15.11.2017 à 08:14

Des organisations au secours des Rohingyas

Suisse

Outre le déficit en personnel et la surpopulation dans les camps, les humanitaires font également part d'un cruel manque de place.

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L'ONU est inquiète des conséquences possibles de l'arrivée des pluies au Bangladesh et en Birmanie au milieu de la pandémie liée au Covid-19. (Mardi 21 avril 2020)

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AFP
Les gardes-côtes du Bangladesh ont annoncé avoir secouru dans les eaux territoriales du pays au moins 382 réfugiés rohingyas «affamés» après presque deux mois en mer. (15 avril 2020 - Image d'archive)

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AFP
Des crimes de guerre ont bien été commis contre les Rohingyas mais pas de génocide, assure un rapport d'enquête birman lundi. (20 janvier 2020)

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AFP

Creuser des puits, distribuer des kits de survie ou construire un hôpital: les organisations d'entraide suisses ont développé de nombreux projets dans les camps de réfugiés Rohingyas au Bangladesh. Malgré une mobilisation humanitaire importante, elles témoignent de conditions ardues, de besoins énormes et d'un manque criant de personnel.

«Les conditions sont extrêmement difficiles en raison de l'ampleur de la crise. Plus de 600'000 personnes sont arrivées au Bangladesh en moins de deux mois. C'est plus de trois fois la population totale de Genève», explique David Blanc, coordinateur d'urgence pour Terre des hommes, interrogé par l'ats. Quelque 200'000 réfugiés étaient par ailleurs déjà présents dans la zone avant la crise d'août.

En conséquence, les camps sont surpeuplés, les réfugiés s'entassent les uns sur les autres dans des abris de fortune - augmentant les risques de propagation des maladies - et les routes, de même que les infrastructures sanitaires et médicales, n'ont pas encore été construites ou de manière hâtive. Autant d'obstacles qui freinent la réponse humanitaire. «Il y a des manques dans tous les domaines», se désole Andrea Cippà, spécialiste de l'eau chez Helvetas.

Hôpital de campagne

Pour pallier ces manques, des dizaines d'organisations d'entraide, dont plusieurs suisses, ont dépêché des équipes sur place. Si elles ont dans un premier temps distribué des kits d'hygiène ou pour fabriquer des abris, les organisations ont progressivement mis sur pied des projets plus ambitieux.

La Croix Rouge Suisse a notamment participé à la construction d'un hôpital d'une capacité de 60 lits, disposant d'une salle d'opération et d'une salle d'accouchement. «Parmi nos patients, nous avons vu beaucoup de femmes enceintes donner naissance à des enfants morts-nés, à cause du stress des événements vécus et de leur fuite», témoigne Sabine Hediger, déléguée santé de l'organisation.

Diarrhées, maladies de peau et pneumonies

Elle a également dû traiter un grand nombre de diarrhées, de maladies de peau et de pneumonies, contractées lors de leur longue marche d'exil entre la Birmanie et le Bangladesh.

«Certains ont dû marcher pendant une dizaine de jours avant d'arriver au camp. Les aînés devaient porter leurs cadets, sans avoir suffisamment à manger et à boire. Et ils restaient souvent dans des vêtements humides. Des conditions qui favorisent les maladies», poursuit Mme Hediger.

Les besoins étaient tels que l'infirmière lucernoise a dû travailler vingt heures par jour lors de sa dernière semaine sur place. «Je dormais de 08h00 à midi, puis je mangeais et prenais ma douche, avant de recommencer à travailler à 13h00», confie-t-elle. «Je l'ai fait parce que je savais que je partirais bientôt. Mais autrement ça n'aurait pas été possible. Il faut plus de personnel.»

Physio à la maison

Outre le déficit en personnel, les humanitaires font également part d'un cruel manque de place. «Nous disposons d'infrastructures limitées. Chaque jour, les activités de soutien psychologique doivent se tenir chez un réfugié qui s'est porté volontaire. Et nous nous déplaçons dans les abris individuels pour nos sessions de physiothérapie», raconte Mathieu Le Grand, coordinateur d'urgence à Handicap International.

Un manque d'espace qui pose également problème à Helvetas. L'organisation entend construire 40 latrines, reliées à des usines de production de biogaz qui sera utilisé dans des cuisines publiques.

«En théorie, deux latrines permettent d'alimenter une cuisine. Mais nous ne sommes pas sûrs de pouvoir les installer systématiquement en groupe à cause de la densité des abris. Par conséquent, nous ne tablons que sur douze cuisines», explique Andrea Cippà. Le projet permettra toutefois à une petite centaine de familles de cuisiner sans avoir à couper du bois.

Dignes malgré leur épuisement

S'ils sont préoccupés par la réalisation de leurs projets, les humanitaires se disent tous impressionnés par l'attitude des Rohingyas. «Traumatisés, choqués, épuisés, les réfugiés sont aussi extraordinairement résistants. Dès qu'ils le peuvent, ils essaient d'établir des conditions de vie décentes», relève David Blanc.

La solidarité, dont ils font preuve, est également souvent mentionnée, de même que leur calme et leur patience. Responsable de l'équipe d'urgence de Medair, Alex Fergusson a lui été frappé par la dignité des Rohingyas. «Ils ont vu leurs proches être tués. Les femmes ont été violées et/ou ont accouché dans leur fuite. Tous doivent refaire leur vie. Et pourtant, ils restent dignes.»

(ats)

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