Tendance: Des sex-toys dorénavant eco-friendly et certifiés
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TendanceDes sex-toys dorénavant eco-friendly et certifiés

Face à l’explosion du marché de jouets pour adultes, les fabricants deviennent écoresponsables et se normalisent. Mais les consommateurs y trouvent-ils vraiment leur compte?

par
Christophe Pinol
Le marché du sex-toy, jusqu’ici évalué à 30 milliards de francs, devrait encore grimper à 54 milliards d’ici 2028.

Le marché du sex-toy, jusqu’ici évalué à 30 milliards de francs, devrait encore grimper à 54 milliards d’ici 2028.

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Décidément, les sex-toys s’émancipent de plus en plus. Il y a quelques semaines, la marque de luxe pour adultes Lelo s’associait au géant de la mode Diesel pour proposer deux jouets intimes aux couleurs de l’entreprise italienne. De leur côté, les influenceuses ne semblent plus jurer que par les tests des derniers modèles en date. Et l’an passé, le pape britannique du joujou coquin, Lovehoney, recevait même les honneurs de la reine Elizabeth II à travers le prestigieux label Queen’s Award for Enterprise, récompensant une performance économique exceptionnelle.

Surtout, la pandémie est depuis passée par là et le marché en a profité pour prendre une ampleur folle ces deux dernières années, avec des ventes multipliées par trois dans le monde. Ou quand le confinement donne envie de se lâcher… Et encore, selon le rapport 2021 de l’institut The Insight Partners, le marché du sex-toy, jusqu’ici évalué à 30 milliards de francs, devrait encore grimper à 54 milliards d’ici 2028.

Une norme pour les réguler

En attendant, la nouveauté, aujourd’hui, c’est que les fabricants se préoccupent enfin de leurs consommateurs. Non seulement en cherchant à maximiser la sécurité de leurs produits mais également en se penchant sur les questions environnementales.

En novembre dernier, on a d’abord vu la création de la toute première norme internationale dédiée aux sex-toys – ISO 3533 – censée aider les fabricants à concevoir des appareils plus sûrs pour leurs utilisateurs. Un chirurgien suédois, le Dr. Martin Dahlberg, en est l’instigateur et avait proposé au SIS (Swedish Institute for Standards), une association qui contribue à l’élaboration de normes dans différents secteurs, de travailler sur le sujet. Le fameux Lovehoney Group, notamment propriétaire de marques comme Womanizer et We-vibe, était alors entré dans le financement de cette norme. «On est persuadé que ce type de standard est un pas important pour toute l’industrie, nous explique Johanna Rief, directrice des relations publiques du groupe. Symboliquement, cette certification apportera une reconnaissance aux appareils qui en bénéficieront mais plus important, cela signifie que la qualité des sex-toys va sensiblement s’améliorer».

Des sex-toys conformes qui se font attendre

Et il était temps! Car entre des engins si mal conçus qu’ils nécessitent un saut aux urgences pour les déloger de notre intimité, ou d’autres fabriqués à l’aide de matériaux dangereux – contenant des phtalates (substances toxiques capables de pénétrer dans notre organisme) ou se transforment en nids à bactéries –, il y avait de quoi prendre la poudre d’escampette, à défaut de grimper aux rideaux. «Jusqu’à présent, il n’y avait aucune garantie sur ce que proposaient les fabricants, enchaîne Eyal Bar-Or, responsable des services qualité et conformité chez Lovehoney Group. Avec l’établissement de ces nouveaux standards, ceux-ci auront maintenant des lignes directrices claires à respecter». La norme met en effet l’accent sur 3 points bien spécifiques: d’abord les matériaux qui doivent minimiser les risques de réactions allergiques et de blessures au contact de la peau et des muqueuses; ensuite la forme et la conception du produit qui doit justement dorénavant leur éviter de rester bloquer dans certains orifices; enfin, une volonté de proposer des modes d’emploi clairs et complets.

Alors 7 mois après la mise en place de cette norme, quels changements peut-on observer? «Il est encore trop tôt pour le dire, continue Eyal Bar-Or. Une norme ISO n'étant pas obligatoire à mettre en place pour les industriels, nous ne pouvons pas savoir si les fabricants vont en tenir compte ou non. Tout ce que je peux dire, c'est que chez Lovehoney Group, nous sommes actuellement en train de développer de nouveaux produits qui arriveront bientôt sur le marché et seront conformes à la norme ISO en question».

«Coquiner» de manière éthique

En attendant, Tristan Barras, directeur du site de vente en ligne KissKiss, l’un des plus populaires de Suisse, nous le confirme: «Aucun produit respectant cette norme ou la mentionnant sur leur packaging n’est encore disponible. Et le problème, ensuite, sera de savoir dans quelle mesure les marques concurrentes l’adopteront, sachant qu’elles devront probablement payer pour l’utiliser».

Alors des gadgets plus sûrs, pour maximiser le plaisir, c’est une chose. Mais à côté de ça, certaines marques misent maintenant sur l’aspect écolo de leurs produits. A l’heure où les gens se préoccupent de plus en plus de l’aspect responsable de leurs achats de la vie de tous les jours, pourquoi ne le feraient-ils pas également avec ceux se rapportant à leur sexualité? Histoire de «coquiner» de manière éthique…

Biodégradables et recyclables

Car un continent comme l’Europe jetait déjà en 2017, avant la récente explosion du marché, près de 3 millions de sex-toys à la poubelle par an. Des produits qui s’usent, tombent en panne, ou sont remplacés par des modèles plus performants. Et qui nécessitent surtout du plastique en grande quantité pour leur confection. D’où la volonté, pour certaines marques, de produire maintenant des jouets intimes en matières biodégradables et recyclables. C’est par exemple le cas de Sinful, la plus grande entreprise de vente en ligne de sex-toys de Scandinavie. Associée à #Tide, entreprise suisse spécialisée dans l’upcycling et le recyclage du plastique, elle développe maintenant une ligne de produits – les Ohhcean – conçus à partir des tonnes de plastiques recueillies par les pêcheurs locaux des mers d’Asie du Sud-Est. Chacun des modèles étant accompagné de son emballage en carton brun naturel respectueux de l’environnement. Notons aussi le fameux Womanizer, l’un des produits phares du marché avec sa technique de stimulation clitoridienne par souffle d’air, qui se dote dorénavant d’un modèle Premium Eco. Non seulement celui-ci est fabriqué en Biolène, un bioplastique composé à 70% de matière naturelle, mais il est aussi entièrement démontable, de manière à pouvoir recycler chacun des composants. Et la marque promet même de planter un arbre en Ouganda, avec l’ONG One Tree Planted, pour chaque article vendu.

100 fois moins de ventes pour les produits éco

Le problème, c’est que dans la réalité, les consommateurs ne semblent pas encore répondre favorablement à ces louables intentions. Du moins pas en Suisse. «Les ventes de ces produits écolo sont encore très anecdotiques, confirme Tristan Barras. Le Womanizer Premium Eco en est d’ailleurs un exemple assez parlant puisque la marque propose en parallèle une version non-Eco, pour le même prix, que l’on vend littéralement 100 fois plus: une pièce de la version Eco vendue contre 100 de l’autre. Alors le résultat est un peu faussé puisque la version non-éco est dotée de fonctionnalités plus poussées, mais force est de reconnaître que les notions écolos chez nos clients sont encore très marginales». A croire qu’en termes de sexualité, les consommateurs sont déjà nettement moins regardant pour ce qui est des vertus écologiques de leurs achats.

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