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SécuritéDes couteaux suisses en vente libre dans les aéroports

Alors que le plus petit canif est confisqué par les agents de sécurité, des couteaux peuvent être achetés dans la zone duty-free.

par
Laurent Grabet
Potentiellement dangereux dans un avion, le couteau estampillé suisse est néanmoins vendu dans les boutiques duty-free des aéroports.

Potentiellement dangereux dans un avion, le couteau estampillé suisse est néanmoins vendu dans les boutiques duty-free des aéroports.

Pascal Frautschi

A quelques semaines des grands départs des vacances de Noël, le paradoxe est tout particulièrement tranchant: à l’aéroport de Genève comme à celui de Zurich, passer le portique de sécurité avec certains couteaux est impossible mais en acheter d’autres une minute plus tard dans les boutiques duty-free est en revanche parfaitement autorisé.

Des experts alarmistes?

Pour Max Hoffman, secrétaire général de la Fédération suisse des fonctionnaies de police, interrogé sur le sujet par SonntagsBlick, cette incohérence est «incompréhensible»! Surtout que «depuis les attentats du 11 septembre, nous savons à quel point les couteaux peuvent être dangereux dans les avions». Ronan Hubert, du Bureau d’archives des accidents aéronautiques, est aussi de cet avis: pour lui, il s’agit d’une «bizarrerie» qui ne va pas dans le sens de plus de sécurité aérienne. Selon Rolf Tophoven, spécialiste des questions de terrorisme, «on confisque aux passagers leurs flacons de parfum mais on leur permet le couteau, c’est une faille de sécurité flagrante»!

Bertrand Stämpfli, porte-parole de Genève Aéroport estime que «dans le milieu aéronautique, il y a trop d’experts souvent autoproclamés qui agitent le chiffon rouge alors qu’en réalité la lutte antiterroriste se joue bien en amont des portiques de sécurité!»

Les couteaux suisses seraient-ils toutefois tolérés dans les avions au motif qu’ils sont un symbole national et un objet culte lucratif? Même pas. En réalité, l’Office fédéral de l’aviation civile applique dans les aéroports du pays une réglementation en vigueur en Europe et qui dit que toute lame de moins de 6 cm est acceptée à bord. De toute manière, dans de nombreuses compagnies, en business et en first class, le repas se déguste avec un couteau métallique potentiellement dangereux. Bertrand Stämpfli reconnaît qu’avec une telle lame, on peut certes tuer quelqu’un mais souligne qu’il n’est pas possible d’éventrer la porte du cockpit pour prendre le contrôle de l’appareil. Ce qui est l’objectif prioritaire de la sécurité.

Reblochon jugé dangereux

Le «paradoxe du couteau suisse» est loin d’être unique en aéronautique. Un briquet n’est par exemple pas un objet interdit à bord alors qu’il permettrait de mettre le feu à l’appareil. Un reblochon en revanche si, parce que sous son emballage, il pourrait en réalité cacher un produit chimique explosif. Le spécialiste Ronan Hubert fustige ces écarts et déplore les règles qui poussent aussi au gaspillage. «Combien d’attentats ont été perpétrés avec des tubes de dentifrice et des bouteilles d’eau? Sans doute moins qu’avec des couteaux!»

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