Insalubre: Des toilettes pour les dealers
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InsalubreDes toilettes pour les dealers

La Ville de Genève a dû installer des WC chimiques pour éviter aux écoliers de Pâquis-Centre d’être confrontés à des odeurs nauséabondes dans leur préau.

par
Valérie Duby
Des toilettes pour les dealers: un comble dans une ville qui manque de WC publics. Mais au moins les enfants n’ont plus à subir la puanteur.

Des toilettes pour les dealers: un comble dans une ville qui manque de WC publics. Mais au moins les enfants n’ont plus à subir la puanteur.

Maxime Schmid

«C’est horrible et c’est peu de le dire!» Le cri sort du cœur de cette octogénaire, habitante des Pâquis depuis des années, et qui n’en croit pas ses yeux, chaque matin, lorsqu’elle sort de chez elle. En face de la porte d’entrée de son immeuble, juste devant l’école de Pâquis-Centre, on a installé deux toilettes en plastique rouge et blanc, du genre de celles que l’on utilise dans les manifestations. Les toilettes du Père Noël? Si seulement.

Même si peu de gens osent le dire, celles-ci sont «réservées» aux dealers et autres personnes qui n’habitent pas le quartier mais s’y trouvent postés quasi 24 h sur 24, notamment à proximité des écoles. Une société privée vient tous les jours nettoyer les toilettes chimiques. Fonctionnelles depuis un mois, elles ont été installées à la demande de la Ville de Genève. Un cas d’urgence après le coup de gueule du conseiller municipal, député MCG et «simple parent d’élève», Pascal Spuhler, en septembre dernier devant le Conseil municipal.

«Il faut se boucher le nez»

Ce n’est pas la première fois que le Pâquisard dépose une motion sur la question des dealers, des incivilités et de la salubrité aux Pâquis. Il raconte comment, à la rentrée scolaire, alors qu’il accompagnait sa fille de 9 ans à l’école, celle-ci lui a conseillé de «se boucher le nez à cause des odeurs de pipi». Des odeurs âcres et pestilentielles dans le préau. «Un enseignant m’a expliqué que lorsqu’il faisait encore chaud, il ne pouvait pas travailler dans sa classe les fenêtres ouvertes, constate Pascal Spuhler.

À cause des travaux de l’école entrepris l’été dernier, on y recensait davantage de petits coins – si l’on peut dire – à l’abri des regards, où des individus allaient faire leurs besoins.» L’élu MCG montre au «Matin» des sols «rongés par l’urine», des passages peu engageants que les enfants doivent emprunter pour se rendre aux cuisines scolaires. Sans parler de la présence des dealers de drogue devant les écoles des Pâquis ou ailleurs dans le secteur. «Ma fille a peur. Elle a assisté à des scènes de violences. Et que dire de l’hygiène pour les petits enfants attendant de pouvoir rentrer en classe alors qu’ils se trouvent dans ces zones souillées», poursuit Pascal Spuhler.

Depuis l’installation des WC rouge et blanc, la situation s’est semble-t-il un peu améliorée, selon un collaborateur de l’école de Pâquis-Centre. On a installé un panneau à l’entrée du préau rappelant que l’entrée est interdite aux personnes non autorisées de 20 h 30 à 7 h, que l’on a recruté des agents de sécurité privée pour surveiller la nuit, renforcé les patrouilles des agents de police municipaux et procédé à l’installation de lumières. D’autres spots doivent encore être montés. «Quatre caméras de surveillance seront mises en place d’ici au 13 décembre prochain», indique Anais Balabazan, déléguée à l’information et à la communication au département des constructions et de l’aménagement.

Pascal Spuhler souhaite vraiment que tout le dispositif puisse améliorer la situation, «puisque visiblement personne ne peut éliminer les trafiquants de rue.» «Mais c’est tout de même un comble, conclut l’élu. On manque de vespasiennes en Ville de Genève et, là, on installe des WC pour les dealers.»

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