Controverse: Des affiches suisses fâchent le Pakistan
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ControverseDes affiches suisses fâchent le Pakistan

Une campagne publicitaire genevoise est à l’origine d’une crise diplomatique entre les deux pays.

par
Sarah Zeines
Christian Bonzon

«Free Baluchistan.» (Baloutchistan libre, en français) Ce slogan simple, affiché depuis le début de la semaine sur neuf panneaux publicitaires le long de la route de Ferney (GE), tout comme sur des bus des Transports publics genevois (TPG), est à l’origine d’une crise diplomatique complexe entre la Suisse et le Pakistan. La raison? Les forces armées rebelles du Baloutchistan, territoire du Moyen-Orient qui réclame son indépendance depuis une soixantaine d’années, sont considérées comme une entité terroriste, tant par le gouvernement pakistanais que par l’Iran.

Ambassadeur suisse expulsé?

En réaction à la campagne publicitaire, plusieurs hauts fonctionnaires sont montés au front à Islamabad, où on réclame désormais l’expulsion de l’ambassadeur suisse basé sur place. Il faut dire que les autorités helvétiques sont jugées responsables des écriteaux controversés. «La mise en avant de tels panneaux est une sérieuse violation de l’intégrité territoriale et de la loi internationale, a déclaré lundi aux principaux médias de son pays Mian Raza Rabbani, président du Sénat pakistanais. Le terrorisme est exporté au Pakistan depuis le sol suisse.» Des propos auxquels Zahid Hamid, ministre de la Justice, a fait écho. «Selon le règlement de l’ONU, les États ont l’obligation de ne pas soutenir les terroristes ou les groupements affiliés», a insisté l’homme, qui a également dénoncé la passivité de la Suisse.

Affiches légales

Si les panneaux restent en place, c’est parce que la présence de ces slogans politiques ne constitue pas une infraction dans notre pays, qui privilégie la liberté d’expression. «Nous respectons résolument les lois nationales, assure Nadja Mühlemann, attachée de presse chez APG|SGA, la société responsable des panneaux publicitaires situés sur la route de Ferney. Nous ne pratiquons pas de censure.» Même son de cloche aux TPG: «Nos clauses stipulent que la mise à disposition d’un espace publicitaire ne se fait pas en fonction de l’orientation politique du message, ce qui a été respecté dans ce cas précis», relève ainsi François Mutter, porte-parole de la régie publique.

Au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), on suit la situation de près. «Le DFAE est conscient que le président du Sénat pakistanais a demandé le départ de l’ambassadeur suisse du Pakistan, confirme Tilman Renz, chef du service des médias. Aucune affirmation allant dans ce sens n’a été faite du côté suisse.» Une réserve toute diplomatique qui ne calme pas les hostilités au Pakistan.

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