10.04.2013 à 13:47

HistoireDes ex-dirigeantes racontent «Maggie»

Première femme démocratiquement portée à la tête d'un gouvernement en Europe, Margaret Thatcher a pu inspirer mais aussi exaspérer une génération de dirigeantes politiques.

«Ai-je appris quelque chose d'elle? Non». Tout en rendant les hommages d'usage à la Dame de fer morte lundi à 87 ans, Gro Harlem Brundtland, elle-même arrivée au pouvoir en Norvège en 1981 moins de deux ans après son homologue britannique, rejette toute filiation avec son aînée.

«J'avais certainement développé mon propre style avant qu'elle ne devienne Premier ministre», affirme-t-elle dans un courriel envoyé via son attaché de presse.

Bien que toutes deux pionnières dans un monde politique marqué par une domination masculine écrasante, les deux femmes avaient finalement peu en commun: l'une était travailliste et profondément attachée à l'Etat-providence, l'autre conservatrice et chantre de la réussite individuelle, l'une se voulait consensuelle quand l'autre n'avait pas peur du clash.

Surtout, Gro Harlem Brundtland était une ardente avocate de la cause féminine et devait former en 1986 le premier gouvernement quasi paritaire avec huit femmes parmi les 18 ministres tandis que, sur l'autre rive de la mer du Nord, Margaret Thatcher qualifiait le féminisme de «poison».

«Quand je l'ai interrogée sur la façon dont elle projetait d'accroître la participation des femmes dans son gouvernement, elle a montré visiblement peu d'intérêt pour la question et s'est contentée de répliquer qu'il y avait peu de femmes qualifiées parmi lesquelles puiser au Parlement britannique», souligne la Norvégienne.

Entourée d'hommes uniquement

«Le fait qu'elle était aussi chef du parti conservateur et qu'elle aurait dû prendre l'initiative pour une parité accrue à de nombreux niveaux ne l'avait visiblement pas frappée», ajoute-t-elle.

Pendant son très long règne entre 1979 et 1990, la baronne Thatcher ne s'est entourée que d'hommes, hormis Janet Young, présidente de la Chambre des Lords.

Pourtant, d'autres dirigeantes de l'époque, même celles d'un autre bord politique, saluent la femme à poigne ayant défriché le terrain.

Une source d'inspiration? «Oui, pour une raison très simple. Elle fait partie des chefs d'Etat qui avaient une ligne très claire et qui savaient ce qu'ils voulaient», répond Edith Cresson, éphémère Premier ministre socialiste en France entre 1991 et 1992.

«On peut lui reprocher à juste titre un certain nombre d'excès», confie-t-elle, citant son intransigeance face aux indépendantistes irlandais morts d'une grève de la faim. Mais «si on s'attache à regarder les résultats, et après tout, dans la vie politique, il faut savoir si on veut juste des discours ou si on veut avoir des résultats, (...) on peut regarder ce qu'elle a fait».

Portrait élogieux

Première femme à la tête d'un gouvernement en Amérique du Nord, la conservatrice Kim Campbell, brièvement Premier ministre du Canada en 1993, trace, elle, un portrait encore plus élogieux.

«Elle a vraiment ouvert un espace permettant aux femmes d'autres pays d'être crédibles dans le rôle de dirigeantes», a-t-elle dit sur la chaîne américaine PBS. «Une fois pour toutes», elle a démoli «la notion qu'on ne pouvait pas être ferme tout en restant féminine, qu'on ne pouvait pas vraiment être une femme et vouloir diriger un pays ou envoyer des personnes au combat».

«On a tous une dette envers elle, quoi qu'on eût fait à sa place. Et, vous savez, elle n'avait aucun modèle...», a-t-elle souligné.

Deux décennies après son départ, les dirigeantes d'aujourd'hui reconnaissent encore être redevables à Maggie. «A une époque où cela n'était pas encore normal qu'une femme accède aux plus hautes fonctions démocratiques, elle a été un exemple pour beaucoup après elle», a estimé la chancelière conservatrice allemande Angela Merkel.

Pour le Premier ministre australien, la travailliste Julia Gillard, elle a «changé l'histoire pour les femmes». Comme quoi Margaret Thatcher a rayonné jusqu'aux antipodes, tant géographiques que politiques.

Infobox

Margaret Thatcher est plus populaire en Grande-Bretagne que Winston Churchill, d'après un sondage de l'institut YouGov pour le quotidien The Sun. La «Dame de fer» devance le héros de la Seconde Guerre mondiale de quatre points, avec respectivement 28 et 24% d'opinions favorables.49% des Britanniques estiment cependant que Margaret Thatcher a laissé une société plus inégalitaire. Les Ecossais jugent eux à 44% que la Dame de Fer était un mauvais Premier ministre. Le sondage a été réalisé les 8 et 9 avril auprès d'un échantillon de 1893 Britanniques.

(AFP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!