Actualisé 31.08.2018 à 10:33

DébatDes thérapies pour les matous et toutous font polémique

Le 1er salon romand de thérapies naturelles pour animaux a lieu ce week-end à Saignelégier. Ça ne plaît pas beaucoup aux vétérinaires.

par
Renaud Michiels
Des thérapies alternatives et naturelles pour Médor ou Félix? Pour l'instant la Société des vétérinaires suisses voudrait surtout un meilleur contrôle des naturopathes pour animaux.

Des thérapies alternatives et naturelles pour Médor ou Félix? Pour l'instant la Société des vétérinaires suisses voudrait surtout un meilleur contrôle des naturopathes pour animaux.

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Il se nomme Terr-Animale. Il se présente comme «le 1er salon de Suisse romande des thérapies et médecines naturelles pour animaux». Et il se tiendra ce week-end dans le Jura, à Saignelégier.

Mais les conférences agendées comme les stands disponibles peuvent surprendre. Dans le programme, on propose de soigner les chiens, chats ou autres animaux par exemple grâce à la biorésonance, l’aromathérapie, la luminothérapie, la kinésiologie, la zoothérapie, la chromothérapie ou encore des soins énergétiques. Il est aussi question de traitements à base de fleurs de Bach et d’élixirs de pierres. Ou de communication avec des animaux via la télépathie, du karma de Médor ou de Félix et de l’exploration de leurs vies antérieures.

«Venez voir et jugez sur pièce»

«Il existe une forte demande et de plus en plus d’offres de thérapies naturelles. Beaucoup sont formidables. Nous voulions donc proposer un panel aussi large que possible», s’enthousiasme la Jurassienne Sandra Rohrbach, à l’origine du salon.

Reste que ces pratiques peuvent aussi provoquer quelques haussements de sourcils. Car elles ne sont pas reconnues, évaluées et ne reposent souvent pas sur des bases scientifiques démontrées. «Je comprends tout à fait que certains puissent être sceptiques», réagit Sandra Rohrbach. «À ceux-là j’ai juste envie de dire de venir voir et de juger sur pièce».

Des traitements jugés «lourds»

Sandra Rohrbach est elle-même kinésiologue et affirme pouvoir communiquer avec les animaux. «Ce n’est pas un don mais une capacité qu’on peut développer», note-t-elle. Mais comprend-elle que son salon peut être mal vu par les vétérinaires formés et agréés? «On ne veut pas les remplacer. Par contre on est conditionnés à penser que le vétérinaire est celui qui sait. Et je crois qu’on se tourne un peu vite, au moindre bobo, vers la médecine traditionnelle et ses traitements parfois lourds, les médicaments, la chimie. Je pense qu’il existe d’autres pistes.»

Qu’en pensent les vétérinaires? «J’aimerais souligner que si un animal a un problème, l’examen diagnostic de base doit toujours être effectué par un vétérinaire reconnu. Après, pour les soins appropriés, on peut évidemment discuter», souligne Pierre Bonnemain, président de la Société des vétérinaires jurassiens.

Mise en garde des vétérinaires

Praticien à Saint-Blaise (NE) et président par intérim de la Société des vétérinaires suisses (SVS), le Dr Blaise Voumard insiste sur le même point: «il demeure de la compétence vétérinaire d’établir un diagnostic. Les thérapies qui s’ensuivent sont choisies en fonction de la pathologie de l’animal et relèvent de personnes dûment formées aux soins animaliers.»

«Si nous voulons le meilleur pour notre compagnon à quatre pattes, il importe de recourir à des professionnels de la santé animale reconnus. Il vaut donc mieux choisir son thérapeute parmi les gens formés et pouvant prouver leurs compétences dans le domaine choisi», enchaîne Blaise Voumard.

«Un risque de charlatanisme»

Pierre Bonnemain n’entend pas juger le sérieux de chacune des différentes thérapies proposées à Saignelégier. Mais il pointe un problème global. «Au niveau suisse, il existe une volonté de mieux cadrer ces différentes pratiques. Car comme elles ne sont pas reconnues il n’existe pas d’exigence d’une formation sérieuse avant de pratiquer. Ce qui implique un éventuel risque de charlatanisme.»

Sandra Rohrbach n’est pas de cet avis. «Des charlatans, j’estime qu’il en existe dans toutes les techniques et même dans tous les métiers. Donc je ne peux pas exclure qu’on en trouve dans les thérapies naturelles, mais pas plus qu’ailleurs.»

«Combattre un foisonnement incontrôlé»

Un argument qui ne convaincra probablement pas la Société des vétérinaires suisses. Dans une prise de position plutôt musclée d’il y a un an, elle disait vouloir «combattre le foisonnement incontrôlé de fournisseurs de méthodes de soins complémentaires en médecine vétérinaire». Et réclamait «des règles uniformisées et des contrôles plus stricts des naturopathes pour animaux qui, contrairement aux vétérinaires, ne bénéficient pas de formation réglementée.»

Le débat est désormais le même pour nos compagnons poilus que chez les humains et chacun se fera son idée. Mais la SVS rappelle encore qu’elle reconnaît actuellement six médecines complémentaires: l’homéopathie, l’acupuncture, la médecine traditionnelle chinoise, la phytothérapie, l’ostéopathie et la chiropraxie. Pour l’instant aucune autre.

Salon Terr-Animale, 1 et 2 septembre à Saignelégier, programme sur www.terr-animale.ch.

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