Canada - Découverte de 750 nouvelles tombes près d’un pensionnat
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CanadaDécouverte de 750 nouvelles tombes près d’un pensionnat

Jeudi, le Canada devait faire face une nouvelle fois au calvaire subi pendant des décennies par des enfants autochtones dans des établissements scolaires catholiques.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a réagi sur Twitter.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a réagi sur Twitter.

AFP

Une communauté autochtone a annoncé jeudi la découverte de plus de 750 tombes anonymes sur le site d’un pensionnat au Canada, nouvelle illustration du calvaire subi pendant des décennies par des enfants autochtones dans des établissements scolaires gérés par l’Église catholique. Le mois dernier, l’identification des restes de 215 enfants près d’un autre établissement du même type avait déjà meurtri et indigné le pays.

Les géo-radars utilisés pour les fouilles ont «repéré 751 tombes non marquées» sur le site d’un ancien pensionnat hébergeant des enfants autochtones à Marieval, en Saskatchewan, dans l’ouest du Canada, a déclaré jeudi lors d’une conférence de presse virtuelle le chef de la nation Cowessess, Cadmus Delorme. «Ce n’est pas une fosse commune, ce sont des tombes non identifiées», a-t-il ajouté.

Les victimes sont principalement des enfants mais les récits des survivants laissent penser qu’il pourrait également y avoir des adultes, selon lui. Le nombre exact de victimes devra être confirmé dans les prochaines semaines, en raison d’une marge d’erreur des radars et du fait que chaque tombe peut contenir les restes de plusieurs victimes, a-t-il ajouté.

«Cacher le nombre d’enfants maltraités et tués»

Plusieurs tombes ont sans doute été surmontées de stèles identifiant les victimes, mais certaines d’entre elles ont été retirées dans les années 1960 «par des représentants de l’Église catholique», un geste criminel au Canada, selon lui.

Pourquoi? «Sans aucun doute, ils essayaient de cacher le nombre d’enfants qui ont été maltraités et tués dans ces institutions», a lancé sur la chaîne CBC le chef de la Fédération des nations autochtones souveraines de la province de la Saskatchewan, Bobby Cameron. «Nous avions des camps de concentration au Canada», avait-il fustigé lors du point presse. «On se souviendra du Canada comme d’une nation qui a essayé d’exterminer les Premières nations».

Les découvertes ravivent le traumatisme vécu par quelque 150’000 enfants amérindiens, métis et inuits, coupés de leurs familles, de leur langue et de leur culture et enrôlés de force jusque dans les années 1990 dans 139 de ces pensionnats à travers le pays. Nombre d’entre eux ont été soumis à des mauvais traitements ou à des abus sexuels, et plus de 4000 y ont trouvé la mort, selon une commission d’enquête qui avait conclu à un véritable «génocide culturel» de la part du Canada.

«Aggraver la douleur»

Le Premier ministre Justin Trudeau, qui a dit sa «peine» jeudi dans un communiqué, a estimé que le Canada devait «tirer les leçons de (son) passé et avancer sur le chemin commun de la réconciliation». Cette découverte «n’a fait qu’aggraver la douleur ressentie par les familles, les survivants et les peuples autochtones», a renchéri le ministre des Services aux Autochtones Marc Miller. «C’était une vérité trop souvent niée. Plus maintenant».

Les fouilles autour de cette ancienne école de Marieval avaient débuté fin mai après la découverte des restes de 215 écoliers enfouis sur le site d’un autre ancien pensionnat, celui de Kamloops, en Colombie-Britannique, province la plus à l’ouest du pays. Cette découverte avait provoqué une onde de choc au Canada et relancé le débat sur ces institutions honnies où les enfants autochtones étaient envoyés de force afin d’y être assimilés à la culture dominante.

Le chef de la Fédération des nations autochtones souveraines de la province de la Saskatchewan, Bobby Cameron, a dénoncé jeudi un «crime contre l’humanité». «Le seul crime qu’on ait jamais commis était d’être nés autochtones», a-t-il affirmé. «Nous trouverons d’autres corps et nous ne nous arrêterons que lorsque nous aurons trouvé tous les enfants», a promis le responsable.

«Tragique mais pas surprenant»

De leur côté, les experts en droits humains de l’ONU ont exhorté Ottawa et le Vatican à mener une enquête rapide et complète. «C’est absolument tragique mais pas surprenant», avait réagi dès mercredi soir Perry Bellegarde, chef de l’Assemblée des Premières nations, qui représente plus de 900’000 autochtones au Canada.

Le pensionnat de Marieval, dans l’est de la Saskatchewan, a accueilli des enfants autochtones entre 1899 et le milieu des années 1990, avant d’être démoli et remplacé par une école de jour. Dans la foulée de la découverte des restes d’enfants au pensionnat de Kamloops, des fouilles ont été entreprises autour de plusieurs de ces anciens établissements scolaires partout au Canada, avec le concours des autorités gouvernementales.

(AFP)

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