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FusilladeDes chasseurs font feu sur une jeep

Un chasseur et son frère haut-valaisans disent avoir été victimes de tirs d'un groupe de chasseurs dans le val d'Anniviers (VS). Ils ont appelé la police et le Service de la faune. En vain.

par
Melina Schröter

«Cela fait plus de trente ans que j'ai mon permis de chasse. Et pour la première fois j'ai honte d'être chasseur.» Assis à une table d'un café sierrois, après avoir été entendu par la police, Claude Cina est choqué. Et encore sous le coup de la mésaventure qu'il raconte avoir vécue avec son frère mercredi soir.

«Je suis locataire d'une cabane de chasse à Sorebois, au-dessus de Zinal. Nous roulions en direction de la cabane sur une route d'alpage avec mon frère Beat quand un groupe de chasseurs installé plus haut s'est précipité sur nous et a commencé à tirer en direction de notre jeep. J'ai paniqué, nous avons failli sortir de la route et dévaler la pente! Comme c'est une route en lacets, à chaque fois qu'ils voyaient notre véhicule ils tiraient dans notre direction. J'ai tenté de maîtriser le véhicule et j'ai alerté par téléphone la police.» Ensuite, les deux frères fuient en direction de leur cabane, où deux compagnons déjà présents sur place les attendent. Là, ils appellent la centrale d'engagement de la police une nouvelle fois. «A chaque fois, ils nous répondaient qu'ils allaient faire le nécessaire.» Mais personne n'est venu et les chasseurs sont restés incrédules. Ils contactent même un avocat, qui tente à son tour de joindre la police. «Là encore, les forces de l'ordre n'interviennent pas.»

Enquête en cours

Quelques minutes plus tard, un des auteurs des coups de feu descend vers la cabane des Haut-Valaisans. Ces derniers décident alors de filmer la rencontre. Sur la vidéo, que nous avons visionnée, on voit un homme s'avancer en criant: «Je ne suis pas armé!» Puis son dialogue est un peu confus «car il semble sous l'influence de l'alcool».

Des mots sont échangés au sujet de la route empruntée par la jeep. Beat Cina lui reproche alors les 3 coups de feu tirés en direction de leur véhicule. «Il n'y en a pas 3, il y en a 17», se vante le chasseur de la cabane d'en haut. Après un échange verbal assez vif, l'homme repart. A la frayeur des coups de fusil et du risque d'accident s'ajoute ensuite la colère chez les amis chasseurs. «En Valais, il est possible de se faire tirer dessus et d'appeler la police de nombreuses fois sans que personne intervienne, ni la police ni les gardes-chasse. C'est scandaleux! Je ne voulais plus remonter à la cabane, j'ai eu trop peur. Mais après réflexion, c'est trop facile. Cela fait trente ans que je chasse à cet endroit.»

Jeudi après-midi, sur les conseils de leur avocat, les deux frères se sont rendus à la police pour déposer une plainte contre inconnus, puisqu'ils ne connaissaient pas les identités des auteurs des coups de feu. «Pour l'heure les autorités n'ont pas jugé utile de se rendre sur place et d'entamer l'enquête», tempête Claude Cina.

Du côté du Service valaisan de la chasse, de la pêche et de la faune, Peter Scheibler avoue une certaine impuissance: «Il y a une plainte et donc une enquête. L'affaire est entre les mains de la police, je ne peux donc pas me prononcer. Et une éventuelle sanction sur le permis de chasse se fait – si les faits sont avérés – après la décision de justice. Je ne peux pas commenter les faits puisque pour l'instant je n'ai que la version des chasseurs haut-valaisans.»

Selon le chef de service, si les altercations entre groupes de chasseurs sont une réalité, les cas d'usage d'armes à feu sont très rares. Du côté de la police, la réponse est la même: «Comme il y a une plainte, c'est le ministère public qui peut éventuellement communiquer sur l'affaire, explique Markus Rieder, porte-parole de la police cantonale, y compris sur la question de la non-intervention de la police. Mais d'une manière générale je peux dire qu'il y a plus d'une centaine d'appels par jour au 117 et que la suite donnée dépend des circonstances.»

Contactée, la juge en charge de l'affaire pour le ministère public n'a pas répondu à nos sollicitations.Quant à nos tentatives pour joindre les chasseurs mis en cause afin d'avoir leur version de l'affaire, elles ont malheureusement toutes été infructueuses.

Une éventuelle sanction sur le permis de chasse se fait après la décision de justice Peter Scheibler, chef du Service valaisan de la faune  Chef du Service de la faune, Peter Scheibler, reconnaît que l'affaire (ici la cabane dans laquelle les deux frères se sont réfugiés) est «entre les mains de la police». Photomontage Le Matin: Georges-André Cretton - DR

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