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Football«Demain, tu joues et tu seras capitaine»

L'ancien sélectionneur Köbi Kuhn a énormément compté pour Jörg Stiel, gardien de l'équipe de Suisse de 2000 à 2004.

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Sport-Center
En 2001, Köbi Kuhn avait fait de Jörg Stiel son gardien No 1 et capitaine.

En 2001, Köbi Kuhn avait fait de Jörg Stiel son gardien No 1 et capitaine.

Keystone

Dans sa voiture en rentrant de l’entraînement, Jörg Stiel a envie de parler. Köbi Kuhn est décédé mardi, mais l’ancien gardien de l’équipe nationale a l’envie de partager. Pour lui, l’ancien sélectionneur national est un entraîneur qui a compté, peut-être plus que les autres.

«Quand tu es jeune gardien, il y a des coaches qui te font confiance. Et qui changent tout dans ta carrière. Köbi m’a fait confiance pour la Nati. Aujourd’hui, je suis très triste. Pas surpris de son départ, car je savais qu’il était malade, mais très triste.» Et l’ancien gardien de Saint-Gall et du Borussia Mönchengladbach, 21 sélections en équipe de Suisse entre 2000 et 2004, désormais entraîneur des portiers de Neuchâtel Xamax, d’expliquer sa relation particulière avec la légende du football suisse.

Qui était Köbi Kuhn pour vous?

C’était une personnalité extraordinaire, un vrai homme de foot. Mais il était plus qu’un entraîneur. C’était une sorte de père. L’humain comptait plus que les points. Il voulait que ses joueurs soient bien. Sa qualité d’écoute m’a toujours impressionné. Nous avons énormément parlé ensemble.

Si vous deviez raconter votre relation par une histoire, ce serait laquelle?

Bon, il y en aurait beaucoup. Mais en voici deux qui m’ont marqué. La première se passe au Luxembourg, en 2001. Au terme du dernier entraînement avant le match, il vient vers moi et me dit: «Tu joues demain!» Je lui réponds «Super», mais avant que je puisse continuer, il ajoute: «Tu es aussi capitaine.» Là, je lui ai dit: «Tu es sûr?» J’étais jeune et ne comptais qu’une demi-sélection. Devant moi, il y avait des gars avec 80 ou 90 sélections. Mais il m’a répondu: «Oui, je suis sûr.» Il était comme ça. Sans mise en scène inutile, toujours humble et discret, même lorsque l’on s’est qualifié pour l’Euro 2004 au Portugal. Pour lui, c’était le destin d’un groupe, pas du sélectionneur. Il n’a jamais oublié d’où il venait. C’était un homme inspirant.

Et la deuxième histoire?

C’est un peu spécial, mais pour moi, elle montre bien le personnage qu’il était. Je jouais au Borussia Mönchengladbach. Köbi était venu en visite pour rencontrer mon coach et me voir. Nous nous sommes installé les trois dans les sofas du salon des joueurs. Puis, les deux hommes ont commencé à parler. De la vie, de tout. Le courant avait tout de suite passé. Je pensais participer à la séance, mais c’était comme si je n’existais pas. J’étais fasciné de les voir. Après dix minutes, je suis parti et je pense qu’ils ne l’ont même pas remarqué.

Vous semblez comme envoûté...

Le destin de Köbi Kuhn a été incroyable. Il a vécu tellement d’événements forts. J’espère que là où il est, il est très fier d’avoir eu une vie pareille. Pour ma part, je dirai simplement que je suis très fier d’avoir connu Köbi Kuhn.

Patrick Oberli

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