Actualisé 18.07.2020 à 11:16

Événementiel

Des spectacles virtuels fous dans l’univers du jeu vidéo

Concerts, projections de films et festivals de musique trouvent aujourd’hui un souffle nouveau sur des plateformes comme Fortnite ou Minecraft.

par
Christophe Pinol
Le 23 avril dernier, le rappeur Travis Scott a donné un concert directement sur le célèbre jeu vidéo «Fortnite».

Le 23 avril dernier, le rappeur Travis Scott a donné un concert directement sur le célèbre jeu vidéo «Fortnite».

DR

Les scènes de spectacle du monde entier ont beau rester vides pour cause de pandémie (à de rares exceptions près), elles trouvent de plus en plus une nouvelle vie à l’intérieur de jeux vidéo comme Fortnite ou Minecraft, qui organisent dans leur monde virtuel concerts, projections de films ou même des festivals de musique à part entière.

Le 23 avril dernier, en plein confinement, le rappeur Travis Scott avait donné une performance surréaliste dans l’univers du célèbre jeu de baston. Le show, baptisé «Astronomical», le montrait sur une scène de l’île Sweaty Sands, dans la peau d’un avatar de la taille d’un immeuble de 15 étages – gestuelle très réaliste – pour y interpréter certains de ses tubes les plus connus. Le tout accompagné d’effets pyrotechniques dépassant de loin ce qu’on peut concevoir dans la réalité. Le Washington Post évoquait même une «expérience mémorable, bien que trop courte».

«Inclure un contenu culturel dans l’univers du jeu vidéo, c’est malin. On n’est plus un simple spectateur derrière son écran: avec son avatar, on joue littéralement avec le concert»

Marc Atallah, directeur du festival Numerik Games à Yverdon-les-Bains

Et pour cause, le spectacle ne durait qu’une dizaine de minutes. Près de 28 millions de fans avaient néanmoins répondu présent lors des 4 diffusions chargées de couvrir les fuseaux horaires des principaux continents.

«Inclure un contenu culturel dans l’univers du jeu vidéo, c’est malin, décortique Marc Atallah, directeur du festival Numerik Games à Yverdon-les-Bains. On l’encapsule ainsi dans un dispositif plus vaste, ludique… On n’est plus un simple spectateur derrière son écran: avec son avatar, on joue littéralement avec le concert. Et quand on se pointe juste devant la scène, on a l’impression d’y être. C’est la force mimétique du jeu vidéo».

Duran-Duran, U2 et Jean-Michel Jarre en mode virtuel

En avril également, le rappeur français Alonzo s’était, lui, produit sur une scène virtuelle de GTA V tandis que Jean-Michel Jarre, le 21 juin, pour la Fête de la musique, avait livré pour la plateforme VRrOOm, une performance musicale en réalité virtuelle et en direct depuis son studio, là aussi sous la forme d’un avatar. Le concept de ces concerts d’un nouveau genre ne date pourtant pas de l’arrivée du COVID-19. Duran Duran, en 2006 déjà, avait joué les précurseurs en se produisant dans Second Life, avant d’être imité deux ans plus tard par U2.

Aujourd’hui, pour assister à ce genre de spectacle, la démarche est simple. Il suffit de télécharger l’application, de se créer un avatar, et hop: nous voilà parachuté dans un monde où tout est possible. Alors bien sûr, le spectacle virtuel (pour l’instant la plupart du temps gratuit) est encore loin d’égaler l’expérience live. Mais ce que l’on perd en immersion (l’ambiance survoltée de la scène, la communion avec le public…), on le gagne ailleurs.

«L’avantage de ces mondes virtuels, c’est que tout est possible»

Marc Atallah

A Paléo ou à Montreux, coincé dans la foule, on est très limité. Là, on change de point de vue en un clic, on vient s’incruster aux premières loges avant de filer profiter d’une vue imprenable sur la scène depuis un promontoire quelconque. Plus besoin, non plus, d’attendre que l’artiste passe à proximité de chez soi; il suffit d’une connexion internet. On se rend aussi à ce type d’événement entre amis, en interagissant tout au long du concert, non seulement avec les gens autour de nous, mais aussi ceux postés à l’autre bout de la salle.

