Actualisé 09.06.2019 à 16:32

Des manifestants arrêtés en marge des élections

Elections au Kazakhstan

La première élection sans l'autocrate kazakh a été émaillée de protestations, dénonçant un scrutin truqué d'avance.

Un opposant au régime avait appelé à des manifestations ce dimanche.

Un opposant au régime avait appelé à des manifestations ce dimanche.

Keystone

Des centaines de manifestants d'opposition ont été arrêtés dimanche au Kazakhstan en marge de l'élection présidentielle. Il s'agit d'un scrutin inédit: le président Noursoultan Nazarbaïev a démissionné en mars après trente ans de pouvoir.

Les derniers bureaux de vote ont fermé à 17h00 dans cet immense pays d'Asie centrale. Le taux de participation est de 77%, selon la commission électorale centrale. Le successeur désigné de Noursoultan Nazarbaïev, le président par intérim Kassym-Jomart Tokaïev, est quasiment certain de l'emporter face à des candidats pour la plupart inconnus, la seule réelle question étant l'ampleur de sa victoire.

Mais ce scrutin a été marqué par les plus importantes manifestations que cette ancienne république soviétique ait connues en trois ans. Les protestataires ont appelé au boycott de ce qu'ils dénoncent comme une élection truquée.

Dans les deux principales villes kazakhes, la capitale Nur-Sultan et Almaty, des journalistes de l'AFP ont été témoins de plusieurs centaines d'arrestations. Un correspondant de l'AFP a été conduit à un poste de police avant d'être libéré tandis qu'un reporter vidéo de l'AFP a vu ses équipements confisqués.

Des «éléments radicaux»

«Environ 500 personnes ont été transférées dans les commissariats de police de Nur-Sultan et d'Almaty», a déclaré à la presse le vice-ministre de l'Intérieur Marat Kojaïev, qui en a rejeté la faute sur des «éléments radicaux» ayant organisé des «manifestations non autorisées».

Depuis la démission de Noursoultan Nazarbaïev, le Kazakhstan est traversé par une agitation sociale rare qui a provoqué un raidissement des autorités. L'opposant le plus virulent au régime, l'ancien banquier en exil Moukhtar Abliazov, avait appelé à des manifestations dimanche.

Une illusion

Kassym-Jomart Tokaïev, 66 ans, a reçu le soutien du parti au pouvoir et de Noursoultan Nazarbaïev, qui conserve des fonctions de premier plan en dépit de sa démission. Une des premières décisions de M. Tokaïev a en outre été de renommer la capitale, Astana, en «Nur-Sultan», du nom de son prédécesseur.

Cet ancien diplomate de carrière a occupé de nombreux postes au sommet de l'Etat, de Premier ministre à ministre des Affaires étrangères et président du Sénat, le poste qu'il occupait quand Noursoultan Nazarbaïev a annoncé son départ. Interrogé sur les manifestations en cours, M. Tokaïev a assuré qu'il avait demandé à la police de «faire preuve de retenue» tout en précisant que les violations de la loi «ne seraient pas tolérées».

Il sera en tout cas difficile pour M. Tokaïev de faire aussi bien que l'ancien président kazakh, élu une première fois en 1991 puis réélu à quatre reprises avec des scores dépassant les 80%. En 2015, dans un contexte de difficultés économiques, Noursoultan Nazarbaïev avait obtenu 98% des voix pour un taux de participation de 95%.

Ces élections n'ont jamais été reconnues comme libres et justes par les observateurs internationaux et il est probable qu'il en sera de même pour celle-ci.

(ats)

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