Actualisé 28.02.2020 à 17:18

SantéDécouverte majeure sur le coronavirus grâce à Dubochet

Des chercheurs américains sont parvenus à identifier une molécule-clé du virus, ceci à l'aide de la technique qui a valu le prix Nobel au Vaudois.

par
lematin.ch
En parvenant à visualiser la protéine qui permet au virus de contaminer des cellules pulmonaires, on connaît l'ennemi à combattre.

En parvenant à visualiser la protéine qui permet au virus de contaminer des cellules pulmonaires, on connaît l'ennemi à combattre.

Science

Si vous vous demandiez à quoi servait la découverte qui a valu à Jacques Dubochet le prix Nobel de chimie en 2017, en voici un exemple tout à fait concret et combien actuel. Une équipe de chercheurs de l'Université du Texas vient en effet d'identifier une protéine-clé du coronavirus. Pourquoi est-ce une protéine-clé? Parce que c'est elle qui permet au virus d'entrer dans les cellules pulmonaires pour les infecter.

Les scientifiques sont parvenus à créer une modélisation en trois dimensions de cette protéine à l'échelle moléculaire. Que cela arrive deux mois après la découverte de ce nouveau coronavirus est tout à fait remarquable, comme le souligne France Culture, car avant il fallait 10 ans pour arriver à pareil résultat. Et si, aujourd'hui, on peut faire ces découvertes, c'est grâce à la cryo-microscopie électronique, une technique qui consiste à congeler très rapidement des échantillons biologiques sous forme hydratés, permettant à ceux-ci d'être observés sous vide par des microscopes électroniques sans que l'eau qu'ils contiennent ne s'évapore.

La méthode du Vaudois

Trois hommes ont été récompensés en 2017 par le prix Nobel de chimie pour avoir mis au point cette technique, Joachim Frank, Richard Henderson et le Vaudois Jacques Dubochet. C'est le professeur de l'Université de Lausanne qui avait trouvé la méthode de vitrification pour figer l'eau très rapidement en faisant chuter sa température sans en changer la structure. Ce qu'il a résumé par: «J'ai inventé l'eau froide.»

Les chercheurs de l'Université du Texas ont donc utilisé cette méthode pour refroidir des échantillons du coronavirus à -150 degrés avant de les bombarder d'un flux d'électrons. Cela a permis de créer une image en trois dimensions des molécules et, notamment, d'une glycoprotéine spike, qui est une protéine qui se trouve à la surface du virus. Ce sont de telles protéines qui permettent au virus de pénétrer dans des cellules pour les infecter et ce sont donc les cibles privilégiées des scientifiques pour trouver un vaccin. Si l'on est en effet capable de trouver une substance qui désactive cette protéine, le virus ne pourra plus se propager.

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La protéine de surface du coronavirus, modélisée en trois dimensions, sous des angles différents. Science

Parue dans «Science» le 19 février, cette étude montre que cette protéine du coronavirus présente de nombreuses similitudes avec celle du coronavirus responsable de l'épidémie de SRAS en 2003. Sauf que l'affinité du nouveau coronavirus (qui s'appelle SRAS CoV-2, tandis que la maladie qu'il provoque se nomme Covid-19) pour les cellules hôtes humaines serait, selon les chercheurs 10 à 20 fois plus élevée que celle du SRAS de 2003. Cela pourrait, selon eux, expliquer pourquoi cette nouvelle épidémie se propage si facilement d'homme à homme.

La riposte se prépare

Maintenant que la cible est connue et sa structure cartographiée, cela devrait permettre le développement rapide de ce que les chercheurs appellent une contre-mesure médicale, c'est à-dire le développement de diagnostics, d'anticorps thérapeutiques et, au bout du compte, d'un vaccin pour, concluent les chercheurs, faire face à la crise de santé publique en cours.

Dubochet toujours passionné

Jacques Dubochet a appris la nouvelle de cette découverte grâce à sa méthode jeudi dernier, alors que Lematin.ch le rencontrait en vue de la sortie le 4 mars prochain du film qui lui est consacré, «Citoyen Nobel». S'il est à la retraite, il se passionne toujours pour tout ce qui touche à son ancien domaine de recherche et s'est empressé de demander le lien sur l'article de «Science». Mais il ne l'avait pas encore lu au moment où nous l'avons quitté.

Michel Pralong

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