Grèce - Des «diplômes Corona» à cause des tricheurs  
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GrèceDes «diplômes Corona» à cause des tricheurs

Les universités grecques, fermées depuis plus d’un an, font face à une intensification de la triche lors des examens en ligne, laissant craindre des diplômes dévalués.

Un étudiant de la Faculté de droit de l'Université Aristote de Thessalonique assiste à un cours en visioconférence, le 15 avril 2021.

Un étudiant de la Faculté de droit de l'Université Aristote de Thessalonique assiste à un cours en visioconférence, le 15 avril 2021.

AFP

Les universités grecques, fermées depuis plus d’un an en raison de la pandémie, font face à une recrudescence de la triche lors des examens en ligne, laissant craindre des diplômes dévalués déjà baptisés «diplômes Corona». Les professeurs et les étudiants admettent que les conditions normales d’examen sont pratiquement impossibles à appliquer dans un contexte d’enseignement à distance avec des centaines de participants simultanément en ligne.

«En plaisantant, nous appelons les diplômes que nous allons décerner cette année, les diplômes Corona», déclare John Mylopoulos, professeur en génie environnemental et ancien recteur de l’Université Aristotelio de Thessalonique. «L’enseignement à distance est censé être un outil complémentaire à l’éducation. Lorsqu’il devient l’outil essentiel d’enseignement, les problèmes commencent», a-t-il expliqué à l’AFP.

«L’été dernier, j’ai passé deux examens au nom de deux de mes amis et personne ne s’en est rendu compte», raconte Sofia, une étudiante en psychologie de 20 ans à Aristotelio. «Je me suis connectée en utilisant leurs ordinateurs et leurs codes personnels. Il n’y avait aucune règle de caméra ouverte pendant l’examen. Mes deux amis ont obtenu une note presque parfaite sans ouvrir un livre», a-t-elle précisé à l’AFP. De nombreux professeurs ont été surpris de voir des étudiants de longue date obtenir des résultats étonnamment élevés sans avoir mis les pieds sur un campus universitaire depuis des années.

«Facile de tricher»

«Les moyennes sont en hausse, et des personnes que nous n’avons pas vu depuis des années se présentent aux examens parce que le système permet de tricher facilement», confie Kostas Kosmatos, professeur assistant en criminologie à l’Université Démocrite de Thrace. Cet enseignant note que seul un examen avec une caméra ouverte permettrait de rétablir un peu de transparence dans la procédure. «Mais c’est impossible de le faire avec plus de 500 personnes qui passent des examens», admet-t-il.

«Nous répartissons donc les participants en groupes, en leur attribuant des sujets différents. Nous essayons également de limiter le temps disponible pour les réponses. Mais même de cette façon, nous ne trouvons pas de solution efficace», ajoute-t-il. Alexandros Hatzigeorgiou, professeur de technologie de l’information à l’Université de Macédoine de Thessalonique, avertit que même les mots de passe d’examen personnalisés ne sont pas une garantie. «Nous n’avons aucun moyen de vérifier que la personne qui se connecte est bien l’étudiant», note-t-il. «Et la caméra pourrait montrer quelqu’un d’autre en train de passer l’examen à sa place».

Certains étudiants ont déjà trouvé des astuces pour surmonter presque tous les obstacles à la triche. «Des groupes se sont formés sur Messenger, Discord et d’autres plateformes. En utilisant des écrans partagés, les bonnes réponses sont partagées en temps réel pendant un examen sans que les surveillants s’en rendent compte, que la caméra soit allumée ou non», explique Costas, étudiant de 22 ans à l’Université Aristotelio.

Wikipédia «paraphrasé»

Angela Kastrinaki, doyenne du département de littérature de l’Université de Crète, affirme qu’il est facile pour les étudiants de rechercher des réponses aux examens sur Google, même sous l’oeil des surveillants devant la caméra. «Nous obtenons des réponses de Wikipédia paraphrasé», souligne-t-elle. Certains de ses étudiants ont même fait appel à un philologue connu pour les aider à résoudre une question d’examen, dont la réponse ne figurait pas sur internet. «Même lui s’est trompé, alors j’ai eu 50 papiers avec la même erreur. C’était drôle», commente Angela Kastrinaki. En tout, elle a constaté que 100 étudiants avaient triché ce jour-là.

«Le système est parfois tellement corrompu que même les étudiants talentueux sont tentés de tricher», estime Panagiotis, étudiant en dernière année en droit à l’Université Aristotelio. Natassa, une étudiante de 20 ans à l’université de Ioannina, se souvient qu’une de ses amies a donné 100 euros à une enseignante pour qu’elle passe son examen de math à sa place. «Mais finalement, elle n’a même pas obtenu une note particulièrement bonne», remarque l’étudiante, amusée.

(AFP)

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