Hockey sur glace: Des entraîneurs au chômage technique racontent leur quotidien
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Hockey sur glaceDes entraîneurs au chômage technique racontent leur quotidien

Avec l’annulation des championnats des ligues inférieures, trois entraîneurs d’équipes du Jura et Jura bernois se sont trouvés d’autres occupations en attendant de retrouver, un jour, la glace et leurs joueurs.

par
Cyrill Pasche
Plus de spectateurs, et surtout plus de hockey du tout pour les clubs des ligues inférieures. 

Plus de spectateurs, et surtout plus de hockey du tout pour les clubs des ligues inférieures.

Marc Schumacher/freshfocus

Le Québécois Martin Bergeron (53 ans), légende du HC Ajoie et actuel entraîneur du HC Tramelan, Michaël Rothenmund (35 ans), clubiste au HC Franches-Montagnes durant 18 saisons avant d’en devenir le coach principal en 2019, et Steve Pochon, ancien baroudeur de Ligue nationale (798 matches) promu coach du HC Saint-Imier en début de saison, ont un point commun: ces trois passionnés, entraîneurs d’équipes du Jura et Jura bernois, se sont retrouvés au chômage technique après l’annulation de tous les championnats des ligues inférieures (le 13 janvier pour la MySports League et 1re ligue, le 23 décembre pour les autres ligues inférieures).

Ces trois coaches désormais sans équipe à diriger expliquent comment ils se sont réinventés et ont trouvé d’autres activités pour ne pas perdre contact avec le hockey sur glace.

Martin Bergeron (HC Tramelan, 2e ligue)

«C’est long… Heureusement, mon rôle de consultant à la radio me change les idées»

Martin Bergeron, ex joueur de Ligue nationale (Ajoie, Bâle, La Chaux-de-Fonds, Coire et Zurich)

«Je suis entraîneur du HC Tramelan, en 2e ligue. Je vis à Alle, à quelques kilomètres de la patinoire du HC Ajoie à Porrentruy, et j’ai mon magasin d’articles de hockey à Glovelier (Jura). Il est fermé, je n’ai rien le droit de vendre. Je n’ai plus d’équipe à entraîner non plus, donc j’en suis actuellement à 0% de boulot. En fait non, plutôt 0,5% puisque je peux ouvrir quelques heures le mercredi après-midi pour l’aiguisage des patins, ce qui est encore autorisé. Je vais parfois entraîner les jeunes du club sur la glace. Toutefois, il y a des limitations (petits groupes de cinq chez les moins de 16 ans) à respecter et ma présence implique qu’un joueur ou un autre entraîneur perd sa place sur la glace. Et ça, ce n’est vraiment pas le but. Forcément, cette situation est difficile, surtout dans la tête. C’est long! Au mois de novembre, je me suis occupé en rénovant complètement le vestiaire de la première équipe du HC Tramelan. Il reste quelques finitions à faire, mais il est prêt à l’emploi. Quelques joueurs ont déjà pu choisir leur future place dans le vestiaire. C’est dommage, nous n’avons pas pu l’inaugurer en équipe. Depuis l’annulation de tous les championnats des ligues inférieures, je m’ennuie parfois tellement que je me dis que je pourrais redémonter tout le vestiaire et recommencer de zéro (rires). Heureusement, j’interviens souvent à la radio comme consultant sur RJB et RFJ pour les matches du HC Bienne et du HC Ajoie. Cela me change les idées, c’est ma bouffée d’oxygène. Cela me permet de rester en contact avec le hockey suisse. Dans une saison normale, je ne peux faire de la radio que quelques fois par saison. Maintenant, comme j’ai énormément de temps libre, je suis souvent sollicité et je me suis pris au jeu. Je ne suis pas très optimiste, car j’ai le sentiment que cette situation va durer encore un bon moment. Je me pose aussi des questions concernant la motivation des joueurs après cette crise sanitaire. Auront-ils encore envie de s’impliquer pour leur sport après avoir découvert d’autres choses plutôt cool en l’absence du hockey? Certains ne vont-ils pas se dire que finalement, des weekends sans matches ni entraînements, c’est cool aussi?»

