Actualisé 22.04.2020 à 04:49

Covid-19Des millions de masques vaudois sont vendus à l'étranger!

Son activité principale à l'arrêt, un entrepreneur de Cugy (VD) s'est lancé sur ce marché de l'urgence. La Suisse le snobe.

par
Evelyne Emeri
CEO de Pac Team Group, Alain Borle ne cache pas sa déception. L'homme d'affaires vaudois, qui a revisité son business avec l'arrivée de la pandémie, n'en revient pas de devoir servir la France et l'Italie plutôt que son pays.

CEO de Pac Team Group, Alain Borle ne cache pas sa déception. L'homme d'affaires vaudois, qui a revisité son business avec l'arrivée de la pandémie, n'en revient pas de devoir servir la France et l'Italie plutôt que son pays.

Valdemar Verissimo

Il fabrique environ 2,5 millions de masques par semaine. Ou plutôt, il les fait fabriquer en Chine. Les quelque 3 millions importés par mois – les avions manquent – ont à peine atterri qu'ils sont transférés dans un atelier à Avenches qui s'occupe de la logistique et de leur distribution. Alors que la Suisse se prépare à un déconfinement progressif, l'objet de toutes les convoitises – que l'on s'attend à tous devoir porter – repart d'Avenches en direction de la France et de l'Italie plus particulièrement. L'homme qui raconte cette histoire absurde, c'est Alain Borle, le CEO depuis 35 ans de Pac Team Group, basé dans le Gros-de-Vaud.

«J'ai repensé mon entreprise»

Spécialisée dans les accessoires de luxe (présentoirs, packaging, stands), le groupe vaudois compte 600 employés à travers le monde et 30 à Cugy. Il s'est retrouvé, lui aussi, quasi à l'arrêt du jour au lendemain. «J'ai dû repenser mon entreprise pour pouvoir la tenir, payer et garder mes employés, mais aussi occuper leurs esprits. Il a fallu trouver la bonne idée. Je ne voulais pas devenir fabricant de masques, mais en ces temps particuliers... Je travaille depuis 25 ans avec la Chine, j'y ai deux usines. Je me suis donc lancé. J'ai demandé à mes équipes et à mes commerciaux de passer à autre chose», confie l'homme d'affaires de 55 ans.

Une boîte contient 50 unités.

Une boîte contient 50 unités.

Pour se permettre ce type de réorientation, l'entrepreneur a puisé dans les réserves de sa société: «C'était ou ça, ou on tenait un an. En Chine, vous payez tout à l'avance. Il faut avoir du cash et de la trésorerie. J'ai pris les paris.»

«Je voulais servir mon pays»

«En bon Vaudois, en bon patriote, en bon soldat, je me suis dit que je pouvais faire quelque chose pour servir mon pays, qui ne s'avère finalement pas demandeur.» L'industriel vaudois concède être un peu dépité: «Je suis débordé, constamment en rupture de stocks, je ne cherche plus à comprendre. Mes collaborateurs ont contacté de nombreux gouvernements. Les premiers à nous faire confiance, ça a été la France et l'Italie. Premiers arrivés, premiers servis. En Suisse, j'ai écrit un mail au Conseil fédéral. Les services de la Confédération m'ont téléphoné et m'ont répliqué qu'ils avaient déjà passé commande et qu'ils avaient bien assez de masques.»

Vaud, le sursaut

«Ici, personne n'est venu nous chercher. J'ai eu quelques appels de la part de petites structures. Pour nous, ça n'est pas possible, nous vendons à large échelle. Covid-19 et télétravail oblige, je ne peux pas me permettre de faire de la vente au détail.» Alain Borle a également contacté le canton de Vaud et son Département de la Santé et de l'action sociale (DSAS) qui lui a fait savoir qu'il allait traiter sa proposition. «Sur demande de Rebecca Ruiz, cheffe du DSAS, la pharmacienne cantonale vient de me contacter. Elle m'a proposé de nous référencer dans le portail de Swissmedic. J'espère obtenir des commandes par la suite.»

Distributeur unique à Lausanne

Le CEO de Pac Team Group s'est aussi approché du CHUV. «L'hôpital universitaire m'a dit que son approvisionnement était en ordre.» Il s'est également approché de plusieurs importantes entreprises romandes et de grands groupes de pharmacies qui n'ont montré aucun intérêt ou ne lui ont même pas répondu. Le quinquagénaire n'a pas oublié les particuliers et les PME. Il a cherché un distributeur unique dans son canton de prédilection. Son choix s'est porté sur un pharmacien indépendant situé à Lausanne (Chailly). Dès le 1er mai, chacun pourra aller y acheter le Graal. «Et inutile de venir devant le siège de notre entreprise comme cela a été le cas mardi matin. Une dizaine de personnes espérait nous acheter des boîtes de 50 masques (ndlr. 50 francs la boîte pour les privés). Faut-il rappeler que nous sommes confinés, nous aussi.»

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

*www.pacteam-group.com/contact

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