Publié

ResocialisationDes détenus rencontraient des prostituées. Un scandale?

Des prisonniers du centre de sociothérapie de La Pâquerette allaient voir des prostituées en ville. L'affaire provoque l'indignation.

par
Fabiano Citroni
Chaque année, un ou deux détenus en moyenne allaient voir des prostituées.

Chaque année, un ou deux détenus en moyenne allaient voir des prostituées.

Fred Merz/Rezo

Le centre de sociothérapie de La Pâquerette, situé dans l'enceinte de la prison de Champ-Dollon, a fermé ses portes mi-janvier. Une décision prise par le Département genevois de la sécurité quatre mois après la mort de la sociothérapeute Adeline, tuée par Fabrice A., un «pensionnaire». Entre 1986 et sa fermeture, La Pâquerette a accueilli environ 150 détenus atteints de désordres graves de la personnalité. En accord avec la direction du centre, ils rendaient parfois visite à des prostituées. Cette pratique provoque une onde de choc dans la population, marquée par la mort d'Adeline. L'incompréhension le dispute à l'indignation. «Dans l'esprit des gens, il y a une double immoralité apparente. On gratifie des criminels en les autorisant à sortir et on leur offre un cadeau immoral. La réalité est plus complexe», estime Jean-Pierre Restellini, ancien médecin-chef de la prison de Champ-Dollon et actuel président de la Commission nationale de prévention de la torture.

Cette affaire pose trois questions

Selon plusieurs spécialistes contactés, cette affaire pose trois questions. Par exemple, en quoi voir une prostituée aide-t-il à la resocialisation ? Pour Jean-Pierre Restellini, «un détenu passant des années en prison, dans une carence affective et sensuelle totale, peut être persuadé qu'il sera impuissant en sortant. En rencontrant une professionnelle au savoir-faire approprié, le détenu sera souvent rassuré. Dès lors, le risque d'un comportement sexuel inadéquat à sa libération peut être diminué», affirme-t-il. Avoir un rapport sexuel rend-il le détenu mieux gérable, plus convivial? Le criminologue Martin Killias ne s'avance pas sur ce terrain-là. «Je ne peux pas répondre à cette question. Mais j'ai le sentiment qu'à La Pâquerette, et c'est ce qui me dérange, on partait du principe que tout était possible, tout avait un apport thérapeutique. Cet établissement a-t-il vraiment évalué la démarche consistant à aller voir une prostituée?»

Pour en savoir plus, consultez la nouvelle application Le Matin Dimanche sur iPad ou notre E-Paper pour une lecture sur votre ordinateur personnel.

Votre opinion