald Trump avait déclaré en août qu’il n’hésiterait pas à nommer un juge à la Cour suprême même très près de l’élection. «J’avancerai vite», avait-il déclaré sur une radio conservatrice. Soucieux de galvaniser les électeurs de la droite religieuse, il a depuis publié une pré-sélection de candidats, des juges conservateurs, pour la plupart opposés à l’avortement et favorables au port d’armes.

Selon la Constitution, une fois qu’il aura arrêté son choix, il reviendra au Sénat de l’avaliser. Son chef, le républicain Mitch McConnell a déjà fait savoir qu’il organiserait un vote, même s’il avait refusé d’auditionner un juge choisi pour ce poste par Barack Obama en 2016, au prétexte qu’il s’agissait d’une année électorale.

Même si les républicains disposent d’une majorité de 53 sièges sur 100 à la chambre haute, certains élus républicains modérés, qui font face à des campagnes de réélection compliquées, pourraient toutefois faire défection et chaque camp va, sans aucun doute, déployer les grands moyens pour tenter de les convaincre.

«La bataille politique va être énorme» parce que si Donald Trump obtient gain de cause, «la Cour suprême deviendra la plus conservatrice depuis un siècle», a prédit le professeur de droit Carl Tobias. Aujourd’hui, les cinq juges conservateurs – sur neuf – ne font en effet pas bloc, et il est fréquent que l’un d’entre eux vote avec ses confrères progressistes. Or la Cour est l’arbitre de tous les grands sujets de société aux États-Unis: avortement, droit des minorités, port d’armes, peine de mort…

«Pionnière»

Nommée en 1993 à la haute cour par le président Bill Clinton, après s’être distinguée en faisant avancer les droits des femmes dans les années 1970, Ruth Bader Ginsburg était devenue extrêmement populaire malgré le sérieux de sa fonction. Grâce à son positionnement en phase avec les aspirations des plus jeunes, elle les avait conquis, au point de gagner le surnom de «Notorious RBG» en référence au rappeur Notorious BIG.

Vendredi soir, quelques centaines de personnes se sont rassemblées spontanément devant les colonnes de la Cour suprême pour lui rendre hommage. Les drapeaux du Congrès et de la Maison-Blanche ont été mis en berne en son honneur.

Malgré son positionnement à gauche, républicains et démocrates lui ont immédiatement rendu hommage. «Chaque femme, chaque fille, chaque famille en Amérique a bénéficié de son intelligence éclatante», a déclaré la chef des démocrates au Congrès Nancy Pelosi. «On a perdu une géante dans l’histoire du pays», a renchéri la benjamine de la Chambre et représentante de l’aile gauche du parti, Alexandria Ocasio-Cortez.

Mêmes louanges à l’autre bout de l’échiquier politique. C’était «une championne du Droit» pour le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, une juriste «brillante», «admirée» et «influente» selon le ministre de la Justice Bill Barr. Le sénateur républicain Lindsey Graham, un proche du président, s’est même dit «triste» de son décès.

Petite voix dissonante, le sénateur républicain Ted Cruz, qui figure sur la liste des potentiels candidats à la Cour suprême du président Trump, n’a pas attendu pour réclamer qu’elle soit remplacée. Il a réclamé sur Twitter que le président annonce son successeur dès la semaine prochaine et que le Sénat le confirme avant l’élection. «Cette nomination, c’est pour ça que Donald Trump a été élu», a-t-il jugé.

(AFP/NXP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!