Syrie: Des milliers de civils fuient la situation «effrayante»
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SyrieDes milliers de civils fuient la situation «effrayante»

L'ONU s'alarmait mardi de la situation à Alep-Est.

L'armée du régime et les milices qui le soutiennent se sont emparées de plus de 30% du territoire rebelle ces trois derniers jours dans la deuxième ville du pays. Leur avancée rapide a provoqué la fuite d'Alep-Est de près de 16'000 civils, a annoncé le patron des opérations humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien.

Cet exode se poursuivait mardi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Il fait état de combats dans plusieurs quartiers. Dix civils ont été tués par un bombardement dans celui de Bab al-Nayrab.

Selon l'ONU, 10'000 habitants ont rejoint Alep-Ouest, contrôlé par le régime, tandis que 4000 à 6000 autres ont trouvé refuge dans la petite enclave de Cheikh Maqsoud aux mains des forces kurdes.

Des milliers d'autres familles fuient vers les quartiers méridionaux d'Alep-Est toujours contrôlés par les rebelles. Ils sont parfois obligés de dormir dans la rue, affrontant le froid et la faim, a constaté un correspondant de l'AFP. L'ONU a également indiqué que des groupes rebelles à Alep-Est tentent d'empêcher les civils de fuir.

De son côté, le Comité international de la Croix-Rouge a lui fait état mardi de 20'000 déplacés en 72 heures. Ils ont fui les quartiers sous contrôle rebelle de l'est de la métropole.

Réunion demandée

La situation est «alarmante et effrayante», a résumé M. O'Brien. Car, en plus de «l'intensification des combats au sol et les bombardements aériens aveugles», plus aucun hôpital ne fonctionne et «les stocks alimentaires sont pratiquement épuisés». «C'est une lente descente aux enfers», a renchéri Bettina Luescher, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM).

Face à cette «catastrophe humanitaire», le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a demandé que le Conseil de sécurité se réunisse «immédiatement» afin «d'examiner la situation de cette ville martyre et les moyens d'apporter secours à sa population». La réunion devait se tenir mardi soir ou mercredi.

«Plus que jamais, il y a urgence à mettre en oeuvre une cessation des hostilités et à permettre un accès sans entrave de l'aide humanitaire», a estimé M. Ayrault. Il s'exprimait au lendemain d'un appel similaire lancé par l'ONU et le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson.

Amnesty International s'est, quant à elle, inquiétée des risques de «représailles» contre les civils fuyant Alep-Est «à la lumière de la longue et sombre histoire de détentions arbitraires et de disparitions» liées au régime. Save the Children a, de son côté, dit craindre que l'assaut du régime ne divise des familles et laisse des milliers de personnes, dont des enfants, sans abri et exposés au danger.

Situation radicalement changée

Les opérations de l'armée «ont permis ces dernières 24 heures de changer radicalement la situation», s'est félicité le porte-parole du ministère de la Défense, le général Igor Konachenkov.

Avec l'appui de l'aviation russe, l'armée syrienne avait mené ces derniers mois offensive après offensive pour reprendre la partie Est de la métropole divisée depuis 2012. Mais c'est la dernière en date, lancée le 15 novembre, qui a brisé les défenses rebelles. Ceux-ci ont été incapables de résister à la puissance de feu terrestre et aérienne déployée par Damas et ses alliés étrangers, comme le Hezbollah chiite libanais.

«Les Russes veulent achever l'opération avant que Trump entre en fonction», a commenté un responsable de l'alliance militaire pro-gouvernementale. Un représentant des rebelles a, de son côté, déploré qu'Assad et ses alliés «tentent d'exploiter les circonstances actuelles et malheureusement les Etats occidentaux ne peuvent rien faire».

La Turquie, qui combat le groupe Etat islamique, mais aussi les milices kurdes, dans le nord de la Syrie, a annoncé mardi soir avoir avoir perdu tout contact avec deux de ses soldats en Syrie, dont l'agence de presse affiliée à l'EI a revendiqué l'enlèvement.

(ats)

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