Motocyclisme: Des motards dans le flou
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MotocyclismeDes motards dans le flou

Renvois et annulations se succèdent dans toutes les disciplines. Quid de 2020? Et de 2021? Rossi et ses collègues aimeraient bien le savoir.

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Sport-Center
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Chaque jour qui passe oblige la FIM, la Fédération internationale de motocyclisme, qui a son siège à Mies (VD), à prendre des décisions importantes, certaines provisoires, d’autres définitives. La course du mondial superbike prévue à Imola, est la dernière d'une longue liste.

Quid du MotoGP, le championnat le plus important des différentes disciplines motocyclistes? S’il s’agit de trouver des solutions dans l’urgence, les promoteurs – Dorna –, les acteurs – l’Association des teams de GP - et le pouvoir sportif - la Fédération - doivent aussi penser, déjà, à après-demain. Donc, à 2021: «Il ne faut pas se leurrer, des saisons de GP comme nous les avons connues ces dernières années, avec toujours plus de courses, il faut oublier», explique un team-manager.

Parce que la crise actuelle a des conséquences économiques qu’on ne peut encore évaluer, en regard du nombre d’incertitudes qui planent sur l’évolution de la pandémie de Coronavirus. La prochaine course encore au programme est fixée au 21 juin (GP d’Allemagne, au Sachsenring). Les chances qu’elle puisse se dérouler sont minimes, pour ne pas écrire inexistantes, dans la mesure où avant le mois d’août, dans le meilleur des cas, les restrictions – notamment dans les déplacements – ne seront pas toutes levées.

«Suite aux décisions annoncées par le président Macron lundi dernier – pas d’événements populaires avant la mi-juillet, en France -, je ne perds pas l’espoir de pouvoir trouver une date de remplacement pour le GP du Mans cet automne. Je pense que d’ici le 15 mai, on devrait en savoir un peu plus à ce sujet», confie Claude Michy, le seul promoteur privé d’un GP du championnat du monde.

Quelles sont les possibilités, les adaptations possibles? A tous les niveaux, plusieurs scénarii sont étudiés.

Des GP sans spectateurs?

«C’est faisable, expliquait l’autre jour Gigi Dall’Igna, le patron de Ducati Corse, dans la mesure où le 80% des revenus du système proviennent des droits télévisés.» C’est peut-être faisable pour les quelques promoteurs étatiques, ça ne l’est pas pour les privés à 100%, comme en France, où aucun denier public n’entre en ligne de compte. Et ce sera très compliqué pour tous les autres, qui ont besoin de spectateurs pour équilibrer leurs comptes, les circuits n’ayant déjà plus aucun autre revenu (location pour des tests, opérations de «racing for fun», présentations) depuis bientôt deux mois.

Moins de monde dans les paddocks?

C’est aussi une des pistes actuellement suivies. Où on limiterait le nombre de personnes admises dans les paddocks – plus d’invités, notamment. Voire limitation quantitative du nombre de techniciens pour un pilote et limitation du nombre de représentants des médias, etc.

Problème: la plupart des teams, spécialement en Moto3 et en Moto2, parviennent encore à trouver des partenaires économiques en leur offrant cette possibilité d’être «acteurs», les entreprises (sponsors) pouvant inviter des clients à découvrir la course de l’intérieur. Limiter le nombre d’intervenants techniques est peut-être envisageable et une telle décision pourrait aller de pair avec un changement de règlementation, qui limiterait avec effet immédiat chaque pilote à avoir une seule moto dans la classe-reine MotoGP. C’est le cas en Moto3 et en Moto2.

Plusieurs courses par week-end?

Certains se demandent si on ne pourrait pas, notamment pour la classe MotoGP, imaginer deux courses en un seul week-end (il y en a trois en superbike, par exemple). Carmelo Ezpeleta, le patron de Dorna, la société espagnole qui gère les GP, dit non. En revanche, et pour autant qu’on puisse reprendre la piste cet automne, on évoque la possibilité de resserrer le programme habituel, en annulant la journée du jeudi (conférences de presse, opérations promotionnelles, etc.) et en supprimant une des séances d’essais libres du vendredi.

Des courses jusqu’à Noël?

Si, au Qatar, Carmelo Ezepeleta, mais aussi Jorge Viegas, le président de la FIM., laissaient entendre qu’on pourrait, pourquoi pas, programmer des courses jusqu’à mi-décembre, cette possibilité est de moins en moins d’actualité, dans la mesure où il faut absolument tenter de minimiser les conséquences de la crise actuelle sur le futur, soit sur la saison 2021.

Une nouvelle philosophie?

Car 2021 sera forcément impacté par les événements actuels. Le développement des prototypes MotoGP devrait être gelé cet hiver et la majorité des teams Moto2 et Moto3 n’auraient rien contre le fait de conserver, en 2021, le matériel 2020 qui, jusqu’à présent, n’a été utilisé qu’à une seule occasion (GP du Qatar). Problème: une telle décision aura des effets directs, économiquement parlant, sur les fournisseurs dudit matériel, à l’image des constructeurs de châssis Moto2, notamment Kalex, qui équipe la majorité du plateau.

Rossi, Dovizioso, Crutchlow: retraite ou pas?

Tous les pilotes sont actuellement confinés. S’ils sont présents, via les médias sociaux et des événements comme les deux courses virtuelles qui viennent de se dérouler, il est certain qu’ils ne peuvent pas donner une contrepartie suffisante à leurs employeurs et à leurs partenaires. Et comme la plupart d’entre eux arrivent en fin de contrat cet automne, que va-t-il, que peut-il se passer?

Le Britannique Cal Crutchlow, qui se voyait bien prendre sa retraite en fin de championnat, aurait à nouveau des envies de poursuivre. Et quid d’Andrea Dovizioso, le numéro 1 de chez Ducati? Et, surtout, de Valentino Rossi, qui s’était donné quelques courses pour prendre sa décision et qui n’est pas en mesure de répondre sur la piste aux éventuelles hésitations qui l’habitent encore? Quid, enfin, des teams privés, qui ont déjà tant de peine à trouver des partenaires financiers? Et même des équipes officielles des constructeurs, dans la mesure où le marché de la moto, dans le monde entier, est lui aussi à l’arrêt presque complet?

Les questions sont nombreuses. Et une seule réponse est d’ores et déjà certaine: la course, demain, ne sera plus ce qu’elle a été hier!

Jean-Claude Schertenleib

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