27.09.2015 à 00:07

Burkina FasoDésarmement des putschistes sous tension

Le processus, lancé vendredi, a été stoppé samedi matin, puis réactivé. Mais les choses ne se sont pas passées aisément, ce qui a suscité de vives inquiétudes.

Une partie des véhicules qui ont été saisis aux putschistes.

Une partie des véhicules qui ont été saisis aux putschistes.

AFP

Le désarmement du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l'unité d'élite qui s'est fait l'auteur du coup d'Etat du 17 septembre au Burkina Faso, dissoute par le gouvernement, causait samedi incertitudes et tension à Ouagadougou.

Cette mesure de dissolution a été annoncée vendredi soir par le gouvernement de transition, qui a tenu son premier conseil après l'échec du putsch. Le gouvernement a également créé une commission d'enquête sur les événements.

Entamé vendredi soir, puis stoppé samedi matin, le processus de désarmement du RSP a repris dans l'après-midi, selon une source de l'armée loyaliste envers le gouvernement de transition.

Auparavant une rumeur a circulé sur les réseaux sociaux, selon laquelle une colonne de l'armée aurait fait route vers la caserne Naaba Koom 2 du RSP, située juste derrière le palais présidentiel, dans le sud de Ouagadougou.

L'ambassade de France a diffusé une consigne de confinement à ses ressortissants, qu'elle a levée une heure plus tard.

Arsenal inconnu

Samedi soir, l'armée a invité la presse pour exhiber les armements pris au RSP. Les journalistes ont ainsi pu voir trois camions remplis de «munitions, cartouches et grenades» ainsi que «2 pick-up LRM (lance-roquette multiple) et deux blindés Bastion Patsas», selon un officier présent, dont l'armée a demandé de ne pas révéler le nom. L'équipement saisi, auquel il faut ajouter trois camions saisis la veille, représente «un dixième de l'armement total du RSP» et «il faudra plus d'une semaine pour transférer» tout l'armement, selon cet officier.

Un militaire a toutefois concédé que l'armée ne savait pas exactement ce dont disposait le RSP.

Pas de restitution sans garanties

Selon une source du RSP vendredi, le désarmement ne s'est pas déroulé facilement, des soldats ne voulant pas rendre leurs armes sans des garanties sur leur sécurité et celle de leur famille.

«On s'est précipité pour annoncer leur dissolution et les poursuites judiciaires. Il faut s'attendre à une réaction alors qu'ils n'ont pas encore rendu leurs armes», a réagi une source sécuritaire auprès de l'AFP.

Le régime de transition a annoncé samedi un deuxième train de mesures contre les putschistes et leurs soutiens supposés. La justice a ordonné le gel des avoirs du chef des putschistes, le général Gilbert Diendéré, ainsi que du parti de l'ancien président Blaise Compaoré, le CDP et d'une douzaine d'autres personnalités.

Le sort du général Diendéré restait toujours en suspens samedi, alors que les violences liées au coup d'Etat ont fait 10 morts parmi les manifestants anti-putsch.

Les avoirs de sa femme, Fatou Diallo Diendéré, ex-députée du CDP, ceux de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères et un des hommes forts du régime Compaoré - exclu de la course à la présidentielle par le régime de transition -, ont aussi été gelés, ainsi que ceux de Sidi Pare, ministre délégué à la Sécurité de la Transition, destitué de ses fonctions vendredi car soupçonné de collusion avec les putschistes, et ceux de Léonce Koné, un des responsables du CDP qui n'avait pas condamné le putsch.

Dissolution saluée

La dissolution du RSP a été saluée samedi par la société civile et une partie de la classe politique. Me Guy-Hervé Kam, porte-parole du Balai citoyen, qui avait eu un rôle capital dans la chute du régime de Blaise Compaoré en octobre 2014, a dit avoir appris la dissolution «avec soulagement et un sentiment de joie», soulignant qu'«il y a quelque chose de positif dans le coup (d'état)».

Halidou Ouedraogo, ancien président du collectif contre l'immunité dans l'affaire Zongo - où des éléments du RSP avaient été mis en cause, sans être jugés, dans l'assassinat en 1998 du journaliste Norbert Zongo -, a quant à lui estimé que «justice a été rendue à notre peuple. La leçon que le peuple burkinabè a administrée doit être suivie en Afrique pour la construction de la démocratie».

L'Union d'action syndicale, qui regroupe les principaux syndicats du pays dont la CGT-B, a suspendu son appel à la grève générale. «Le mot d'ordre est suspendu mais pas levé», a précisé son secrétaire général Bassolma Bazié.

«Ils nous emm... depuis des années»

A Ouagadougou, la vie avait repris ses droits avec une grande activité sur les marchés.

Au quartier Somgandé (est), «on a fêté, et on a dansé quand on appris la dissolution. Ils nous emm... depuis des années», déclarait Abdou Gomina, à côté d'amis qui jouent tranquillement aux dames.

«C'était une épine dans le pied. On n'a plus peur maintenant. Vingt ans que le RSP était là. Même après le 30 et le 31 (octobre 2014, chute de Compaoré), ils sont restés. Ils ont trempé dans beaucoup de choses», réagissait Marc Belmouisgo, topographe à la retraite.

(AFP)

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