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AllemagneDémission et prison pour le président du Bayern, condamné pour fraude fiscale (PAPIER GENERAL)

Par Céline LE PRIOUX BERLIN, 14 mars 2014 (AFP) - Le président du Bayern Munich, l'un des plus grands clubs d'Europe, a démissionné vendredi et accepté d'aller en prison, au lendemain de sa condamnation pour une fraude fiscale de plus de 28 millions d'euros.

"Après discussions avec ma famille, j'ai décidé d'accepter la décision du tribunal de Munich concernant ma situation fiscale. J'ai demandé à mes avocats de ne pas former de pourvoi en cassation", a déclaré dans un communiqué Hoeness, personnalité du foot allemand depuis une quarantaine d'années comme joueur puis dirigeant de club. "Cela correspond à ma conception de la décence, de la responsabilité personnelle", a-t-il ajouté. "Cette évasion fiscale, c'est l'erreur de ma vie. Je tire les conséquences de cette erreur". "En outre, je démissionne, avec effet immédiat, de mes fonctions de président du FC Bayern Munich et du conseil de surveillance. Je veux préserver mon club de tout préjudice", a continué Uli Hoeness. "Le FC Bayern Munich est l'oeuvre de ma vie et le restera toujours", a-t-il écrit, "remerciant du fond du coeur ses amis et les membres du FC Bayern pour leur soutien". Au terme d'un procès de quatre jours, le tribunal de grande instance de Munich avait condamné jeudi M. Hoeness à trois ans et demi de prison ferme pour avoir fraudé le fisc de 28,5 millions d'euros. Jugé pour n'avoir pas déclaré des revenus boursiers réalisés en Suisse dans les années 2000, M. Hoeness a vu le montant de sa fraude plusieurs fois réévalué. D'abord estimé à 3,5 millions d'euros dans l'acte de renvoi, il est monté à 27,2 millions d'euros au fil des témoignages, accablants, avant d'être finalement porté à 28,5 millions d'euros lors de l'énoncé du jugement. Interrogé lors d'un point presse vendredi, le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, a indiqué que la chancelière Angela Merkel "respectait sa décision", se refusant à commenter le verdict. La presse allemande était assassine à l'égard de la star, un héros pour les jeunes fans et qui faisait auparavant figure d'autorité morale dans des talks shows télévisés. Le quotidien Die Welt constatait ainsi: "Un homme à qui tout réussissait et un dieu déchu: Voilà un modèle de moins". De son côté, Bild, le journal le plus lu d'Allemagne, estimait: "c'est bien pour la morale fiscale", dans une tribune vendredi. Il dénonçait au passage, facture à l'appui, des agapes de M. Hoeness avant le jugement, dont une soupe au champagne. Personnage haut en couleur aux colères légendaires, Uli Hoeness s'était lui même dénoncé au fisc le 17 janvier 2013 et avait alors remboursé 10 millions d'euros au fisc. Cette procédure d'auto-dénonciation permet de mettre sa situation en règle moyennant une forte pénalité financière, tout en mettant le fraudeur à l'abri de toute poursuite pénale. Mais la justice était convaincue qu'il se savait sur le point d'être démasqué, notamment par la presse qui a d'ailleurs révélé l'affaire quelque temps après. M. Hoeness avait admis avoir "par moment boursicoté jour et nuit" avant de mettre fin à ses activités boursières notamment à cause de la crise financière en 2008. L'argent à l'origine de la fraude proviendrait d'un "prêt" concédé en 2001 par l'homme d'affaires français Robert Louis-Dreyfus, alors propriétaire d'Adidas, équipementier et actionnaire du Bayern Munich. Jusqu'à présent fans, sponsors et actionnaires du groupe --dont Audi, Adidas, Volkswagen et Deutsche Telekom-- l'ont soutenu. clp/fjb/fw

(AFP)

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