Et lorsque l’artiste prend des proportions gigantesques, comme dans le cas de Travis Scott, les lois de la physique ou de la gravité ne s’appliquent plus et on peut faire des bonds gigantesques autour de lui. Enfin, certaines stars proposent même à leurs fans des accès à des salles privées (contre monnaie sonnante et trébuchante, cette fois) afin de les rencontrer et de leur poser des questions via des plateformes comme Discord.

Un modèle économique qui prend de l’ampleur

Pour les artistes, la démarche est d’ailleurs en train de devenir une importante source de revenu. Le show de Scott Travis avait beau être gratuit, il n‘en a pas moins généré d’importantes répercussions, propulsant le chanteur à la deuxième place des plus joués à la radio, et augmentant de parfois 124% les écoutes de ses titres sur les plateformes de streaming.

On peut également parier que ses concerts, les vrais cette fois, quand ils reprendront, suivront la même courbe ascendante. De son côté, Fortnite, lors du show, avait offert la possibilité à ses 350 millions d’adeptes d’acheter des tenues spéciales pour personnaliser leur avatar. Et depuis, toute une série de skins, armes et autres accessoires inspirées de l’événement, eux aussi payants (et pour lesquelles le rappeur de Houston doit toucher un joli pourcentage), sont disponibles pour les phases de jeu.

Par contre, si la panne de micro reste un accident potentiel du monde réel, les bugs techniques, souvent liés à l’afflux massif d’utilisateurs, menacent le virtuel. C’est d’ailleurs ce qui a été fatal au Rave Family Block Festival, qui devait réunir, du 9 au 12 juillet dernier, 850 artistes sur 65 scènes différentes dans l’univers de Minecraft.

Le «Rave Family Block Festival» devait réunir des centaines d’artistes dans l’univers du jeu «Minecraft», il a finalement été annulé.

Le «Rave Family Block Festival» devait réunir des centaines d’artistes dans l’univers du jeu «Minecraft», il a finalement été annulé.

DR

A ce jour, il s’agissait de l’événement le plus ambitieux du genre, chaque scène étant conçue comme un monde à part, avec des répliques des fameuses cabines téléphoniques de la série «Doctor Who» permettant de se téléporter d’une zone à l’autre, une reproduction du mythique Red Rock Amphitheatre, près de Denver, dans le Colorado, et une autre des locaux de la Dunder Mifflin Company, issue de la série «The Office», destinée à accueillir des jam-sessions….

Mais quelques heures à peine après le début des festivités, les organisateurs avaient été forcés de tout annuler, évoquant des «problèmes de fonctionnalité majeurs» empêchant les utilisateurs de circuler dans cet univers.

L’imagination n’a pas de limite

«L’avantage de ces mondes virtuels, c’est que tout est possible, continue Marc Atallah. Imaginez par exemple une extension d’«Assassin’s Creed Odyssey», la version Grèce antique de la franchise, permettant d’assister à des pièces de théâtre antique, avec des acteurs représentés par des avatars. Je ne suis pas sûr que rester des heures assis sur un banc pour regarder une représentation d’«Œdipe Roi», de Sophocle, intéresse beaucoup de monde, mais il y a clairement un avenir pour ce genre d’expériences. Reste juste à répondre à la contrainte économique…».

Car ce type de spectacle implique des coûts faramineux. L’an passé, le concert de DJ Marshmello donné sur Fortnite devant 11 millions de fans avait nécessité 6 mois de préparation et la duplication de son avatar dans plus de 100'000 serveurs différents. Le tout pour 10 minutes de concert à peine.

La projection du film «Inception» de Christopher Nolan sur «Fortnite».

La projection du film «Inception» de Christopher Nolan sur «Fortnite».

DR

Mais la musique n’est pas tout. Il y a dix jours, la plateforme d’Epic Games avait également testé le cinéma virtuel en offrant à ses utilisateurs une séance gratuite d’un film de Christopher Nolan («Batman Begins», «Inception» ou «Le prestige», suivant la localisation des spectateurs). Une expérience là encore d’un genre nouveau puisque ceux-ci avaient à disposition toutes sortes d’accessoires avant d’entrer en salle: des tomates à lancer durant les moment ennuyeux, des grapins pour se hisser au sommet de l’écran et des rampes de lancement pour traverser la salle en volant…

Autant dire que la plupart des séances avaient viré au chaos, rappelant finalement l’ambiance de certains festivals de films fantastiques populaires des années 80-90. Bref, on n’est de loin pas au bout de nos surprises avec ces mondes virtuels.

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