Mode: Des corps «malades» en vitrine
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ModeDes corps «malades» en vitrine

Selon une étude, les mannequins des magasins britanniques représenteraient des femmes trop maigres. En Suisse, 2 experts ont analysé pour «Le Matin» la morphologie des modèles utilisés dans des enseignes romandes.

par
Alexandra Brutsch
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Selon Magali Volery, psychologue et diététicienne spécialiste des troubles alimentaires, ce mannequin de C&A représente une femme en sous-poids, 'notamment en raison de ses clavicules saillantes et des os des hanches qui ressortent'.

Selon Magali Volery, psychologue et diététicienne spécialiste des troubles alimentaires, ce mannequin de C&A représente une femme en sous-poids, 'notamment en raison de ses clavicules saillantes et des os des hanches qui ressortent'.

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Sur ce mannequin de Globus, les côtes sont bien visibles.

Sur ce mannequin de Globus, les côtes sont bien visibles.

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Selon le psychiatre Alain Perroud, spécialisé dans le traitement des troubles alimentaires, 'les jeunes filles devraient être encouragées à développer un regard critique sur le modèle de corps féminin mis en valeur par l'industrie de la mode.'

Selon le psychiatre Alain Perroud, spécialisé dans le traitement des troubles alimentaires, 'les jeunes filles devraient être encouragées à développer un regard critique sur le modèle de corps féminin mis en valeur par l'industrie de la mode.'

DR

«Les os des clavicules et ceux des hanches qui ressortent, les cuisses qui ne se touchent pas du tout… Certains signes ne trompent pas: ces silhouettes sont toutes celles de femmes en sous-poids», explique Magali Volery, du Centre de consultations nutrition et psychothérapie, à Genève.

Les mannequins incriminés sont ceux exposés dans les vitrines de trois chaînes de prêt-à-porter en Suisse romande. «À vue de nez, des femmes de cette morphologie auraient un indice de masse corporelle ne dépassant pas 17, sachant qu'un poids normal se situe entre 18,5 et 25», ajoute la psychologue et diététicienne.

Mensurations irréalistes

En Grande-Bretagne, une étude récente est parvenue à la conclusion que 100% des mannequins féminins utilisés sont trop maigres. Le phénomène n'est pas nouveau: selon une étude finlandaise du même type publiée en 1992, les silhouettes des vitrines représenteraient des femmes tellement décharnées qu'«elles n'auraient probablement pas leurs règles».

En Suisse, sur une dizaine d'enseignes contactées, seules trois ont accepté de communiquer les mensurations des modèles utilisés. La palme de la maigreur parmi celles-ci revient aux mannequins du magasin Bongénie, avec un tour de poitrine de 82 cm, un tour de taille de 65 cm et des hanches de 91 cm, pour une hauteur de 1,80 m. «Des mesures qui pourraient être raisonnables, mais pour une personne de 1,65 m!» s'exclame Magali Volery. Du côté de Manor, pas de chiffres, mais on annonce envisager l'introduction «de mannequins présentant davantage de formes».

Les hommes touchés aussi

Le lien entre l'insatisfaction corporelle des femmes et les modèles ultraminces auxquels elles sont exposées n'est plus à démontrer. Mais les hommes ne sont pas en reste: selon l'étude britannique, si seuls 8% des mannequins masculins représentent des corps émaciés, la plupart arborent des musculatures anormalement développées. «Nous constatons d'ailleurs une augmentation importante de l'insatisfaction corporelle chez les jeunes hommes: il y a 10 ans, seul 1 sur 10 se disait mécontent de son apparence. Aujourd'hui, la proportion a grimpé à 42%», rapporte Magali Volery, qui estime que des efforts devraient être mis en œuvre pour présenter des modèles plus sains. «Mais peut-être faudrait-il y aller progressivement, pour que l'on parvienne à ajuster notre regard sur ce qui est normal et beau.»

Un avis que ne partage pas le psychiatre Alain Perroud, spécialiste des troubles alimentaires: «L'étude britannique dénonce un phénomène que nous connaissons tous: que ce soient les Barbie, les mannequins en chair et en os ou ceux des vitrines, tous donnent une vision aberrante du corps féminin. Mais faire la chasse à ces représentations me paraît un mauvais combat. Il faudrait plutôt insister sur la sensibilisation des jeunes filles, qui devraient être encouragées à développer un regard critique sur ces corps vendus comme parfaits.»

Edito

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