Votations du 28 février: Denrées alimentaires: le texte de l'initiative divise

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Votations du 28 févrierDenrées alimentaires: le texte de l'initiative divise

La moitié des Suisses approuve l'initiative contre la spéculation sur les denrées alimentaires. Ses détracteurs donnent de la voix.

Le texte veut combattre les famines en proscrivant les investissements dans certains produits alimentaires. Ses détracteurs annoncent des effets négatifs sur certaines entreprises helvétiques. (Image d'illustration)

Le texte veut combattre les famines en proscrivant les investissements dans certains produits alimentaires. Ses détracteurs annoncent des effets négatifs sur certaines entreprises helvétiques. (Image d'illustration)

Keystone

La spéculation sur les denrées alimentaires est mal vue. Un premier sondage de l'institut gfs.bern donne 48% d'avis favorables à l'initiative de la Jeunesse socialiste qui veut la stopper. Le texte n'est qu'une utopie, estime pourtant la droite, qui espère bien convaincre les 13% d'indécis.

Les traders ne devraient plus jouer avec la nourriture. Armées de ce slogan, la gauche et des organisations humanitaires défendent l'initiative populaire «Pas de spéculation sur les denrées alimentaires» en votation le 28 février.

Le texte veut combattre les famines en proscrivant les investissements directs ou indirects dans les denrées alimentaires comme le maïs, le blé ou le riz.

Cette interdiction frapperait les sociétés ayant leur siège ou leur succursale en Suisse et toucherait aussi la vente de produits structurés, un type d'investissement utilisé dans la finance. Seuls des contrats avec des producteurs et des commerçants et portant sur la garantie des délais ou des prix fixés resteraient autorisés.

Paysans suisses touchés

Les partisans du texte pointent du doigt l'extrême volatilité des prix induite par la spéculation. Certains fonds d'investissements étrangers opérant en Suisse sont les acteurs d'un «marché détestable» qui influence même l'agriculture helvétique.

Cette dernière a perdu 100 millions de francs à cause de la spéculation en 2010, selon les initiants. Leur texte profitera aussi aux consommateurs, producteurs et commerçants, qui bénéficieront de plus de sécurité grâce à un marché plus stable.

Les défenseurs de l'initiative estiment que la faim dans le monde est un pur produit politique. Malgré une production suffisante de denrées alimentaires, 800 millions de personnes souffrent toujours de famine sur la planète. Or, si elle n'est de loin pas seule responsable de cette situation, la spéculation joue un rôle important dans la fluctuation massive des prix à court et moyen terme sur les marchés mondiaux.

Autres causes

Ces arguments sont contestés par la droite, les milieux économiques et le Conseil fédéral. Les famines qui ont secoué plusieurs pays du sud en 2007 et 2008 dépendent d'autres causes: une importante sécheresse en Australie, la baisse de la production de blé dans les pays occidentaux ou encore l'augmentation de la production d'agrocarburants.

Diaboliser les investisseurs est injuste, critiquent tous les partis de droite. Plusieurs études montrent l'absence d'effet, voire une réduction des variations de prix grâce à eux.

Les investisseurs ont une place importante dans la chaîne qui lie les producteurs aux fabricants en passant par les acheteurs, car ils endossent les risques liés à la vente, d'après le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Sans le négoce, le risque d'une vente en dessous des prix de production reposerait sur les épaules des paysans.

Un secteur important

Pour ses détracteurs, l'initiative est contre-productive. Elle risque de faire fuir du pays un secteur important: un peu plus de 20 milliards de francs ont été investis dans les matières premières par des fonds principalement bancaires en Suisse en 2014.

Le texte créerait une bureaucratie «énorme» qui péjorerait l'économie suisse, déjà touchée par le franc fort, redoute le ministre de l'économie. Un fabricant de chocolat qui importe du cacao serait astreint à fournir de nombreux détails sur la transaction, afin de contrôler qu'il n'y a pas eu spéculation.

Pour les opposants, une réponse a déjà été donnée à ce problème, avec la loi sur l'infrastructure des marchés financiers. Elle permet au Conseil fédéral de limiter la taille d'une position nette qu'une personne peut détenir sur les matières premières.

Cette loi ne fait toutefois pas office de contre-projet, a rappelé Johann Schneider- Ammann. Et son application n'est pas à l'ordre du jour: le Conseil fédéral préfère attendre l'aboutissement de lois similaires aux Etats-Unis et au sein de l'Union européenne.

(ats)

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