Avocat en prison: Déjà poursuivi par la justice vaudoise
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Avocat en prisonDéjà poursuivi par la justice vaudoise

Le Valaisan, soupçonné d’avoir menacé les jeunes filles dont son frère aurait abusé et leur entourage, a déjà été condamné. Pour violence contre des fonctionnaires.

par
Evelyne Emeri
Georges* (photo en médaillon) a été placé en détention préventive pour éviter tout risque de collusion. Il est incarcéré à Brigue/Glis, tandis que son frère cadet est à Sion.

Georges* (photo en médaillon) a été placé en détention préventive pour éviter tout risque de collusion. Il est incarcéré à Brigue/Glis, tandis que son frère cadet est à Sion.

Sedrik Nemeth

Interpellé le 1er décembre dernier («Le Matin» des 8 et 9 décembre), le jeune avocat de Martigny a déjà eu maille à partir avec la justice vaudoise. En juillet 2009, le Tribunal de police de Lausanne l’a condamné pour violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires. Ce que confirme le Palais de Justice de Montbenon. Pas de détails en revanche sur les circonstances. Georges* aurait eu une altercation avec un policier en civil sur un passage piéton, alors qu’il était encore aux études à l’Université de Lausanne. Il s’en était sorti avec 80 heures de travail d’intérêt général, assorti d’un délai d’épreuve de deux ans. Son casier n’était dès lors pas vierge lorsqu’il commence ses stages. Il omettra du reste de s’en ouvrir.

Désormais accusé de bien plus grave par le Ministère public valaisan – menaces, tentative de contrainte, tentative d’entrave à l’action pénale et instigation à faux témoignage –, l’homme de loi a voulu protéger son frère des soupçons d’abus sexuels qui pèsent contre lui. Le cadet de Georges dort à la prison des Îles, à Sion, depuis déjà deux mois. Il s’en serait pris à quatre jeunes filles du Bas-Valais, âgées entre 17 et 20 ans au moment des faits. Deux auraient été violées, la troisième contrainte. On ignore la nature des abus présumés, perpétrés sur la quatrième. Il est reproché à l’avocat valaisan d’avoir intimidé et menacé ces femmes et leurs proches, dans le but qu’ils reviennent sur leurs dépositions.

Pas suspendu: avocats critiques

Comment a-t-il pu être autorisé à pratiquer le barreau avec une condamnation en force? s’interrogent plusieurs confrères. Les mêmes s’étonnent que Georges, qui a peiné pour décrocher son brevet, ne soit pas encore suspendu eu égard aux lourdes accusations dont il fait l’objet actuellement. Ils s’inquiètent aussi que l’Ordre des avocats se réfugie derrière son devoir de réserve et ne dise rien de ses préoccupations autour de cette affaire qui éclabousse toute une profession. «C’est inquiétant pour nous», hallucine un avocat de Martigny. La Chambre de surveillance (disciplinaire) suit la même ligne que l’OAVS.

Inscription discutée

Et que dit l’Autorité cantonale de surveillance (administrative), qui délivre le Saint-Graal et, partant, régit la tenue du registre des avocats? Nous avons contacté hier son président, le juge Bertrand Dayer. «Le secret de fonction interdit au président de donner connaissance du détail du dossier, nous répond Christophe Bonvin, secrétaire général des tribunaux valaisans. Il peut toutefois indiquer que son inscription au registre a fait l’objet d’une décision de ladite autorité qui a estimé, à l’époque, qu’il remplissait notamment les conditions personnelles prévues par l’art. 8 de la loi fédérale sur la libre circulation des avocats.»

Le point b de cet article 8 stipule que «l’avocat ne doit pas faire l’objet d’une condamnation pénale pour des faits incompatibles avec la profession, à moins que cette condamnation ne figure plus sur l’extrait privé du casier judiciaire». Au moment de son accession au barreau en 2014, après avoir peiné pour décrocher son brevet, Georges avait-il un casier de nouveau vierge? L’autorité ad hoc a-t-elle fait une pesée d’intérêts et estimé que sa condamnation pénale vaudoise n’aurait aucun impact? Des sources proches du dossier affirment que les décisionnaires du moment auraient longuement hésité.

Contacté, Me Stefan Disch, avocat de Georges, ne souhaite pas s’exprimer à ce stade de l’instruction.

*Prénom d'emprunt

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