24.06.2016 à 13:14

BrexitDes effets négatifs à court terme pour la Suisse

Le climat d'incertitude concernant la Grande-Bretagne pèsera sur les investissements et le commerce.

La BNS et son directoire (Thomas Jordan, Fritz Zurbruegg et und Andrea Maechler) sont déjà intervenus vendredi matin sur les marchés afin de calmer le franc suisse.

La BNS et son directoire (Thomas Jordan, Fritz Zurbruegg et und Andrea Maechler) sont déjà intervenus vendredi matin sur les marchés afin de calmer le franc suisse.

Keystone

La décision des Britanniques de quitter l'Union européenne (UE) ne restera pas sans conséquence pour l'économie suisse, estiment les économistes. A court terme, la période d'incertitude qui s'ouvre va augmenter la pression sur le franc et par conséquent sur certaines branches exportatrices.

A court terme, les perspectives de croissance de l'économie helvétique pourraient se détériorer, alors qu'à plus long terme la Suisse pourrait souffrir d'un affaiblissement structurel de l'Europe, écrit vendredi l'institut BAKBASEL. Dès le résultat du référendum britannique connu, le franc s'est apprécié retrouvant son rôle de valeur refuge.

Les incertitudes à venir sur le futur statut de la Grande-Bretagne devraient encore accroître cette pression à la hausse sur la devise helvétique. Un contexte défavorable pour les branches exportatrices qui ont connu pour partie bien des difficultés depuis l'abandon le 15 janvier 2015 par la Banque nationale suisse (BNS) du taux plancher liant franc et euro, constatent les chercheurs bâlois.

Le climat d'incertitude concernant la Grande-Bretagne pèsera sur les investissements et le commerce. Une nouvelle forme d'intégration du négoce devra voir le jour, les accords de libre-échange, les traités bilatéraux, devront être renégociés. Un contexte qui freinera la dynamique conjoncturelle, ajoute BAKBASEL.

L'affaiblissement de la livre britannique et de la conjoncture outre-Manche ne resteront pas sans conséquences sur les exportations helvétiques vers le Royaume-Uni. Ce dernier représente le 5e client de la Suisse avec une part de 5,8% des livraisons vers l'étranger, relève pour sa part le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich.

Réaction en chaîne redoutée

Au rang des branches qui pourraient le plus souffrir d'une nouvelle appréciation du franc figurent l'industrie des machines, équipements électriques et métaux (MEM), le tourisme et le commerce de détail. L'industrie pharmaceutique, qui a poursuivi sa croissance l'an passé malgré la vigueur de la monnaie helvétique, ne devrait a priori pas trop peiner.

L'économie de la zone euro devrait aussi être affectée par la décision des Britanniques, du fait d'une demande en baisse pour les exportations vers la Grande-Bretagne. Les économistes zurichois escomptent des difficultés pour les exportateurs irlandais, néerlandais, belges, allemands et français.

Au-delà, les économistes redoutent une réaction en chaîne qui affaiblirait l'Europe, premier client des exportateurs helvétiques. Le référendum britannique pourrait servir de modèle dans d'autres pays européens dans lesquels l'UE peine à convaincre, relève pour sa part Credit Suisse.

Pour l'heure cependant, la plupart des experts, à l'image du chef économiste d'UBS, Daniel Kalt, n'ont pas révisé leurs prévisions conjoncturelles pour la Suisse. Pour l'année en cours, le numéro un helvétique table sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 1%, tout comme BAKBASEL et le KOF.

Intervention de la BNS

Le Secrétariat d'Etat à l'économie mise sur 1,4%, alors que la Banque nationale suisse anticipe une hausse du PIB réel comprise entre 1% et 1,5% cette année. M. Kalt indique cependant qu'il faudra suivre attentivement les réactions politiques tout comme celles des marchés dans les prochains jours.

Le directeur du KOF, Jan-Egbert Sturm, envisage pour sa part un réajustement des prévisions, sans toutefois pouvoir en évaluer l'ampleur. M. Sturm a ajouté «ne pas s'imaginer que le Brexit aura un effet dramatique sur la Suisse».

Alors que la BNS est intervenue sur les marchés des changes afin d'éviter une trop vive appréciation du franc dans la foulée des premiers résultats du référendum britannique, M. Kalt n'est pas certain que l'institut d'émission poursuive sur cette voie. Tout dépendra des volumes de devises étrangères que la banque centrale achète.

Mais si ces derniers devaient atteindre les montants de décembre 2014 et janvier 2015, mois durant lesquels la BNS est intervenue à hauteur de 20 milliards de francs par semaine, l'institut d'émission pourrait alors être contraint à encore baisser le taux d'intérêt des avoirs à vue, selon M. Kalt. Un pas que n'excluent pas non plus les experts de Credit Suisse.

Interrogé la semaine dernière sur le niveau des réserves de devises de la BNS, son président, Thomas Jordan, a rappelé que l'institut n'a pas de limites d'intervention. La BNS a maintenu jeudi passé un taux d'intérêt négatif aux avoirs à vue à -0,75% et a conservé la marge de fluctuation du Libor à trois mois entre -1,25% et -0,25%.

(ats)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!