Michaël Rothenmund (HC Franches-Montagnes, 1re ligue)

«Le HC Ajoie me donne l’opportunité de voir comment les pros travaillent»

Michaël Rothenmund, 18 saisons au HCFM et 19 matches de LNB avec Ajoie

«Nous étions premiers du classement avec sept victoires en sept matches lorsque le championnat s’est arrêté le 17 octobre dernier. La saison précédente, nous avions l’ambition de devenir champions de Suisse. Nous étions qualifiés pour la finale quand le championnat s’est aussi arrêté pour la toute première fois. Cela fait maintenant deux saisons de suite que nous ne pouvons pas aller au bout de nos ambitions, c’est d’autant plus frustrant. Lorsque le HC Ajoie a commencé à préparer sa saison de Swiss League, le club venait s’entraîner à Saignelégier en raison des travaux dans sa nouvelle patinoire. Comme j’habite tout près du stade, j’en ai profité pour aller voir leurs entraînements régulièrement et m’inspirer de leur façon de travailler. Le coach Gary Sheehan et le directeur sportif Vincent Léchenne ont volontiers partagé leurs expériences et m’ont aidé dans mon apprentissage de coach. Au fur et à mesure, on m’a confié quelques missions durant les matches. Je prends des notes, j’observe aussi des joueurs adverses qui peuvent intéresser le HCA. Cela me plaît, et c’est surtout une belle opportunité de voir comment un entraîneur professionnel comme Gary Sheehan travaille. J’apprends beaucoup à son contact, et cette activité me permet de rester proche du hockey, qui est ma grande passion. Comme je suis représentant dans le domaine de la restauration et que tous les restaurants ont dû fermer, je n’ai actuellement rien à faire sur le plan professionnel. J’en profite donc pour apprendre et me perfectionner avec le HC Ajoie. Dans une saison normale, lorsque j’entraîne mon équipe en 1re ligue, je suis un peu dans ma bulle et il m’est difficile de vraiment voir ce qui se passe ailleurs. En ce sens, l’arrêt des compétitions a été un coup dur, mais cela m’a toutefois offert une belle opportunité de perfectionnement en contre-partie. J’espère un jour pouvoir à mon tour passer à l’échelon supérieur.»

Steve Pochon (HC Saint-Imier, 1re ligue)

«Quand le hockey s’arrête et que tu n’as plus cette adrénaline, t’es un peu perdu»

Steve Pochon, 798 matches en Ligue nationale et coach du HC Saint-Imier

«Au HC Saint-Imier, on a vite compris que le championnat ne reprendrait pas. Pour nous, la saison était plus ou moins terminée en décembre déjà, même si la confirmation n’est tombée qu’en janvier. Pour moi, cela a été une très grosse frustration car je venais d’arriver au club. C’était ma première opportunité en tant que coach en première ligue. Nous n’avons pu jouer que six matches, puis tout s’est arrêté. Au début, c’était dur. J’ai 42 ans et j’ai depuis toujours été habitué à ce rythme des matches et des entraînements, que ce soit comme joueur puis plus tard comme entraîneur. Même ma femme, je pense, devait en avoir marre que je sois là chaque soir à lui piquer la télécommande de la télévision (rires). Je suis un passionné, j’ai besoin de cette adrénaline, de passer une mauvaise nuit après une défaite ou de vibrer après une victoire. Dans les ligues inférieures, les entraîneurs s’investissent aussi à fond et ont besoin de ce stress des matches. Pour compenser, je fais de la radio et c’est quelque chose que j’adore! Je suis régulièrement sollicité par RTN et RJB pour commenter les matches du HC La Chaux-de-Fonds et du HC Bienne. Cela me donne l’impression d’appartenir encore au monde du hockey, de rester en contact avec mon sport et de ne pas décrocher. Cela me permet de garder le feu pour le hockey. En tant que coach, c’est extrêmement instructif. J’apprends beaucoup en étudiant les systèmes de jeu des équipes, surtout sur le plan défensif. Ce sont des concepts que l’on peut aussi appliquer chez les amateurs. Je prépare déjà la saison prochaine, même si je ne sais pas si nous pourrons vraiment reprendre…»

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