La Tchaux: Démolition illégale: «Ils étaient à côté et ils n'ont rien vu?»

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La TchauxDémolition illégale: «Ils étaient à côté et ils n'ont rien vu?»

La destruction d'un immeuble inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco passe mal à La Chaux-de-Fonds. Des riverains témoignent.

par
Vincent Donzé
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Vue d'Espacité, l'ancienne quincaillerie est à droite de l'image, après le long toit plat enneigé, avec ses toits pentus disparates.

Vue d'Espacité, l'ancienne quincaillerie est à droite de l'image, après le long toit plat enneigé, avec ses toits pentus disparates.

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Les immeubles de la rue du Marché 8-10 datent du début du XIXe siècle. Le côté gauche a brûlé avant l'installation d'une quincaillerie fondée en 1864.

Les immeubles de la rue du Marché 8-10 datent du début du XIXe siècle. Le côté gauche a brûlé avant l'installation d'une quincaillerie fondée en 1864.

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L'urbanisme horloger de La Chaux-de-Fonds et du Locle est composé pour moitié d'immeubles modestes qui ont ensemble une valeur exceptionnelle.

L'urbanisme horloger de La Chaux-de-Fonds et du Locle est composé pour moitié d'immeubles modestes qui ont ensemble une valeur exceptionnelle.

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Son urbanisme en damier, La Chaux-de-Fonds y tient l'année des dix ans de son inscription au patrimoine mondial de l'Unesco. Le Conseil communal a même fait d'une photo aérienne de la métropole horlogère sa carte de voeux 2019, avec cette citation du Dr Albert Monnard (1944): «Le Chaux-de-Fonnier éprouve sans cesse le besoin de construire, de créer, de développer.»

En l'occurrence, le propriétaire d'un immeuble inclus dans le périmètre protégé a surtout éprouvé le besoin de démolir. La radio RTN l'a révélé cette semaine: vide depuis six ans après le déménagement du semi-grossiste en métaux divers, l'ancienne quincaillerie Kaufmann a été démolie illégalement, au bas de la tour Espacité, siège des autorités communales.

Chantier immobilisé

Au Café du coin, deux retraités dissertent devant un thé et un café en regardant le chantier immobilisé, après avoir lu un article sur le sujet dans «Arcinfo». «Qu'est-ce que vous voulez qu'on dise? Ceux de la tour (ndlr.: Espacité, siège des autorités) sont à côté et ils n'ont rien vu quand ils démolissaient?».

Les retraités enfoncent le clou «Ils sont à deux pas, ils les voyaient démonter!», dit l'un. «Après, ils disent qu'ils étaient en vacances. Mais ils n'ont quand même pas trois mois de vacances, ou bien?», dit l'autre.

L'un des retraités a travaillé cinq ans dans l'entrepôt démoli côté ouest. «Aux aciers», comme il dit pour évoquer la vente de métaux, à côte du secteur «ménage». «Nom de Diou! C'était vieux, mais vieux...».

Comment? L'immeuble n'était pas beau? «Surtout pas! D'ailleurs, ça faisait trois bâtiments», assène l'ancien employé. Alors, où est le problème? «Tout le quartier là, il est au patrimoine», dit l'ancien employé de la quincaillerie.

Pas un fleuron

Preuve que le bâtiment détruit n'était pas un fleuron du patrimoine horloger: il avait la note 6 à l'inventaire communal, la note 0 étant la meilleure, tandis que la note 7 indique que l'immeuble est perturbant et doit être démoli. Mais malgré sa modestie, l'ancienne quincaillerie participait à un ensemble.

Propriétaire de l'immeuble, la fondation Dogival a affirmé avoir agi dans l'urgence pour des raisons de sécurité pendant la déconstruction de l'intérieur, car «les murs porteurs étaient constitués de matériaux hétérogènes (poutres de métal, briques, cailloux, et même fonds de palettes), étaient chancelants et menaçaient de s'effondrer à tout instant».

Le propriétaire a indiqué que «les ouvriers chargés de la déconstruction ont refusé d'entrer dans l'immeuble tellement celui-ci était instable».

Quand le chantier a été stoppé, le 24 avril dernier, le bâtiment n'était pas entièrement détruit, mais il l'a été par la suite, des pans menaçant de s'écrouler. Les murs n'étaient pas étayés en vue d'une conservation de l'enveloppe du bâtiment. Dans les ruines, sur d'anciens pavés, des pierres de taille cassées ont été entassées dans un coin.

«Terriblement heurté»

Conseiller communal en charge de l'urbanisme, Théo Huguenin-Elie s'est déclaré «terriblement heurté» par la démolition. Une nouvelle demande de permis de construire est parvenue aux autorités, mais le mal était déjà fait.

La Ville a porté plainte, la démolition de l'un ou l'autre des bâtiments du massif de la rue du Marché étant interdite par les commissions compétentes, y compris celle des experts Unesco.

Une nouvelle procédure est désormais exigée, qui inclut une mise à l'enquête. L'exigence des autorités, c'est le respect de l'engagement pris par le propriétaire: reconstruire à l'identique. «Chaque élément a été répertorié et stocké en vue de la reconstruction à l'identique des immeubles», a promis le fondation Dogival.

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