Publié

SOS âmes en peineDes chanteurs d’opéra à domicile

En cas de coup de blues ou de crise amoureuse, le Folkoperan de Stockholm a mis en place un service de chanteurs et cantatrices à domicile.

Mellika Melouani Melani, la directrice artistique du projet SOS Opéra.

Mellika Melouani Melani, la directrice artistique du projet SOS Opéra.

Vous vous sentez seul? Un être cher vous manque? Votre couple bat de l’aile? Un coup de fil et un chanteur ou une cantatrice du Folkoperan de Stockholm vient à domicile vous interpréter un air de Mozart ou Puccini, rien que pour vous et en accord avec vos états d’âme.

«J’ai chanté pour un couple qui perdait le contact, se disputait beaucoup, chacun travaillait à un endroit différent du pays, parfois ils ne communiquaient que par des notes et ils ne semblaient plus devoir se retrouver», se souvient la soprano Henriikka Gröndahl.

«Après deux mesures seulement de mon aria, elle pleurait et s’agrippait au bras de son époux, qui lui-même semblait très ému», raconte-t-elle avec un regard humide d’émotion. L’aria choisie pour ce couple, Donde lieta usci, tirée de «La Bohème» de Puccini, évoque une séparation.

Mais la cantatrice leur a ensuite expliqué: «Il ne s’agit pas de vous, vous disant ’adio’, mais peut-être que vous voudrez laisser derrière vous le passé sans éprouver de regrets».

Briser l’élitisme

Toutefois, le projet «n’est pas une musicothérapie», affirme son concepteur, l’artiste britannique Joshua Sofaer.

«Nous n’offrons en aucune façon une thérapie. Nous n’offrons que de l’opéra», ajoute-t-il, persuadé cependant que l’art en général «a le pouvoir de changer les vies et d’offrir aux gens la possibilité de voir les choses sous un autre angle ou de leur permettre de se comporter différemment».

Ce happening artistique baptisé Operahjälpen (SOS Opéra, ndlr) fait partie du programme Opera Showroom qui, sous la direction artistique de Mellika Melouani Melani, a pour objectif jusqu’au 31 mars de faire sortir l’opéra des salles confinées et de briser les codes de cet art souvent jugé élitiste.

Compte tenu du caractère très privé de ces concerts absolument gratuits, le Folkoperan refuse que des journalistes se joignent à une de ces performances réglées - trente minutes - et préparées comme un spectacle.

Les quatre chanteurs, dont deux sopranos, une mezzo et un baryton, participant à l’Operahjälpen, ont travaillé avec Joshua Sofaer à la sélection des airs proposés: «des classiques des opéras italiens et allemands des 18e et 19e siècles qui, d’une certaine façon, vous transpercent et atteignent directement votre centre émotif», explique le concepteur.

Mettre des mots sur les sentiments

Mais plus encore, ils ont préparé l’aspect psychologique de la performance, la façon de se comporter, d’écouter, de poser certaines questions ou d’en éviter d’autres. «Nous leur donnons la possibilité de mettre des mots sur leurs sentiments, ce qui ouvre une brèche dans leur conscience», poursuit la soprano. Vient ensuite le temps de la première aria.

«Je pense que le contraste est immense: d’abord, nous ne sommes qu’une personne normale parlant avec une voix normale. Mais, ensuite, intervient la musique et ils se retrouvent face à un chanteur qui envahit avec sa voix la pièce et leur cœur, qui s’était déjà ouvert», relève Henriikka Gröndahl.

Un don personnel

Joshua Sofaer espérait que «le son modifie la pièce qui demeurerait comme hantée après le départ du chanteur».

La soprano confirme que l’effet recherché est atteint. «L’impact de la voix, de la musique et de l’histoire est immense sur les personnes qui écoutent», notamment parce que le chanteur, qui modère la puissance de sa voix, s’adresse directement, uniquement et en privé à ces personnes.

«C’est un don personnel, (...) le contact ultime avec l’auditeur», estime la cantatrice du Folkoperan, la scène populaire avant-gardiste par opposition à l’Opéra royal, Kungsoperan, garant d’une tradition classique.

D’ailleurs, pas question de se prendre pour un roi et de faire venir un chanteur d’opéra dans son boudoir selon son bon vouloir: «si vous n’avez pas de problème, c’est vous qui venez» au spectacle, lance la directrice générale du Folkoperan, Pia Kronqvist.

(ats)

Votre opinion