Actualisé 12.05.2020 à 16:12

HumeurDes cafés sans journaux: un coup mortel pour le lien social

Fini les quotidiens qu'on se partage dans les établissements publics? C'est un autre coup dur pour les cafetiers et la presse.

par
lematin.ch
Si les journaux devaient disparaître durablement des cafés et restaurants, les conséquences seront dramatiques pour certains établissements.

Si les journaux devaient disparaître durablement des cafés et restaurants, les conséquences seront dramatiques pour certains établissements.

DR

C'est l'instrument du crime dans le livre «Au nom de la rose». Des moines trop curieux sont empoisonnés en tournant les pages d'un livre d'Aristote mis à l'index. C'est une habitude vieille comme le monde d'humecter son doigt en tournant les pages d'un livre ou de son quotidien préféré. Aujourd'hui, c'est le coronavirus qui risque de se retrouver au coin des pages. Du coup les journaux ont disparu des cafés et restaurants depuis lundi.

On n'en a plus

Un café sans journaux perd une bonne partie de son âme et sans doute de ses clients fidèles. C'est le triste constat que l'on peut faire avec la réouverture des établissements publics. La frustration est profonde au moment de réclamer son journal. «On n'en a plus», répond la serveuse derrière son masque bleu en branlant du chef. Alors que faire?

Une raison d'être là

Quelle que soit l'heure, lire le journal est la raison de venir au bistrot pour beaucoup, une façon de s'informer dans un environnement social et de commenter l'actualité avec d'autres. Pour les cafetiers, c'est une question d'attractivité (et de survie), pour les clients une façon d'exister en se rencontrant. Cette disparition remet en question un modus vivendi très ancien et encore bien vivant dans les quartiers ou les régions rurales.

Espèce en voie de disparition

Tant qu'un vaccin n'aura pas été trouvé, tant que l'épidémie ne sera pas complètement derrière, les journaux papiers ne vont pas revenir sur les tables. Combien de temps encore? Nul ne peut le dire, mais peut-être assez pour que les clients lecteurs soient devenus une espèce en voie de disparition et que le prix de l'abonnement n'en vaille plus la peine. Ou les cafés auront mis la clef sous la porte.

Encore moins de sociabilité

C'est le cas de le dire, une page se tourne. Pour la presse papier, elle risque de précipiter encore son déclin face aux écrans. Certes, on ne peut guère aller contre cette évolution, mais elle nous pousse toujours plus vers un monde moins sociable et plus atomisé. La presse au café créait un lien social fort et irremplaçable. Les gens ne viendront pas dans les cafés pour «scroller» tout seul dans leur coin. Ils le font déjà ailleurs toute la journée.

Eric Felley

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!