Polémique: Des fraises en hiver pour «induire la clientèle en erreur»?
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PolémiqueDes fraises en hiver pour «induire la clientèle en erreur»?

La Fédération romande des consommateurs dénonce la vente des fraises dès février. La Migros réplique qu’à certains endroits, c’est déjà le printemps.

par
Eric Felley
Deux tiers des fraises consommées en Suisse sont importées à partir de février. Il faut attendre le mois de mai pour la fraise indigène.

Deux tiers des fraises consommées en Suisse sont importées à partir de février. Il faut attendre le mois de mai pour la fraise indigène.

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La Fédération romande des consommateurs (FRC) s’est penchée sur le marché de la fraise en Suisse, régulièrement critiqué pour ses importations hivernales dès le mois de février. Dans un communiqué publié dimanche, elle explique avoir mené «une enquête au long cours, un travail d’une ampleur sans précédent». Sa conclusion est limpide: «La distribution joue artificiellement avec la notion de saison, créant une distorsion pour induire la clientèle en erreur. Tout est mis en œuvre pour pousser le consommateur à l’achat». Autrement dit, si la distribution n’en proposait pas de cette façon, la demande n’existerait pour ainsi dire pas.

Les limiers de la FRC ont procédé à 430 relevés auprès des principaux détaillants dans cinq cantons romands sur deux périodes: de janvier à juin 2020 et de janvier à mars 2021. Dès le mois de févier, la fraise associée à la chantilly bénéficie d’une promotion intense comme la championne des desserts: «Les actions faites sur les fruits espagnols sont très avantageuses et arrivent très tôt dans l’année…» La FRC constate par ailleurs que trois fraises sur quatre sont ibériques et produites dans des conditions qualifiées de «déplorables».

La FRC reconnaît cependant que la thématique du hors saison ne date ni d’hier ni d’aujourd’hui et qu’elle y consacre son énergie depuis une vingtaine d’années, recevant de nombreuses plaintes de consommateurs «outrés de trouver des fraises en rayon dès février». Pour manger des fraises suisses, le consommateur doit patienter jusqu’au mois de mai. Bon an, mal an un tiers des fraises consommées en Suisse viennent de la production helvétique, le reste est importé.

Plus aucune action avant mars

Du côté de la distribution, la Migros se sent évidemment ciblée par ces critiques. Mais son porte-parole Tristan Cerf tient déjà à préciser que dès cette année: «Nous ne ferons du marketing et des actions uniquement à partir du mois de mars. L’année dernière, c’était effectivement en février, mais cela ne le sera plus». Concernant la saisonnalité du produit, il fait ce constat: «Au mois de février, par moments, la chaleur revient, comme à la Saint-Valentin, et les gens ont envie d’un peu de printemps dans leurs assiettes. Ce n’est pas nous qui pouvons créer une envie et une demande à partir de rien du tout. C’est possible de la satisfaire, car c’est déjà la saison des fraises en Espagne ou dans le sud de l’Italie».

Quant à l’éthique de la culture de la fraise, la Migros développe dans la région de Huelva en Espagne un projet novateur: «À terme, nous voulons que les gens puissent manger des fraises en toute bonne conscience, précise Tristan Cerf. À partir de 2022 dans cette région, tous nos fournisseurs devront remplir un certain nombre de critères sur l’utilisation de l’eau, le respect de la biodiversité et les conditions de travail des employés. Sur ce dernier point cependant, nous ne pouvons pas tout contrôler non plus, c’est à aussi l’État espagnol de faire son travail».

Quant à la suite de la saison, Tristan Cerf rappelle que, une fois la production indigène disponible, la Migros la met clairement en avant dans ses points de distribution. Avec de la chantilly, bien sûr.

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