Brésil – Des sex shops pour envoyer les évangéliques au 7e ciel
Publié

BrésilDes sex shops pour envoyer les évangéliques au 7e ciel

Une auto-entrepreneuse raconte fournir des jouets sexuels ludiques qu’elle glisse discrètement dans des boîtes de médicaments.

1 / 3
Carolina Marques a monté son entreprise. 

Carolina Marques a monté son entreprise.

AFP
Carolina Marques a monté son entreprise. 

Carolina Marques a monté son entreprise.

AFP
Carolina Marques a monté son entreprise. 

Carolina Marques a monté son entreprise.

AFP

Les jouets érotiques, gels lubrifiants ou parfums aphrodisiaques sont glissés dans des boites de médicaments ou des sachets pour le pain, discrétion oblige. Pour la Brésilienne Andrea dos Anjos, c’est la seule façon d’envoyer ses produits aux clientes de confession évangélique.

Cette auto-entrepreneuse de 43 ans prodigue aussi des conseils, uniquement par messages privés, aux internautes qui visitent sa boutique en ligne «Memórias da Clô» (mémoires de Clo), ouverte en 2019, à Rio de Janeiro.

Même modus operandi pour Carolina Marques, 26 ans, qui a ouvert l’an dernier son «love store» baptisé «ConSensual» (ConSensuel).

Son catalogue en ligne est d’une grande sobriété, sans couleurs criardes ni images suggestives qui obligeraient ses clientes «à fermer l’ordinateur» en toute hâte si quelqu’un s’approchait.

«Nous, les chrétiens, nous avons des tabous sur la sensualité. Mais pour un couple marié, ça peut être quelque chose de très naturel. Je veux qu’on arrête de dire que le sexe ne sert qu’à la reproduction», lance cette habitante de Sao Gonçalo, une banlieue populaire de Rio.

Pas question de dire que son commerce est un «sex shop». C’est le pasteur de son église qui lui a conseillé d’éviter ce terme «vulgaire» et «trop agressif» pour un public évangélique.

Chez les évangéliques, qui représentent 30% de la population brésilienne, la vision des relations sexuelles est souvent très conservatrice, explique cette fidèle de l’Assemblée de Dieu, qui envisage de devenir sexologue.

Son pasteur lui a aussi conseillé de «faire bien attention aux emballages». La discrétion est le maître-mot: «je ne vais pas me mettre à distribuer des prospectus à la sortie du culte».

Fixer ses propres limites

Lubrifiants au goût «pomme d’amour» ou «barbe à papa», jouets érotiques discrets en forme d’oeuf... Carolina Marques vend uniquement des produits ludiques «qui ne donnent pas la sensation de faire des choses inappropriées».

Les godemichets, accessoires pour la masturbation et autres articles destinés au sexe anal sont proscrits.

Andrea dos Anjos, elle, a cherché dans les textes sacrés une réponse à la question «qu’est-ce qui est un péché ou non?" dans les relations sexuelles entre personnes mariées. Elle n’a pas trouvé de réponse, mais estime à présent que chaque couple doit fixer ses propres limites.

L’idée de lancer une boutique en ligne est venue après une visite dans un sex shop traditionnel après son divorce avec un homme qui abusait d’elle sexuellement.

«À ce moment-là, je ne savais pas ce qu’était le plaisir. Le vendeur dans le sex shop était un homme, comment j’oserais parler de ça avec lui? J’ai pensé que beaucoup de femmes évangéliques devaient ressentir la même chose», dit-elle.

«Le temple du Seigneur»

Andrea dos Anjos s’est aussi spécialisée dans les conseils pour des femmes ayant des problèmes de lubrification ou des doutes sur le sexe après un accouchement.

Il lui arrive parfois de recevoir des couples. Deux fidèles sont allés la voir plusieurs fois avant d’avoir leur première relation sexuelle. «On est passé à la vente de produits seulement après», précise-t-elle.

Contactée sur WhatsApp par l’AFP, Jessica, 24 ans, qui préfère donner seulement son prénom pour préserver son anonymat, est une cliente assidue de ConSensual.

«J’utilise surtout des gels de massage, des lubrifiants comestibles ou qui donnent une sensation de chaleur. Ça rend les relations plus agréables, plus amusantes», décrit-elle.

Cette jeune femme assure avoir réussi à convaincre des amies de tenter l’expérience. Mais d’autres n’ont même pas voulu en entendre parler, «à cause d’idées préconçues» selon lesquelles ces produits seraient «agressifs».

Carolina Marques, qui commence à recevoir des commandes d’autres régions du Brésil, aime utiliser cette formule pour tenter de convertir les réfractaires: «notre corps est notre temple, le temple du Seigneur, il faut en prendre soin».

(AFP)

Votre opinion

0 commentaires