Montreux Jazz: Des glaces, de l’amour et Phoenix
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Montreux JazzDes glaces, de l’amour et Phoenix

Avec «Ti Amo», le plus italien des groupes versaillais a offert à l’été 2017 un air de dolce vita qui va flotter ce soir sur l’Auditorium Stravinski. Antipasti et papote avec son chanteur, Thomas Mars.

par
Caroline Piccinin

Installez-vous confortablement. Posez votre sac Kappa sur le siège arrière de votre Alfa Romeo alors que l’autoradio joue pour vous un remix de Toto Cutugno… Vous la sentez l’Italie de la fin des années 1980? Si vous n’y arrivez pas, pas de panique. La solution, c’est Phoenix qui vous l’offre avec «Ti Amo», son 6e album dont on peut déjà dire sans détour qu’il sera celui de cet été 2017. Au bout du fil, alors que son épouse, Sophia Coppola, venait d’être récompensée du Prix de la mise en scène à Cannes pour «Les Proies», Thomas Mars, chanteur de Phoenix, est revenu pour nous sur cette aventure musicale ensoleillée.

VOUS AVEZ COMPOSÉ LA BO DES «PROIES» ET AVEZ SORTI DÉBUT JUIN «TI AMO», VOUS NE VOUS MÉLANGEZ PAS LES PINCEAUX?

Non, c’était facile. Quand on fait un album, le champ des possibles est infini, alors que la BO d’un film c’est l’inverse: ça a été une récréation pour nous. Ce que je veux dire c’est que Sophia avait une idée précise de ce qu’elle voulait et le fait que ce soit un film d’époque a donné un vrai cadre. Du coup, ça nous a pris peu de temps. Le souvenir que j’ai c’est que, quand on s’ennuyait à la Gaîté-Lyrique (ndlr.: un complexe parisien avec une salle de concert, de cinéma, des studios, etc.), on allait écouter des groupes ou voir les rushs du film de Sophia. C’était agréable, malgré l’univers ambiant à Paris…

D’AILLEURS VOUS AVEZ DIT AVOIR ÉTÉ MAL À L’AISE DE FAIRE UN ALBUM LÉGER APRÈS LES ATTENTATS…

Oui, comme on était toute la journée dans ce studio et qu’on ne voyait pas la lumière du jour, on n’avait pas le sentiment d’être à Paris. C’est quand on allait voir les concerts qu’on sentait la lourdeur et le climat hypersécuritaire… On sentait que quelque chose avait changé. Alors que nous, on préparait un disque léger avec une musique joyeuse et hédoniste. C’était en totale contradiction avec les événements et l’atmosphère.

D’OÙ LE TITRE DU DISQUE «TI AMO»! ET EST-CE UNE RÉFÉRENCE À UMBERTO TOZZI?

Alors oui et non (rires). Non, parce que la musique de Tozzi n’est pas une source d’inspiration. Et oui, parce qu’il y a un côté défendu avec ce genre de mots. Pour tout vous dire, notre disque précédent, «Bankrupt!» devait s’appeler «Je t’aime». Mais finalement ça ne collait pas avec sa tonalité. Comme on aimait toujours l’idée d’appeler un album «Je t’aime» ou «Ti Amo», des titres qui sont généralement réservés à des artistes du top 50 ou qui ont un côté un petit peu «cheesy», cette fois c’était évident.

CHANTER EN ITALIEN, ÇA AJOUTE À CE CÔTÉ «CHEESY» RÉTRO. COMMENT VOUS VOUS Y ÊTES PRIS POUR LE MÉLANGER AVEC DU FRANÇAIS ET DE L’ANGLAIS?

Les mots qui viennent en premier, naissent d’un yaourt franco-anglais! Là, on a l’italien qui s’est ajouté et ce mélange presque abstrait a fait que l’on a cherché ensuite à assembler certains mots sans pour autant ne pas garder le spontané de ce maelström! Par exemple pour «Fior Di Latte», je me souviens du moment où je scandais une partie du refrain et le simple fait de voir les yeux exorbités des autres membres me regarder avec interrogation: «On va vraiment chanter en italien?» Ça nous a donné la certitude qu’il fallait le faire!

L’HYPERPLANANTE «VIA VENETO» DONNE ENVIE DE SE COUCHER PAR TERRE POUR L’ÉCOUTER ET CONTRASTE AVEC LE RESTE DU DISQUE QUI EST PLUS SAUTILLANT. ELLE EST SORTIE D’OÙ?

C’est drôle que vous parliez d’être allongé, parce que sur scène quand on la joue je chante une partie couché sur scène! Cette chanson a vraiment eu un chemin complexe, car elle existait au début d’une façon encore plus épurée. On voulait une ballade à la Lucio Battisti, guitare sèche-voix. On voulait même que ça sonne comme une démo, comme un souvenir, un morceau d’avant… Au final, le titre nous a emmenés à cette version un peu plus étrange, un interlude bizarroïde avec cette structure atypique.

EN LIVE, ÇA RESSEMBLE À QUOI?

Quand on fait un album, on s’entoure d’une palette de couleurs, d’un champ lexical, de références visuelles. Ces codes nous ont aidés pour la scène. On a une production ultra-ambitieuse avec un immense miroir. On découvre sur la tournée ce que l’on peut utiliser ou non de notre scénographie, donc ça change à chaque date… C’est assez compliqué et on se l’approprie gentiment. Mais, après avoir fait tellement de concerts dans nos vies, on est contents du changement.

ET SI «TI AMO» ÉTAIT UN PLAT ITALIEN, CE SERAIT LEQUEL?

(Rire.) Il y a déjà de la nourriture dans le disque! Mais comme il est innocent, je dirais une glace à la fiore di latte, le goût le plus pur.

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