Criminalité: Déchets plastiques: Interpol dénonce les réseaux
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CriminalitéDéchets plastiques: Interpol dénonce les réseaux

En 2018, quelque 360 millions de tonnes de déchets plastiques ont été produits dans le monde, dont huit au moins se retrouvent dans les océans.

Les déchets sont parfois valorisés par des criminels.

Les déchets sont parfois valorisés par des criminels.

Photo d’illustration/Keystone

Des réseaux criminels ont investi le secteur de l’exportation vers l’Asie de déchets plastiques, en constante augmentation, contribuant à la pollution en brûlant ou jetant dans la nature des déchets officiellement destinés au recyclage, dénonce jeudi Interpol dans un rapport.

En 2018, quelque 360 millions de tonnes de déchets plastiques ont été produits dans le monde, dont huit au moins se retrouvent dans les océans. Le marché mondial du recyclage, obligatoire dans de plus en plus de pays, devrait dépasser 50 milliards de dollars (42 milliards d’euros) en 2022, selon l’organisation policière internationale.

«La bonne régulation (du secteur) est d’une importance essentielle pour la sécurité environnementale mondiale,» a estimé dans un communiqué Calum MacDonald, responsable des questions environnementales à Interpol.

Secteur infiltré

Car cette manne a attiré les organisations criminelles internationales, d’autant que beaucoup de pays exportent leurs déchets pour qu’ils soient recyclés à l’étranger, souvent dans des pays en développement.

«Une prise de conscience sur la façon dont le monde du crime a infiltré le secteur des déchets et contribue à la pollution plastique constitue un pas indispensable» souligne le rapport, basé sur des données issues de 40 pays.

Le respect des seuils légaux en matière de recyclage est souvent impossible à vérifier en raison de la «faible visibilité» du parcours des déchets dans des pays qui n’ont parfois pas les capacités de les traiter, ou d’imposer et de contrôler l’application des réglementations.

Exportations en hausse

Après la décision de la Chine, début 2018, de cesser l’importation de déchets plastiques destinés à son industrie du recyclage, une réorientation vers d’autres pays, notamment d’Asie du Sud-Est, a eu lieu.

Les exportations des États-Unis ont ainsi bondi de 330% vers la Malaisie au premier trimestre 2018. Ils ont aussi augmenté de 300% vers la Thaïlande et de 191% vers l’Indonésie

Mais plusieurs de ces nouvelles destinations reconnaissent leurs difficultés à appliquer les réglementations, comme l’Inde (pour 87% des déchets), l’Indonésie (83%) ou la Malaisie (57%), relève le rapport.

En conséquence «les pays exportateurs peuvent annoncer des taux de recyclages artificiellement élevés, alors que subsistent en fait de grandes incertitudes sur le traitement des déchets exportés,» souligne Interpol.

Entassés et brûlés

Dans la ville de Jenjarom, non loin de Kuala Lumpur (Malaisie), de nombreuses usines ont ainsi été ouvertes en 2018, mais elles entassent les déchets à ciel ouvert et les brûlent dans d’épaisses fumées.

Plusieurs pays ont pris des mesures contre ces importations de déchets, et la Malaisie a par exemple renvoyé en janvier 150 conteneurs de déchets plastiques illégaux vers leurs pays d’origine, en soulignant qu’elle ne voulait pas devenir une «décharge» pour les pays développés. Mais ce genre de processus peut être «long et difficile», souligne Interpol. Les réseaux illégaux brouillent en effet les pistes sur l’origine des chargements, notamment en passant par des pays de transit.

«À mesure que les importations de déchets plastiques seront restreintes dans certains pays, il est très probable que les (réseaux) continueront de transférer des cargaisons vers de nouveaux pays vulnérables», insiste le rapport. Selon lui, des chargements illégaux à destination du Laos et du Myanmar ont déjà été repérés.

Le trafic touche aussi d’autres régions du monde, et le crime organisé a également été lié à une augmentation des décharges et incinérations sauvages en Europe, selon Interpol.

(ATS/NXP)

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