États-Unis: Des employés d’Amazon vont voter sur une syndicalisation
Publié

États-UnisDes employés d’Amazon vont voter sur une syndicalisation

Dans l’Alabama, les employés d’un entrepôt Amazon vont voter pour une éventuelle syndicalisation. Jusqu’ici, les tentatives de syndicalisation ont toujours échoué.

Amazon est le deuxième plus important employeur aux États-Unis, avec 800’000 personnes, principalement des ouvriers et techniciens dans ses centres de logistique.

Amazon est le deuxième plus important employeur aux États-Unis, avec 800’000 personnes, principalement des ouvriers et techniciens dans ses centres de logistique.

AFP

Les employés d’Amazon d’un entrepôt dans l’Alabama vont voter à partir de lundi pour décider s’ils veulent être représentés par un syndicat, ouvrant la voie, potentiellement, à des centaines de milliers de salariés américains du géant du commerce en ligne.

Amazon avait demandé un report du vote mais l’agence fédérale en charge des syndicats (NLRB) a refusé cette requête vendredi. «Il n’y a pas de motifs substantiels de réexaminer» l’organisation du vote, a indiqué l’autorité dans sa décision.

«Les travailleurs d’Amazon ont remporté une nouvelle victoire», a commenté Stuart Appelbaum, le président du RWDSU, le syndicat de la distribution que des employés de l’entrepôt de Bessemer veulent rejoindre. «La décision d’aujourd’hui prouve qu’il est vraiment temps pour Amazon de commencer à respecter ses salariés et de leur permettre d’envoyer leur bulletin sans intimidation ni ingérence», a-t-il ajouté, cité dans un communiqué.

Deuxième plus important employeur américain

Amazon est le deuxième plus important employeur aux États-Unis, avec 800’000 personnes, principalement des ouvriers et techniciens dans ses centres de logistique. Jusqu’à présent, les tentatives de syndicalisation dans les entrepôts ont échoué.

À Bessemer, Amazon prônait un vote en personne, «dans un site dédié et approuvé par des experts du Covid-19», plutôt que par correspondance comme il a été décidé, étant donné la situation sanitaire et le nombre élevé de personnes invitées à se prononcer – plusieurs milliers.

«Nous sommes déçus de la décision de la NLRB de ne pas avoir choisi le mode de scrutin le plus juste et effectif, qui aurait permis d’obtenir une participation maximale des employés», a réagi Heather Knox, une porte-parole d’Amazon contactée par l’AFP.

Affiche dans les WC

Le vote sera clos le 29 mars. Si la majorité des employés se prononce en faveur de la syndicalisation, ils seront automatiquement représentés par la RWDSU, mais n’en deviendront membres à part entière qu’après l’approbation d’un nouveau contrat d’entreprise, négocié entre le syndicat et la société.

Le groupe de Seattle ne s’oppose pas officiellement aux syndicats, mais mène campagne contre l’adhésion de ses employés. Dans le cas de Bessemer, un site web baptisé «Faites-le sans les cotisations» encourage les employés à ne pas adhérer à un potentiel syndicat. «Pourquoi payer 500 dollars (450 francs) de cotisation? Nous prenons soin de vous avec des salaires élevés, l’assurance santé, un comité en charge de la sécurité et un processus pour les appels», clame la page d’accueil.

Une photo des toilettes de l’entrepôt, relayées notamment par Stuart Appelbaum sur Twitter, montre des affiches placardées sur les portes à l’intérieur des WC avec un argumentaire contre les cotisations syndicales. «Nous avons ouvert ce site en mars 2020 et depuis nous avons créé plus de 5000 emplois à temps plein à Bessemer avec des salaires qui démarrent à 15,30 dollars (13,75 francs) de l’heure», a souligné Heather Knox. «Nous travaillons dur pour soutenir nos équipes et plus de 90% de nos collaborateurs de Bessemer disent qu’ils recommanderaient Amazon comme lieu de travail à leurs amis».

Conditions de travail

Amazon rémunère ses employés un salaire minimum plus élevé que dans le reste du secteur. Mais des ouvriers et chauffeurs se plaignent régulièrement de conditions de travail dangereuses ou trop intenses et de procédures opaques ou arbitraires. Plusieurs manifestations et grèves, généralement de faible ampleur, ont été organisées au début de la pandémie pour demander de meilleures protections sanitaires et compensations financières.

Mardi, Amazon a accepté de payer 61,7 millions de dollars (55,5 millions de francs) pour mettre fin à des poursuites dans une affaire de pourboires non versés à des livreurs indépendants. La société qui domine le e-commerce, mais aussi le cloud (les serveurs nécessaires à l’informatique à distance), a généré plus de 386 milliards de dollars (347 milliards de francs) de chiffre d’affaires en 2020, dont elle a tiré un bénéfice net de 21,3 milliards (19,15 milliards de francs), près du double de 2019.

Elle a annoncé cette semaine que son emblématique fondateur Jeff Bezos, homme le plus riche du monde, céderait cette année le rôle de directeur général, tout en restant président de son conseil d’administration. «Le modèle économique de Jeff Bezos pour Amazon, c’était de se gorger de subventions publiques, de payer peu ou pas de taxes et de déshumaniser et maltraiter ses employés», a tweeté Stuart Appelbaum mardi. «La meilleure chose qu’il puisse laisser derrière lui, c’est la formation d’un syndicat par les travailleurs de Bessemer pour que ça change enfin».

(AFP)

Votre opinion