Etats-Unis – «Mon gynécologue a refusé d’interrompre la grossesse»

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Etats-Unis«Mon gynécologue a refusé d’interrompre la grossesse»

Une loi du Mississippi qui raccourcit le délai à 15 semaines pour une IVG va être examinée par la Cour suprême. Afin de défendre leurs droits, des femmes racontent les raisons qui les ont poussées à y avoir recours tardivement.

Plusieurs Etats conservateurs tentent chacun leur tour d’abroger le droit à l’avortement ou d’en diminuer le délai légal.

Plusieurs Etats conservateurs tentent chacun leur tour d’abroger le droit à l’avortement ou d’en diminuer le délai légal.

AFP

Alors que les délais légaux pour avorter aux Etats-Unis pourraient être revus à la baisse, des Américaines expliquent pourquoi elles ont effectué ce choix «qui ne regarde personne» à 16, 19 ou 21 semaines de grossesse. La Cour suprême a reconnu un droit à avorter tant que le foetus n’est pas viable, soit entre 22 et 24 semaines de grossesse, mais elle examinera mercredi une loi du Mississippi qui raccourcit le délai à 15 semaines, et pourrait par la même occasion, revenir en arrière.

La perspective glace Julie Bindeman, Susanna Roesel et Judy Goldberg qui, pour des raisons différentes, ont eu recours à l’avortement au-delà du premier trimestre. La première, une psychologue installée au nord de Washington, était mariée et avait déjà un petit garçon, quand elle est tombée à nouveau enceinte en 2009. A la 20e semaine de grossesse, les médecins ont détecté, lors d’une échographie de routine, une anomalie au cerveau du foetus.

Une décision qui «ne regarde personne d’autre»

Après quatre jours d’examens approfondis, «on a commencé à nous dire: si votre bébé est vivant à la naissance, ce qui n’est pas garanti, il pourrait peut-être vivre jusqu’à ses 14 ans, mais il ne pourra pas marcher, se nourrir, parler. Dans le meilleur des cas, il aura le niveau de développement d’un bébé de deux mois. Nous ne pouvions pas faire ça, ni à notre fils, ni à nous-mêmes et encore moins à ce bébé», explique-t-elle.

Quelques mois plus tard, défiant toutes les statistiques, l’histoire se répète: elle est de nouveau enceinte d’un foetus souffrant de pathologies au cerveau. A 18 semaines, elle interrompt cette nouvelle grossesse. Depuis, elle a eu deux enfants sains. Mais cette expérience l’a poussée à militer en faveur du droit à l’avortement parce que, selon elle, c’est une décision «qui doit être prise en famille, peut-être avec son conseiller religieux et avec son médecin», mais qui «ne regarde personne d’autre».

Date butoir

En 2008, Susanna Roesel avait 30 ans et attendait avec impatience la naissance de son premier enfant. A plus de 18 semaines de grossesse, un test sanguin a sonné l’alarme. Après une amniocentèse, le verdict est sans appel: le foetus «n’est pas viable» et poursuivre la grossesse serait dangereux.

Susanna Roesel vit dans l’Etat conservateur de Géorgie qui, dans une interprétation restrictive du concept de «viabilité», interdit d’avorter après 20 semaines de grossesse. Approchant de la date butoir, elle est envoyée en urgence dans une clinique spécialisée.

«Avec mon mari, il a fallu passer au travers de manifestants, ça a aggravé le traumatisme», raconte-t-elle. «Ils ne savaient rien de nous, comment nous étions prêts pour ce bébé, et ils me traitaient de tueuse d’enfant...» Dans la salle de réveil, une jeune fille de 13 ans est assise à ses côtés. «Mon histoire est bouleversante», mais cette adolescente aussi avait «ses raisons», dit-elle. «Les femmes ne devraient pas avoir à se justifier».

Sous contraceptif

En 1985, Judy Goldberg n’était pas prête à être mère. Agée de 22 ans, elle est étudiante, a un petit ami - qui deviendra plus tard le père de ses enfants - et est sous contraceptif. «Mes règles étaient en retard mais je ne pensais pas pouvoir être enceinte et comme j’avais un cycle très irrégulier, je ne me suis rendu compte de rien».

«A l’époque, il n’y avait pas de tests de grossesse en pharmacie, il fallait faire une prise de sang chez un médecin», ce qui la fait traîner encore un peu. Au final, quand le verdict tombe, elle est déjà à 16 semaines de grossesse. «Mon gynécologue a refusé d’interrompre la grossesse» à ce stade, il s’est montré très «moralisateur», raconte-t-elle. «Ca m’a mise en colère car cela aurait dû être un geste médical de routine».

Aujourd’hui, elle s’insurge de l’offensive menée par les Etats religieux du Sud américain contre l’avortement comme le Mississippi mais aussi le Texas qui interdit d’avorter au-delà de six semaines. «Mettre des dates limites ne permet pas de prendre en compte les expériences uniques des femmes», dit-elle. Et cela «repose sur une profonde incompréhension de la manière dont les femmes apprennent qu’elles sont enceintes».

(AFP)

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