Les Suisses du Rhum: Derrière Justine Mettraux, entre des espoirs et désespoir

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Les Suisses du RhumDerrière Justine Mettraux, entre des espoirs et désespoir

Après la Genevoise de 36 ans, superbe 7e en Imoca, Alan Roura se débat pour gratter des places. Simon Koster, 4e en Class40 lorgne le podium.

par
Grégoire Surdez
Justine Mettraux arbore un sourire éclatant sur le ponton de Pointe-à-Pitre.

Justine Mettraux arbore un sourire éclatant sur le ponton de Pointe-à-Pitre.

CAPTURI /Teamwork

Les odeurs sont les mêmes. Entre deux arrivées, neuf ans ont filé aussi vite que les alizés. D’un bateau à l’autre, Justine Mettraux trace sa route dans le monde du large avec une régularité qui fait des vagues. En décembre 2013, sa 2e place dans la MiniTransat avait suscité quelques lignes polies dans les gazettes françaises et quelques apparitions plus marquées dans les médias, lémaniques, essentiellement. Sur son petit monocoque de 6m50, la Genevoise avait pourtant marqué les esprits du milieu. «Va falloir la suivre celle-là», pouvait-on entendre sur les pontons de Pointe-à-Pitre entre deux sons de cloche.

«Juju la machine» était lancée. Neuf ans plus tard, la voilà une fois encore qui surgit au cœur de la nuit antillaise, au son des cornemuses bretonnes. Même chaleur, mêmes odeurs. Poulet et poissons grillés, piments, rhum agricole et citron vert, ça chatouille les narines et ça réchauffe le cœur. Des instants précieux que les skippers gardent dans un coin de leur tête lorsqu’ils sont dans le dur, en manque de sommeil, sujets aux hallucinations. «Il n’y a rien de mieux qu’une arrivée au soleil après avoir quitté l’hiver européen et traversé l’Atlantique», nous expliquaient les skippers suisses engagés sur la 12e édition de la Route du Rhum. Justine Mettraux est – comme on pouvait s’y attendre – la première de la bande des quatre qui a touché la terre promise.

Une concurrence féroce

Pas de podium cette fois. Mais un résultat exceptionnel lorsqu’on le remet dans son contexte. Cette fois, la Genevoise jouait dans la cour des grands des Imoca. Ces bateaux de 18 m dotés de foils pour certains, sont la quintessence de la navigation en monocoque. Ils sont regroupés dans une classe, une sorte de Champion’s League réservée à une élite de marins, qui a ses deux événements majeurs (Route du Rhum et Vendée Globe) qui ont lieu tous les quatre ans. Pour sa première grande course en solitaire sur ces bateaux, Justine Mettraux est arrivée en 7e position à Pointe-à-Pitre. Moins de 24 heures après le vainqueur, le Français Thomas Ruyant.

«Cette transat a été à la hauteur de mes espérances, voire mieux, a lancé la Genevoise. Je suis vraiment contente. Il y a eu du beau match avec les concurrents et une belle arrivée ici en Guadeloupe. Ça fait chaud au cœur.» Grand sourire face caméra, bouquet de fleurs à la main, honneur à la première femme du Rhum, elle n’a plus rien à voir avec la fille très timide de 2013. Il n’y a pas que sur l’eau que «Juju» progresse.

«Le bilan est très positif. Je vois qu’il y a encore des choses à travailler pour progresser et jouer encore plus avec les gars qui sont devant»

Justine Mettraux skipper de Teamwork

Pendant douze jours, 13 heures, 26 minutes et 35 secondes, elle a semblé parfaitement à son aise sur Teamwork. Heureuse en mer et contre tout, avec un sourire et une fraîcheur contagieux. Jamais le plateau des Imoca n’avait été aussi relevé avec 38 inscrits. Tous meilleurs bateaux et skipper de la planète voile (excepté Alex Thomson, en semi-retraite) étaient au départ de Saint-Malo. Elle peut donc être fière de sa trajectoire et des jolis coups tentés et réussis. «Le bilan est très positif. Je vois qu’il y a encore des choses à travailler pour progresser et jouer encore plus avec les gars qui sont devant, c’est hyperencourageant.», sourit-elle.

La déception pour Roura

Le contraste avec l’autre Genevois de la course est forcément grand. Alan Roura, qui nourrissait de grandes ambitions, est assez loin du compte sur cette traversée du désert atlantique. Scotché à la 21e place, le skipper de Hublot devrait en finir mercredi en fin de journée. Rien ne s’est passé comme il le voulait sur cette route du Rhum. Un départ reporté. Une météo atypique, avec dix jours avec du vent dans le nez, là ou son bateau taillé pour le portant est le moins à l’aise. Un gros couac lors du passage de l’anticyclone des Açores dans lequel il est resté empêtré quand les autres sont passés entre les mailles du filet. Tout cela fait beaucoup pour un seul homme qui donne pourtant tout depuis que le vent a tourné. Dans les alizés, il espère encore grappiller un maximum de places et se rapprocher du Top 10.

Roura devrait arriver en Guadeloupe juste avant Simon Koster. Le Zurichois du Rösti Sailing Team joue le haut du tableau sur Banque du Léman. À l’approche de «l’Île papillon», il bat des ailes plus que jamais sur son magnifique Class40 (monocoque de 14 mètres) pour accrocher un podium dans la catégorie la plus garnie de cette route du Rhum (55 concurrents au départ). Justine Mettraux sera sans doute sur les pontons pour accueillir ses deux compatriotes qui étaient déjà là, eux aussi, en 2013.

Mêmes odeurs, même marins.

Ollie, l’air de rien

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