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EconomiesDes privés protègent notre armée

Des agents appartenant à des sociétés de gardiennage assurent la sécurité des centres de logistique. Les critiques fusent.

par
Victor Fingal
Marcel Sauder

Incompréhensible ou presque. Depuis 2010, l'armée fait appel à des sociétés de gardiennage pour sécuriser des bâtiments lui appartenant. Et la tendance ne va pas en s'améliorant à l'heure du dégraissage massif des effectifs.

La doctrine de base: assurer des présences essentiellement en dehors des heures de bureau, mais pas uniquement. «Les cinq centres de logistique d'Othmarsingen (AG), de Hinwil (ZH), de Thoune (BE), de Monteceneri (TI) et de Grolley (FR) sont gardés nuit et jour par des agents privés de sécurité, leur rôle consiste aussi à s'occuper en permanence de l'accueil», confirme Christoph Brunner, porte-parole de l'armée.

Ce n'est pas tout. Le périmètre des aérodromes militaires est aussi sécurisé par des privés, pas par des soldats. Quant à la raison évoquée pour justifier ce choix, elle résiderait dans le manque cruel de personnel dû à la réforme qui n'est pas achevée. Un argument loin de faire l'unanimité au sein des Commissions de la sécurité du Parlement, même à droite.

Parlementaires peu convaincus

«Je suis contre. C'est le rôle de l'armée de protéger ses bâtiments, souligne Sylvie Perrinjaquet, conseillère nationale neuchâteloise (PLR). Et pour y voir plus clair dans la réforme de l'armée, il faudrait qu'Ueli Maurer se décide enfin à donner des éclaircissements.» Plus à gauche, les critiques sont encore plus virulentes. «Il y a déjà tellement de temps morts pendant le service militaire, constate Christian van Singer, conseiller national vaudois du Parti écologique suisse (PES). Je ne comprends pas pourquoi on ne trouve pas suffisamment de soldats pour effectuer cette tâche.»

Manque de souplesse de l'armée

«Mais il faudrait aussi que les soldats acceptent d'avoir des jours de congé pendant la semaine, ajoute le conseiller national, pas uniquement les week-ends, pour que cela fonctionne. Hélas, l'armée manque totalement de souplesse.» Quant à Géraldine Savary la conseillère aux Etats (PS) vaudoise, elle estime que l'armée doit se concentrer sur ses activités de base. «La réforme passe par une diminution de personnel. Mais l'armée doit pouvoir assurer sa propre sécurité, sans recourir à des sociétés privées.» Seuls des membres des commissions interrogés hier à saluer la donne actuelle, le conseiller national genevois Roger Golay (MCG) estime que l'armée a fait le bon choix. «C'est l'ancien policier qui parle. Avec le manque d'effectifs, l'armée doit se concentrer sur ses activités de base dont la formation fait partie. Elle peut très bien déléguer à des sociétés privées à condition que les agents de sécurité soient payés correctement, ce qui n'est pas le cas.» Les casernes, quant à elles, sont encore gardées par des soldats. Jusqu'à quand?

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