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SantéDes opérations passées à la loupe

Dans le but de contrôler la qualité des soins, la Société suisse de chirurgie cardiaque met en place un registre national qui recensera toutes les interventions.

par
Cléa Favre
Pour René Prêtre, l'initiative permettra de voir «où se trouvent les marges d'amélioration».

Pour René Prêtre, l'initiative permettra de voir «où se trouvent les marges d'amélioration».

BALZ MURER

Dorénavant, toutes les interventions telles que le pontage, la chirurgie des valvules cardiaques ou encore les opérations sur les artères principales apparaîtront sur un registre national. Cette initiative en faveur de la transparence provient des professionnels eux-mêmes à travers la Société suisse de chirurgie cardiaque.

Age du patient, maladie, type d'opération, complication, taux de mortalité… toutes ces informations seront consignées, avec pour objectif de contrôler la qualité des soins. Tous les hôpitaux concernés (sauf un en Suisse alémanique qui reste à convaincre) ont accepté de collaborer à cette base de données. «Le but principal, c'est de contrôler la qualité de notre chirurgie. Nous verrons aussi où la Suisse se situe par rapport à ses voisins, explique René Prêtre, chef du service de chirurgie cardio-vasculaire du CHUV et membre du comité de la Société suisse de chirurgie cardiaque. Il existe près de 70 opérations différentes sur le cœur. C'est beaucoup plus que sur n'importe quel autre organe. Un état des lieux de chacune de ces interventions est aussi utile pour montrer où se trouvent les marges d'amélioration, où il est bon de donner un coup de collier supplémentaire.»

La Suisse a du retard

Ce classement est plutôt bien accueilli dans la profession. «Il est préférable de balayer nous-mêmes devant notre porte afin que les quelques moutons noirs se transforment en jolis petits lapins», réagit François Mach, chef du service de cardiologie aux HUG. «Prendre le taureau par les cornes et édicter nous-mêmes des standards évitera aussi que ce soient les politiques et les assureurs qui s'en mêlent.»

Si la Fédération suisse des patients salue ce «premier pas», pour elle, il n'est pas suffisant. «Le registre ne sera accessible au public qu'à travers des rapports de synthèse», réagit son vice-président et conseiller national Jean-François Steiert (PS/FR). «Un tri est en effet nécessaire à tout registre afin que le grand public puisse en tirer les bons enseignements. Cependant, il y a un manque de transparence. Nous voulons par exemple savoir quels médecins se seront inscrits sur le registre et ceux, forcément moins recommandables, qui n'y figureront pas.» Jean-François Steiert ajoute que ce projet sera financé avec l'argent des assurés qui ont le droit de savoir. Pour lui, la Suisse a du retard dans ce domaine. «Des registres ne sont pas nécessaires pour toutes les spécialités. Mais par exemple, avoir un registre pour l'ensemble des types de cancer nous serait particulièrement utile, afin de connaître les différents traitements et mieux s'orienter.»

Une pression plus grande

René Prêtre trouverait lui aussi souhaitable que d'autres spécialités jouent la transparence. A ses yeux, les chirurgiens cardiaques ont été les premiers car «la pression est plus importante pour nous. Le cœur est perçu comme l'organe de la vie et des sentiments et tout ce qui le touche intéresse le grand public.» Il ajoute qu'un tel projet est aussi plus simple à mettre sur pied pour eux – avec moins de 20 hôpitaux à persuader – que pour la chirurgie générale par exemple qui doit bien compter un hôpital par district.

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